05/03/2026

Il a créé la « revue d’actualité » controversée Sirènes

Municipales : Jules Lecompte, ex-journaliste de « Frontières », sur une liste RN à Arles

Par Aurélien Defer

Après un passage à l’Assemblée en tant que collaborateur parlementaire d’un député ciottiste, Jules Lecompte est désormais candidat RN en Camargue. Il assure ne plus avoir de lien avec son ancien employeur, le média d’extrême droite « Frontières ».

Jules Lecompte n’est pas un débutant en politique. Après tout, n’a-t-il pas effectué l’an dernier un stage d’un mois à l’Assemblée nationale, en tant que collaborateur parlementaire du député de l’Union des droites pour la République (UDR) Gérault Verny ? Révélée par Libé en novembre, cette embauche avait fait couler un peu d’encre car le vingtenaire était aussi employé par le média d’extrême droite « Frontières » (anciennement « Livre Noir »), dont Gérault Verny est actionnaire. Jules Lecompte avait fini par regagner son poste de journaliste et communicant un mois plus tard.

À VOIR : La carte des 150 « brebis galeuses » du RN aux élections municipales

Sans pour autant abandonner ses velléités politiques : comme l’a remarqué StreetPress sur les listes déposées pour les élections municipales des 15 et 22 mars, le voilà désormais candidat aux élections municipales à Arles (13), sous les couleurs du Rassemblement national (RN). À tout juste 20 ans, le cofondateur de la « revue d’actualité » anonyme d’extrême droite Sirènes, laquelle multiplie les sorties plus que douteuses sur les réseaux sociaux, figure en dix-neuvième position sur la liste de Rémy Benson. Et ça ne s’invente pas : ce dernier est éleveur de brebis. Galeuses ?

Jules Lecompte ne l’a pas encore annoncé aux lecteurs du média « Frontières ». Le 25 février dernier, dans une story sur Instagram, il s’est simplement contenté d’évoquer « une grande annonce » imminente : « Celle-ci s’inscrit dans la continuité de ce que j’ai toujours porté, dans la continuité de mon engagement. » Et de conclure : « Camarguais, tenez-vous prêt ! » Quelques jours plus tard, il apparaissait tract en main sur un marché d’Arles, aux côtés de son candidat et du député RN des Bouches-du-Rhône, Emmanuel Taché.

À LIRE AUSSI (En 2025) : Le fiancé fan du IIIe Reich de Louise Morice, l’égérie du média « Frontières »

Une micro-entreprise créée il y a peu

S’il a aussi modifié en catimini sa biographie Instagram, qui affiche désormais le qualificatif d’« entrepreneur engagé pour la France », le Camarguais d’origine a-t-il bien quitté son poste chez « Frontières » où il revendiquait sur Linkedin être en CDI ? D’après son profil sur le réseau social, son expérience au sein du média d’extrême droite qui encense régulièrement le RN s’est arrêtée fin janvier. Ce que l’intéressé et sa rédaction, qui a contre toute vraisemblance toujours rejeté le qualificatif d’extrême droite, ont confirmé à StreetPress.

Plus récemment encore, le 1er février, Jules Lecompte a annoncé avoir créé sa micro-entreprise spécialiste, selon ses termes, « de la communication et de la stratégie marketing de marques déposées et de [la] rédaction d’articles de presse ». Les statuts de celle-ci ont bien été déposés le lendemain. Faut-il comprendre qu’il a déjà renoncé à cette activité pour se lancer pleinement en politique, bien qu’il ait peu de chances d’être élu en tant que dix-neuvième colistier ? « Je suis toujours auto-entrepreneur », répond-il.

Pour la politique, son choix s’est donc porté sur Arles. « Je suis né là, c’est ma ville de naissance, de cœur », justifie-t-il auprès de StreetPress, ajoutant qu’il avait hésité à s’y présenter comme « candidat indépendant » il y a quelques mois, avant de renoncer. Et pourquoi le RN ? « C’est un jeu de hasard, il manquait des personnes et je me suis porté volontaire. » Le hasard fait décidément bien les choses. Et de conclure : « De base, c’était pas StreetPress qui était censé l’annoncer, c’est ça le bazar… »

À LIRE AUSSI (En 2025) : Le média d’extrême droite « Frontières » attaque StreetPress

Pour rappel, le jeune homme s’était fait connaître en 2024 quand il avait été exclu de son lycée trois jours durant pour « contestation des enseignements et atteinte aux valeurs de la République », comme l’avait raconté Libé. Il avait alors présenté à ses abonnés en ligne ce renvoi comme une censure politique face à ses idées conservatrices. Qui ne datent donc pas d’hier, puisqu’il se présentait déjà à l’époque comme un ambassadeur de l’Institut de formation politique (IFP), qui initie à Paris de futurs élus très à droite.

Dans la foulée, il avait cofondé Sirènes, une revue d’actualité hyperactive sur le réseau social X et qui s’y répand en publications discutables. En janvier, ce compte avait ainsi relancé une campagne de cyberharcèlement visant l’influenceuse Léna Situations, incriminée dans un tweet aux relents sexistes parce qu’elle faisait la promotion de crèmes solaires à la plage. « Vos enfants sont entre de bonnes mains », avait tweeté Sirènes avec un émoji maillot de bain. Jules Lecompte affirme avoir quitté ce projet au début de l’année 2025.

Un mélange des genres courant

Contacté jeudi, Rémy Benson n’avait pas donné suite aux sollicitations de StreetPress au moment de la parution de cet article. Quadragénaire, encarté depuis trois ans au RN, Rémy Benson est par ailleurs engagé dans les Bouches-du-Rhône auprès de la Coordination rurale, syndicat agricole dont les accointances avec l’extrême droite, parfois radicale, ont été documentées par Reporterre et StreetPress début février. À Arles, où il se présente, le RN avait récolté 48,57% des suffrages au second tour des élections législatives de 2024.

À LIRE AUSSI (En 2025) : La Coordination rurale, un syndicat à l’extrême droite du monde agricole

Christophe Skaf, secrétaire général du média d’extrême droite « Frontières », s’est lui aussi porté candidat à l’approche des élections municipales. Il figure en vingt-et-unième position sur la liste Les Républicains (LR) portée par Clément Decrouy, à L’Haÿ-les-Roses (94). Il brigue ainsi un second mandat puisqu’il avait été élu conseiller municipal de la commune en 2020 sur la liste de Vincent Jeanbrun, depuis devenu ministre du Logement, comme l’avait raconté « Le Canard Enchaîné » en octobre dernier. Le palmipède avait ainsi retenu les louanges du média envers Vincent Jeanbrun.

Autant d’engagements et de mélange des genres qui ne semblent pas poser problème à « Frontières », dont le fondateur et directeur de la publication Erik Tegnér est également un habitué des partis politiques de droite et d’extrême droite. Ce dernier a ainsi milité au Front national (FN), chez l’Union pour un mouvement populaire (UMP) devenue LR, puis chez DroiteLib, mouvement pro-François Fillon. Il appelle depuis de ses vœux une « union des droites » et est notamment proche de Marion Maréchal, la fondatrice du parti Identité-Libertés.