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    10/03/2026

    À Sannois, l’extrême droite fait son trou

    Municipales : dans le Val-d’Oise, un maire divers droite fan de Reconquête

    Par Sofia Goudjil

    Bernard Jamet, maire de Sannois classé divers droite pour les municipales, s’affiche sans complexe derrière le parti d’extrême droite Reconquête. Plusieurs opposants dénoncent un climat stigmatisant et autoritaire.

    « Je déteste l’extrême droite », assène sans hésitation Frédéric Haton, assis, devant un expresso, sur la place du marché de Sannois (95). Cet habitant de la ville du Val-d’Oise depuis vingt-cinq ans a voté à deux reprises pour Bernard Jamet, maire divers droite depuis 2014. Mais pas pour les élections municipales de 2026. Si le maire sortant se présente sur une liste sans étiquette, l’Avenir en confiance, Frédéric Haton refuse de voter pour une figure politique affiliée à Reconquête, le parti d’extrême droite d’Éric Zemmour.

    En 2022, Bernard Jamet a parrainé le polémiste en vue des élections présidentielles. Puis, en 2023, le maire divers droite rejoint la liste de Sébastien Meurant, membre de Reconquête, pour les élections sénatoriales. Un rapprochement avec Éric Zemmour qui « dérange » cet habitant quinquagénaire à la barbe grisonnante :

    « Je n’aime pas ses idées et ce qu’il représente. »

    Éric Zemmour a fait l’objet de plusieurs condamnations pour « provocation publique à la haine raciale ou religieuse », dont la dernière en décembre 2025. Il avait qualifié les mineurs isolés de « voleurs », « assassins » et « violeurs » sur CNews en 2020.

    Un rapprochement peu assumé avant les élections

    « J’ai rejoint Reconquête assez récemment », a affirmé Bernard Jamet dès les premières secondes d’une interview vidéo accordée au « Figaro » en juillet 2023, lorsqu’il est reçu pour parler des révoltes dans la ville après la mort de Nahel, tué par un policier. En 2017, Bernard Jamet avait parrainé Nicolas Dupont-Aignan et son parti Debout la France, une figure proche de l’extrême droite qui a conclu une alliance électorale avec Marine Le Pen.

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    Le maire sannoisien de 70 ans multiplie les apparitions auprès du parti Reconquête. Lors d’un meeting du parti en 2022, sur l’estrade micro en main, il affirme : « Les républicains, c’est vous. Les extrémistes, c’est eux. » En février 2023, il participe à la galette des rois de la fédération Reconquête du Val-d’Oise. Il y est décrit comme « un invité de marque » sur la page Internet de la branche locale du parti.

    En juillet 2023, c’est un tournant marquant pour la ville et ses habitants, lorsque Éric Zemmour se rend à la mairie de Sannois. Le président du parti vient soutenir Bernard Jamet après les révoltes pour Nahel. Selon deux lycéens de 17 ans scolarisés à Notre-Dame, qui ont souhaité rester anonymes :

    « On ne s’intéresse pas beaucoup aux municipales mais Zemmour chez nous, ça nous a beaucoup choqués. »

    Un peu plus loin, Riyad, 26 ans, assure que « voir Éric Zemmour se faire prendre en photo dans notre mairie alors que notre ville n’avait jamais basculé à l’extrême droite, ça me dérange ». Ce chauffeur accompagnateur de personnes à mobilité réduite déplore que « l’extrême droite gangrène la jeunesse », avant d’ajouter : « Ça devrait être mentionné quelque part que le maire est sur une liste Reconquête. »

    À quelques semaines des élections municipales, le discours de Bernard Jamet a radicalement changé. Interrogé par StreetPress sur sa proximité avec l’extrême droite et Zemmour, il évacue le sujet : « Ce n’était pas un engagement militant. C’est vieux, c’est terminé, c’est passé. Moi, je ne suis ni Reconquête ni autre chose, je suis un homme libre. » Il assure désormais n’être encarté dans aucun parti.

    Un climat stigmatisant

    L’édile semble pourtant proche de la ligne idéologique du parti zemmouriste en reprenant, par exemple, le discours qui divise les Français : ceux « de souche », comme Bernard Jamet l’a indiqué lors d’une cérémonie du 11 novembre 2024, et ceux « de papiers » comme lorsqu’il résume les manifestants pour Nahel dans une interview donnée en 2023.

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    Plusieurs candidats de l’opposition dénoncent une ambiance stigmatisante aux côtés du maire sannoisien. Comme Célia Jacquet-Léger, adjointe de Bernard Jamet pendant dix ans avant qu’il ne la renvoie en 2023. Celle qui vise aujourd’hui la municipalité assure avoir observé un changement dans les propos du maire depuis son soutien à Reconquête. Elle décrit des « discours de plus en plus nationalistes », avant de détailler :

    « Il disait aux personnes qu’il jugeait comme étant issues de l’immigration qu’il fallait qu’elles soient dans l’assimilation. »

    Au forum des associations de Sannois, le 5 septembre 2022, Bernard Jamet avance auprès de Louisa (1), à l’époque présidente d’une association de parents d’élèves : « Il est venu à notre stand, il parlait de laïcité. Puis, il nous a dit : “Vous savez que les Sannoisiens quittent Sannois car il y a de plus en plus de femmes voilées”. » Auprès de StreetPress, le maire s’est contenté de justifier ses propos par un évasif : « des gens m’ont dit ça », sans apporter plus de précisions avant d’ajouter : « Je n’ai rien contre les engagements ni religieux ni politiques. »

    Inès (1), une habitante du quartier des Carreaux, dénonce auprès de StreetPress la situation de sa mère. La septuagénaire, résidente à Sannois depuis 1985 et titulaire d’un titre de séjour de dix ans, se voit refuser les boîtes de chocolat offertes par la mairie aux seniors lors des fêtes de fin d’année. Un refus qui serait motivé par le fait qu’elle n’a pas la nationalité française, mais algérienne. « Pour moi, c’est de la discrimination et c’est raciste », déplore sa fille, qui témoigne anonymement par crainte de représailles en cas de réélection du maire.

    Interrogé par StreetPress, Bernard Jamet a assuré que : « La municipalité ne fait aucune distinction quant aux boîtes de chocolat et au repas des anciens. » Il ajoute ensuite : « Il arrive que certaines personnes échappent à notre listing. »

    Des sanctions pour les désaccords

    Les désaccords avec la nouvelle orientation politique du maire ne sont pas bien accueillis. En 2023, quand Célia Jacquet-Léger a exprimé des réserves pour suivre Bernard Jamet aux futures municipales après son engagement à Reconquête, elle a été « sanctionnée sans aucune discussion », assure-t-elle. Selon la candidate, il aurait obligé l’ensemble de l’équipe à voter à main levée pour sa destitution en conseil municipal en 2023. « Il l’a fait de façon très autoritaire en invitant à partir toute personne qui refuserait de le faire. »

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    « On est bridé à plein de niveaux, on ne peut ni s’exprimer ni débattre avec le maire », dénonce Nicolas Flament, conseiller municipal. Lui et Célia Jacquet-Léger racontent qu’il est impossible de s’adresser au maire par son nom de famille, seulement par « monsieur le maire ». « Si vous avez le malheur de l’appeler “monsieur Jamet”, il vous coupe le micro », détaille Nicolas Flament. Ce dernier a été démis de ses fonctions d’adjoint en mai 2025 après s’être désolidarisé du maire lors de la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo intime de l’édile, à caractère sexuel. Nicolas Flament est désormais sur une liste de l’opposition qui rassemble différents partis de droite (LR, UDI, Horizons) face à l’édile, soutenu par aucun parti. Bien que l’ombre de Reconquête plane avec lui sur Sannois.

    (1) Le prénom a été modifié.

    Contactée, la section 95 de Reconquête n’a pas répondu aux sollicitations de StreetPress.

    Illustration de la Une par Caroline Varon.

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