23/02/2026

Gosses de riches, politiques, flics et hooligans néonazis

L’empire Duquesne : le sulfureux réseau des rois de la nuit lilloise

Par Jérémie Rochas ,
Par Paul Bartali ,
Par Arto Victorri

Un père condamné pour fraudes, un fils proche d’un groupuscule néonazi, un cousin entendu dans une affaire de trafic de drogues. Bienvenue dans la famille Duquesne qui règne sur le monde de la nuit lilloise depuis un demi-siècle.

Après plusieurs semaines de tentatives de contact, le clan Duquesne a accepté d’échanger ce 28 janvier. D’abord le père, Franck Duquesne : « Plusieurs sujets sur lesquels vous souhaitez m’interroger sont faux », prévient au téléphone « le pape de la nuit lilloise », comme l’ont surnommé les médias. Le businessman de 66 ans a passé quatre décennies comme patron des clubs les plus prisés de la capitale du Nord. Son nom se retrouve dans quelques dossiers sulfureux, dont celui du Carlton ou des affaires de fraudes fiscales. Franck Duquesne répond à toutes les questions, affable et jovial. Il s’attarde sur ce qui a fait son succès, énumère les personnalités venues dans ses établissements : 50 Cent, Sexion d’Assaut, Bob Sinclar mais aussi Paul-Loup Sulitzer, le romancier et homme d’affaires décédé — mis en cause dans une affaire de trafic d’armes dans les années 2000 — ou l’ancien patron de la police du Nord, Jean-Claude Menault.

« Me cataloguer aussi proche du mot “nazi”, c’est hors de question », prévient le même jour le second Duquesne. Le coup de fil du fils, Edward, 34 ans, est plus défensif. Il a repris la recette du paternel : soigner son image dans les médias et séduire les politiques. « Il a été à bonne école et a les bons gènes », se réjouit le patriarche. Mais derrière son air de gendre idéal, l’héritier entretient des liens avec des membres de groupuscules d’extrême droite violents. De simples copains de tribune, promet le supporter du club de foot du Losc, avant de menacer de porter plainte en diffamation.

L'empire Duquesne règne depuis 1982 sur la fête à Lille. / Crédits : Arto Victorri

Dans la famille Duquesne, il reste un troisième homme d’affaires : le discret neveu, Romain, 36 ans. Lui a répondu de manière succincte par mail le jour suivant. « Mon objectif a toujours été d’exploiter mon établissement dans le respect du cadre légal », écrit-il en réponse à une question sur une affaire de trafic de drogues dans laquelle il a été entendu.

Notre série de reportages sur Lille :

À l’occasion des élections municipales qui auront lieu en mars 2026, StreetPress a décidé de tirer le portrait de Lille. À travers une série d’enquêtes et de reportages, nos journalistes Jérémie Rochas et Arto Victorri racontent au long cours ce territoire, ses habitants et les enjeux qui le traversent, à l’aune du scrutin.

Épisode 1 : À Lille, l’errance des sans-abri consommateurs de drogue

Épisode 2 : Sur la Côte d’Opale, un collectif de maires « anti-migrants »

Épisode 3 : À Lille, les pouvoirs publics face au défi des pollutions industrielles

Épisode 4 : L’empire Duquesne : le sulfureux réseau des rois de la nuit lilloise

Épisode 5 : (à venir)

Initié en 1982, rien ne semble ébranler l’empire Duquesne, qui règne encore aujourd’hui sur la fête à Lille. « Pour notre génération d’artistes, les boîtes des Duquesne étaient incontournables », se souvient Louis, DJ, qui s’est régulièrement produit au très réputé club techno Le Baron, dont le neveu Romain Duquesne est actuellement proprio. Si le paternel a tiré sa révérence en 2023 pour une « retraite bien méritée », sourit-il, sa succession est assurée.

L’empire Duquesne

Edward Duquesne, le fils, a décidé de conquérir un nouveau marché : celui des bars de nuit. Avec son associé Gilles Perthame (1), il est à la tête du Social Group Hospitality, qui réunit une centaine de salariés et cinq établissements de nuit implantés dans le quartier à la fois prisé et touristique du Vieux-Lille. Un bar lounge avec une déco de style Amérique latine, un club festif avec cocktails et DJ sets, ou une boîte haut de gamme avec moulures et velours rouge, chaque ambiance est millimétrée. Romain Duquesne, le neveu, tient quant à lui Le Baron, un club intimiste posté en plein centre-ville et plébiscité par les amateurs de techno.

En faisant l'acquisition de cinq établissements de nuit implantées dans le quartier du Vieux-Lille, le fils Duquesne part à la conquête d'un nouveau marché, celui des bars de nuit. / Crédits : Arto Victorri

« Mon fils m’a annoncé vouloir être patron de discothèque quand il était encore en école de commerce », raconte Franck Duquesne, fier de son rejeton. « Je l’ai convaincu de continuer son cursus et de travailler le week-end dans mon établissement pour se former. » C’est le paternel qui, en 2012, prête l’argent nécessaire à Edward et Romain, alors âgés de 21 ans et 24 ans, pour acquérir leur première discothèque dans les rues de la soif de Lille. Ils l’appellent La Relève, évidemment.

Les Duquesne travaillent dans la fête de génération en génération. Franck commence au même âge, à 23 ans, en 1982, avec L’Auberge du Bac, une boîte à Sailly-sur-la-Lys dans le Pas-de-Calais. Le père du jeune « Franckie », lui aussi tenancier d’une discothèque dans le Pas-de-Calais, espérait le convaincre de reprendre la dernière affaire familiale : un village vacances, dont il a fait l’acquisition dans le Lot en 1985. Un business moins dangereux, juge-t-il. Mais rien n’y fait.

À LIRE AUSSI : Tags de croix celtiques, vitres brisées… À Lille, des dégradations de l’extrême droite

Franck Duquesne débarque dans la métropole lilloise en 1989 et inaugure le Why Not, sa première boîte de grand standing dans une cave d’usine du Vieux-Lille. Cinq ans plus tard, il poursuit son ascension avec L’Opéra Night, installé sous l’ancienne usine de filature Leblan, dans le quartier de Moulins. À la fin des années 1990, au moment où la municipalité veut rendre attractif son centre-ville, Duquesne devient un acteur incontournable du secteur de la fête et investit les rues de la soif du quartier Masséna-Solférino. Il y ouvre successivement le Duke’s Club, Le Network, L’Entrepôt, La Folie Douce et La Gallery, sa petite dernière, en 2016. Il a aussi été à la tête de La Fabrik, la plus grande discothèque de la région. La méga-boîte, postée en périphérie de Lille, a accueilli jusqu’à 3.000 personnes par soir entre 2009 et 2013.

Avec quatorze ouvertures de boîtes à son actif et une dizaine de sociétés immobilières, le natif de Roubaix a créé son empire du Nord de la France jusqu’en Belgique et dort aujourd’hui paisiblement sur un patrimoine qu’il estimait à environ 5,5 millions d’euros entre 2012 et 2015. L’administration fiscale a plutôt évalué l’ensemble de ses biens autour de 17 millions d’euros, après les conclusions d’une enquête rendue en 2017.

Discrimination à l’entrée ?

« Ils vendent de la fête aux jolies filles et aux grosses têtes », juge Max, un patron concurrent :

« Du Vieux-Lillois [habitant du Vieux-Lille, ndlr], la trentaine, avec un peu de blé, qui fait péter la bouteille de champagne de temps en temps. »

Les dandys Edward et Romain Duquesne sont les héritiers de l’ambiance BCBG du père. Sourire bright, gomina et bronzage éternel, Franck Duquesne — qui n’a rien perdu de sa classe légendaire — répète à qui veut l’entendre depuis quarante ans :

« Si le gars est éméché, mal habillé ou vulgaire, on le refuse ! C’est tout. »

Un journaliste de « La Voix du Nord » venu faire un reportage pour l’anniversaire des 1 an de La Fabrik, en 2009, se souvient s’être fait recaler. « Je l’ai vécu comme une discrimination raciste », explique-t-il à StreetPress :

« À l’époque, je décide de le raconter dans mon article car l’humiliation que j’avais subie était aussi celle de centaines d’autres personnes noires ou arabes en France. »

En 2010, un champion d’athlétisme, Martial Mbandjock, est empêché d’accéder à La Fabrik et dénonce un « délit de faciès ». « On ne l’avait pas reconnu », se défend aujourd’hui Franck Duquesne. En 2013, quatre Haïtiens empêchés d’accéder à plusieurs discothèques, dont l’Entrepôt, dénoncent la situation dans « Libération ». « On préfère toujours une clientèle saine que des têtes de crapules. Mais peu importe la couleur de peau, s’ils sont bien habillés et corrects, ils peuvent rentrer chez moi », promet Duquesne. Il assure n’avoir jamais donné de consignes racistes à ses employés. « Mais on fait tous des erreurs », concède-t-il. « Je ne pense pas que Franck Duquesne soit raciste, mais il pense uniquement par le prisme du succès », estime le journaliste de « La Voix du Nord », qui a rencontré à de nombreuses reprises le patron de bar au cours de ces trente dernières années :

« Il veut une clientèle premium. Et pour lui, les noirs et les arabes ne permettent pas d’attirer du monde. »

Une cliente du dernier club branché du Social Group, l'Amor Amor balance sur Google la discrimination vécue à l'entrée de l'établissement. / Crédits : Arto Victorri

Vingt ans plus tard, le fils Edward se retrouve accusé de discrimination à l’entrée de ses établissements. « J’ai été refusé cinq fois maintenant, et bizarrement, à chaque fois que mes amis blancs ont essayé de rentrer, ils ont été autorisés », s’insurge une cliente sur la page Google de l’Amor Amor, l’un des derniers clubs branchés du Social Group. « Un conseil, ne rentrez pas dans ce bar et surtout ne leur donnez pas d’argent car les personnes pas blanches et françaises n’ont pas le droit de rentrer », s’emporte un autre. Le gérant a connaissance de ces commentaires qui ne seraient pas une nouveauté :

« Dès qu’on refuse quelqu’un de couleur, on pense que c’est par racisme. […] Qu’ils soient blancs, noirs ou arabes, on les refuse s’ils ne respectent pas les règles. On veut des gens qui soient d’humeur à faire la fête. »

Liens sulfureux avec l’extrême droite

Edward Duquesne aime décompresser au stade. « Le foot se vit en tribune. J’aime que ça bouge, je veux être actif durant mon match », s’enthousiasme le fidèle supporter du club de Lille. Depuis une dizaine d’années, il est membre du groupe de supporters DVE pour Dogues Virage Est qui est régulièrement épinglé pour des faits de racisme en tribune. L’intéressé reconnaît :

« On ne va pas se mentir, on connaît l’orientation politique du groupe. Même si, chez nous, il y a de tout. »

Sur ce cliché, le fils Duquesne (à gauche) pose avec un tee-shirt floqué « Gremlins » avec à ses côtés, Etienne V. dit « Le Roux » (à droite). Ce militant identitaire a été filmé en train d’enchaîner les saluts nazis et de commettre une agression raciste au milieu des bars d’une rue festive du centre-ville de Lille. Il a depuis été condamné pour ces faits en 2020. / Crédits : DR

Le trentenaire serait pourtant proche de la Losc Army et des Gremlins, deux groupuscules hooligans d’extrême droite. En 2022, plusieurs de leurs membres étaient mis en examen dans le cadre d’une enquête sur l’agression d’un supporter du Losc en marge d’un match de coupe d’Europe, comme l’a révélé Mediapart. Sur plusieurs clichés que StreetPress s’est procurés, le fils Duquesne pose avec un tee-shirt floqué « Gremlins ». À ses côtés, dans un groupe qui semble terminer une séance de sport de combat, se trouve Etienne V., dit « Le Roux ». Ce militant identitaire a été filmé en train d’enchaîner les saluts nazis et de commettre une agression raciste au milieu des bars d’une rue festive du centre-ville de Lille. Il a depuis été condamné pour ces faits en 2020.

Le 18 septembre 2021, jour du derby opposant le Losc et le RC Lens, un supporter en tribune visiteur du stade Bollaert a fait un potentiel salut nazi. Edward Duquesne était en tribune ce jour-là. / Crédits : DR

D’autres photos datent du 18 septembre 2021, jour du derby opposant le Losc et le RC Lens. Le match a fait la Une des médias après qu’un supporter en tribune visiteur du stade Bollaert a fait un potentiel salut nazi. Des incidents avec les supporters lensois ont également eu lieu le même soir. Edward Duquesne, en tribune ce jour-là, se trouve à quelques encablures d’un certain Yohan Mutte, figure de la mouvance néonazie dans le Nord, mis en examen et emprisonné dans l’affaire des noyés de la Deûle, dans laquelle cinq corps ont été repêchés dans le canal lillois. Le militant a bénéficié d’une remise en liberté conditionnelle en 2018. Sur ces relations avec Yohan Mutte ou Étienne V., Duquesne botte en touche :

« Ils ont leurs idées, j’ai les miennes. Ce qui nous rassemble, c’est d’aller voir des matchs tous les quinze jours ou de faire du sport. Je ne me suis jamais retrouvé à aucune réunion politique. »

Edward Duquesne conteste toute proximité idéologique avec les deux groupes hooligans : « Ce n’est pas parce que je porte un tee-shirt que je porte des idées. » / Crédits : DR

Plus globalement, Edward Duquesne conteste toute proximité idéologique avec les deux groupes hooligans : « Ce n’est pas parce que je porte un tee-shirt que je porte des idées. » Il reconnaît les côtoyer pour partager sa passion du foot, des entraînements de boxe et de course à pied. « C’est une période passée, maintenant je suis occupé par mes affaires. Mais si j’avais le temps, je le referais avec grand plaisir. » À l’occasion, le patron les accueille aussi dans ses établissements, reconnaît-il :

« Les gens ne viennent pas chez moi pour des idées et moi je ne les accepte pas pour leurs idées non plus. Les fois où ils seraient venus chez moi, ça n’a jamais été grabuge. »

Il reconnaît les côtoyer pour partager sa passion du foot. / Crédits : DR

Joli réseau

« Comme moi, il ne boit jamais d’alcool et ne prend pas de drogues », commente Franck Duquesne, lorsque StreetPress l’interroge sur les amitiés de son fils :

« Je ne les connais pas : il a ses amis et moi les miens. Mais il aime tout le monde, comme moi ! »

Le paternel a lui aussi connu quelques relations sulfureuses. En 2011, le journal « Le Monde » révélait des liens entre Duquesne et des protagonistes du scandale du Carlton, une affaire tentaculaire de proxénétisme et d’association de malfaiteurs dans laquelle se mêle l’élite locale. Auditionné par la police des polices, Franck Duquesne a dû s’expliquer sur les raisons qui l’ont amené à mettre gracieusement à disposition sa boîte de nuit La Fabrik pour une fête organisée par l’ancien patron de la police du Nord, Jean-Claude Menault. « Je leur ai offert les bières et les jus de fruits. Ils ont ramené leur champagne », se souvient Duquesne. À cette même période, le directeur de la sécurité publique est accusé par l’IGPN d’avoir dissimulé une rencontre avec Dominique Strauss-Kahn aux États-Unis, le protagoniste principal de l’affaire Carlton. Le patron de La Fabrik s’est défendu assurant aux enquêteurs qu’il ne s’agissait là que d’un simple service rendu à ses amis policiers. « Si c’était à refaire, je le referais avec plaisir », assume aujourd’hui Franck Duquesne :

« Il vaut mieux faire gratuit au patron de la police, ils garderont un bon souvenir de nous. »

Tout au long de sa carrière, Franck Duquesne a toujours su s’entourer d’amis influents : des flics, des hommes d’affaires et des politiques à qui il réservait les carrés VIP dans ses discothèques. Il s’est également employé à décrocher son rond de serviette dans différentes instances politiques. En 2009, son statut de représentant régional du puissant syndicat Union des métiers d’industrie et de l’hôtellerie lui permet de défendre une loi pour élargir l’ouverture des boîtes de nuit jusqu’à 7 heures du matin dans toute la France. Une victoire historique des tauliers de la nuit. Il a aussi siégé plusieurs années à la commission municipale de la vie nocturne. Ses concurrents grincent des dents : ils l’accusent de « copinage » et de « passe-droits » sur une ouverture de boîte en 2012. Lui conteste, préférant parler « d’excellentes relations » avec la mairie. Roger Vicot, l’adjoint municipal à la sécurité et à la vie nocturne de l’époque, s’inscrit en faux : « J’ai même été amené à sanctionner des patrons bien installés, bien connus. »

Tout au long de sa carrière, Franck Duquesne a toujours su s’entourer d’amis influents : des flics, des hommes d’affaires et des politiques à qui il réservait les carrés vip dans ses discothèques. / Crédits : Arto Victorri

Les « on dit » viennent d’envieux jaloux de son succès, répète Franck Duquesne. Sa success story et celle de ses héritiers est toutefois émaillée par différentes affaires qui participent à leur réputation sulfureuse. Entre 2010 et 2013, des établissements du père sont touchés successivement par un tir au lance-roquette et deux incendies criminels. Après une enquête policière, l’affaire a été classée sans suite faute de preuve. En juin 2019, Franck Duquesne est cette fois rattrapé par le fisc : il est condamné pour fraude fiscale à vingt-quatre mois de prison avec sursis et 50.000 euros d’amende pour avoir omis de régler la TVA sur plusieurs biens immobiliers entre 2012 et 2015. Il dit avoir vu sa peine de prison avec sursis annulée et son amende réduite par la cour d’appel en 2020. Contactée, la cour d’appel de Douai contredit pourtant les déclarations du patron : « Le jugement a été confirmé mais la peine infirmée : si la peine de prison a bien été enlevée, la peine de 50.000 euros n’a pas évolué. »

50 Cent, Sexion d’assaut, Bob Sinclar mais aussi Paul-Loup Sulitzer sont passés dans ses établissements. / Crédits : Arto Victorri

En septembre 2024, c’est cette fois le neveu, Romain Duquesne, qui est visé par une enquête pour trafic de drogue dans son établissement Le Baron. S’il a été doublement relaxé pour les accusations de complicité, les magistrats ont estimé qu’il avait au moins fermé les yeux sur le business. Dans la foulée, la préfecture du Nord ordonne la fermeture administrative de la boîte de nuit pour deux mois. « Je reste attaché à un dialogue constructif avec les autorités et à une vie nocturne responsable », promet le patron.

À LIRE AUSSI (en 2024) : Rhumeries, boîtes de nuit et néonazis : le drôle de business de Morgan Trintignant

Rien n’arrête la famille Duquesne

En novembre 2025, le fiston Edward Duquesne ouvrait en grande pompe avec son associé sa dernière adresse : le Delirium Café — deux étages, quatre bars et 800 m2 de surface installés sur la Grand’Place de Lille. Dans les médias, ils posent avec une pinte de bière belge floquée de l’éléphant rose. Pour l’inauguration, c’est le maire de Lille en personne, Arnaud Deslandes (socialiste), qui vient féliciter les deux entrepreneurs.

À chaque nouvel établissement, les tenanciers peuvent compter sur leur réseau, à l'image du ministre des PME qui a fait du Cartel son bureau pour une heure. / Crédits : Arto Victorri


Violette Spillebout, candidate aux élections municipales lilloises et députée LREM, a inauguré Le Fada en partageant le lieu sur son compte TikTok. / Crédits : Arto Victorri

À chaque nouvel établissement, les tenanciers peuvent compter, comme le père, sur leur joli réseau. Violette Spillebout, candidate aux élections municipales lilloises et députée LREM, a inauguré Le Fada en partageant le lieu sur son compte TikTok. Le ministre des PME Alain Griset qui « cherchait un endroit où travailler », raconte Edward Duquesne, a fait du bar Le Cartel son bureau pour une heure. Le fils débriefe :

« Ce sont des liens importants pour nos établissements, on invite les forces vives locales et nationales pour notre promotion et les gens répondent présent. Ça fait plaisir de les recevoir. »

Ses mots sonnent à s’y méprendre comme ceux de son père des années plus tôt. Ciao les discothèques bondées, Franck Duquesne leur préfère désormais les paisibles plages du Touquet (62) ou de Saint-Tropez (83). « À 63 ans, je me suis dit qu’il fallait profiter de la vie. » Cette retraite, il l’avait déjà annoncée en 2005, après une malheureuse expérience sur la Côte d’Azur. « Il a voulu faire le mariolle et ouvrir une boîte à Saint-Tropez », glousse Max, patron de bar lillois. L’entreprise n’aurait pas plu aux commerçants locaux. Franck Duquesne élude, c’est une autre histoire.

(1) Interrogé sur les commentaires qui les accusent de discrimination à l’entrée de leurs établissements, Gilles Perthame rejoint son associé : « Je maintiens qu’il n’y a aucune politique raciste donnée aux videurs. Nous voulons des gens sobres et propres, qui ne posent pas de problème dans nos établissements. » Sur les relations d’Edward Duquesne avec le groupe hooligan Losc Army, ou leur venue dans leurs bars, il ajoute : « Nous n’avons pas de politique spéciale à la porte qui les refuserait. Si elle répond à nos critères, c’est ok […]. Nous sommes plutôt bien réputés sur notre sécurité, je sens que la clientèle féminine s’y sent bien. […] Je suis apolitique, affilié à rien du tout. »