13/03/2026

« C’est extrêmement dangereux qu’il puisse se retrouver à la mairie »

Dans une commune du Nord, un ancien maire condamné pour harcèlement moral et agressions sexuelles se représente

Par Lina Rhrissi

Définitivement condamné en 2018 pour avoir harcelé des agents et agressé sexuellement l’une d'elles, Roland Revel, maire de Rosult, dans le Nord, de 1995 à 2014, se présente aux municipales, en deuxième position d’une liste.

À Rosult (59), dans le Nord, l’ancien édile qui a fait de la vie professionnelle de six fonctionnaires municipales un calvaire a de grandes chances de revenir fréquenter les couloirs de la mairie en tant que conseiller municipal après les élections du 15 et 22 mars. Malgré sa condamnation en appel pour harcèlement moral et agressions sexuelles en 2018, Roland Revel, 82 ans, se présente en deuxième position sur la liste d’opposition Ensemble, construisons l’avenir de Rosult, dont il est à l’initiative d’après « La Voix du Nord ».

« Je le vis mal. Il y a des vies humaines derrière », souffle Marie-Line, qui a subi pendant plusieurs années les agressions sexuelles de cet ancien cadre de l’État, qui a dirigé la municipalité de 1995 à 2014. Âgée de 60 ans, elle est toujours fonctionnaire au sein de cette commune de 2.000 habitants et dit mettre des choses en place pour se protéger en vue de son retour. Elle se désole :

« Une partie des habitants de la commune ne sait pas ce qui s’est passé à l’époque. Mais les anciens, j’ai l’impression qu’ils l’écoutent et qu’ils se fichent de ce qu’on a subi, que c’est faux. On est allées au tribunal quand même, c’est incroyable ! »

« Pouvoir de protéger les agents »

Comme elle, plusieurs salariées de la mairie seraient terrifiées à l’idée du retour de Roland Revel. Le 26 mars 2018, la cour d’appel de Douai avait confirmé sa condamnation pour le harcèlement moral commis sur cinq de ses anciennes subordonnées — dont trois sont toujours en poste — et pour les agressions sexuelles commises sur Marie-Line. Confirmant le jugement du tribunal correctionnel de Valenciennes en 2016, la juridiction l’a condamné à un an d’emprisonnement avec sursis, à la privation de tous ses droits civiques, civils et de famille pendant trois ans, ainsi qu’à une inscription au fichier national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles. Dans le jugement en première instance, le tribunal avait conclu :

« Les faits sont extrêmement graves car ils ont amené plusieurs femmes vers la dépression et pour l’une d’entre elles jusqu’à l’hospitalisation en psychiatrie. […] Sa qualité de maire ayant légitimé le prévenu dans ses actes, il faut s’assurer qu’il ne puisse pas retrouver une telle position et nuire à nouveau. »

Roland Revel dénonçait « une cabale » politique lors de son procès et continue aujourd’hui de nier les faits. Contacté par StreetPress, il n’a pas souhaité répondre. Il a assuré ce 6 mars à « La Voix du Nord » qu’en cas de victoire, « il ne veut pas s’occuper du personnel », rappelant qu’il ne sera pas maire. Celle qui le deviendrait est la tête de liste, Émilie Bisson, esthéticienne installée à Rosult depuis huit ans. Ignorant nos sollicitations, elle a déclaré au journal local : « On est onze femmes sur la liste, on est toutes venues de notre plein gré et si on avait le moindre doute, on ne serait pas là. »

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La maire sortante Nathalie Colin, fonctionnaire territoriale de profession, dit ne pas vouloir s’exprimer sur la condamnation du candidat Roland Revel, qui a « purgé sa peine ». L’élue admet cependant être « outrée » que des habitants puissent douter de la parole des victimes. « Après le 15 mars, j’espère avoir encore le pouvoir de protéger les agents », glisse celle qui se présente pour un second mandat avec la liste Préservons Rosult, préparons demain.

Agressions sexuelles au restaurant scolaire

Brimades quotidiennes, hurlements, humiliations, menaces, jets de papiers à la figure… Auprès des gendarmes, plusieurs agents se sont accordés pour décrire « un climat de terreur en mairie » lorsque cet homme « autoritaire », « colérique » et « grossier » était aux manettes. Il avait l’habitude de répéter « c’est moi le patron » en intimant à ses subalternes « de la fermer » ou en les qualifiant d’« incapables ». Les remarques sexistes ou dénigrantes sur leur physique étaient le lot du personnel féminin, selon le jugement en 2018 de la cour d’appel que StreetPress a pu consulter. Il reproche par exemple à une fonctionnaire sa grossesse, à une autre d’avoir « grossi des fesses », tandis qu’une autre encore se voit reprocher sa nouvelle coiffure qui la rend « vraiment pas belle ».

À partir de l’année 2000, Marie-Line est agressée sexuellement à plusieurs reprises par son employeur. Ce dernier lui aurait dit « si tu es gentille avec moi, je serai gentil avec toi », avant de lui caresser la poitrine au-dessus de ses vêtements, puis en dessous, et de tenter de l’embrasser. Quelques années plus tard, en 2012, alors qu’elle travaille seule au restaurant scolaire, l’élu local lui touche de nouveau la poitrine par-dessus son pull. La même année, sur les mêmes lieux, il lui touche le sexe en arrivant par l’arrière. Des faits de ce genre se seraient répétés une dizaine de fois, selon Marie-Line. « Je suis complètement démolie en tant que femme. Je n’ai pas vécu l’enfance de ma fille comme j’aurais dû la vivre. C’était l’horreur », confie-t-elle à StreetPress.

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Longtemps empêchée de parler par la peur de perdre son emploi, l’adjointe technique s’est décidée à porter plainte en 2014 avec cinq autres femmes salariées de la mairie, rassurées par l’élection d’un maire issu d’une nouvelle majorité. Pendant les deux années entre la plainte et le premier procès de 2016, Roland Revel, devenu élu d’opposition au sein du conseil municipal, n’aurait pas mis fin à ses agissements au sein de la mairie et aurait continué de tenir des propos humiliants à l’encontre de certaines fonctionnaires.

En 2018, la cour d’appel avait considéré que trois années d’inéligibilité seraient suffisantes « eu égard à l’âge du condamné » rendant peu probable son retour actuel en politique. « Je trouve ça extrêmement dangereux qu’il puisse revenir à la mairie, sachant qu’il ne s’est pas du tout remis en question pendant la procédure pénale », s’alarme la juriste Laure Ignace, qui avait soutenu Marie-Line par l’association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, partie civile pendant le procès. Pour elle :

« Il pourrait recommencer à harceler des gens qui sont toujours là-bas. Ça veut dire que les habitants de la commune sont susceptibles d’élire quelqu’un qui risque de détruire la vie de leurs voisines. »

Illustration de la Une par Mila Siroit.