12/03/2026

Algues vertes, touristification et gauche divisée : la « ville rouge » se déchire avant les municipales

À Douarnenez, la maire de droite déteste les « anti-tout » et vice-versa

Par Romane Lizée ,
Par Muelle Hélias

À Douarnenez, la maire fustige le dogmatisme des « anti-tout », quand l'opposition dénonce une dérive immobilière excluante. Entre crise du logement, algues vertes et spectre d’une ville carte postale, le port se déchire pour les municipales.

« Ne votez pas pour moi, je suis au bout du rouleau ! » Devant des mines amusées de la place des Halles bondée de Douarnenez, Mad défile en perruque blonde, chic manteau de laine beige et écharpe tricolore. Pour la quatrième année consécutive, la comédienne singe la maire divers droite Jocelyne Poitevin. « Laissez-moi partir et m’installer à Saint-Tropez, je vous en supplie. »

Lors des Gras à Douarnenez, une comédienne singe la maire de divers droite Jocelyne Poitevin, dit pour l'occasion, « Jocelyne Pot-de-vin ». / Crédits : Muelle Hélias

Le 15 février commencent les Gras : temps fort de la ville du Finistère, le festival séculaire de cinq jours célèbre notamment la fin de l’hiver, durant lequel les pêcheurs restent souvent à quai. « Le carnaval est un outil de contestation sociale et politique », lance Mad avant de contextualiser son personnage, « Jocelyne Pot-de-vin », le double déprimé de l’édile. « Je l’ai croisée, elle m’a serré la main », raconte la travailleuse sociale, déçue par la réaction de l’édile. Derrière elle, une troupe de faux soutiens, en vestes de costume, scande : « CAC 40, oui, oui ! » ou « Bernard Arnault est notre héros ! ».

Sous couvert de satire, un carnavalier s'est déguisé en Maël Le Calan (Les Républicains), président du département. / Crédits : Muelle Hélias


D'autres dénoncent la renaturation du squat que Maël Le Calan voit comme une « verrue en baie ». / Crédits : Muelle Hélias

À la veille des municipales qui ont lieu les 15 et 22 mars, la fronde des carnavaliers s’est cristallisée contre la maire sortante. Sous couvert de satire, de faux programmes ont fleuri dans les rues tournant en dérision la politique de la droite locale : y était suggéré pêle-mêle d’installer des « caméras pour surveiller les caméras », de convertir les logements sociaux en Airbnb ou de « rendre les algues vertes comestibles » pour clore le débat écologique.

Lors des Gras, des faux programmes ont fleuri dans les rues tournant en dérision la politique de la droite locale... / Crédits : Muelle Hélias


Avec pour idées d'installer des « caméras pour surveiller les caméras », de convertir les logements sociaux en Airbnb... / Crédits : Muelle Hélias

Notre série de reportages sur Douarnenez :

À l’occasion des élections municipales qui auront lieu en mars 2026, StreetPress a décidé de tirer le portrait de Douarnenez. À travers une série d’enquêtes et de reportages, nos journalistes Romane Lizée et Muelle Hélias racontent au long cours ce territoire, ses habitants, et les enjeux qui le traversent à l’aune du scrutin.

Épisode 1 : L’utopie ratée des HLM vue mer de Pouldavid

Épisode 2 : À Douarnenez, dans le Finistère, la culture du rock ouvrier menacée ?

Épisode 3 : À Douarnenez, la légende des ouvrières révolutionnaires des usines de sardines

Épisode 4 : À Douarnenez, la maire de droite déteste les « anti-tout » et vice-versa

À Douarnenez, ville d’environ 14.000 habitants, les gauches sont en guerre contre la maire de droite et vice-versa. Elle les appelle les « anti-tout » parce qu’ils seraient contre tout ce qu’elle entreprendrait. Les militants de gauche visés ont eux retourné le stigmate avec des tags « anti-tout » entourés d’un cœur sur les murs de la ville ou sur des tee-shirts. « C’est une ville de grandes gueules », aime dire l’ancien vice-président de la région Bretagne, chargé de la culture, Jean-Michel Le Boulanger. Une référence au passé frondeur du port et aux grandes grèves ouvrières du début du XXe siècle. Mais depuis 2008, « la ville rouge » est entre les mains de la droite. Cette année encore, Jocelyne Poitevin, élue en 2020, mène la liste Douarnenez au cœur. Et si en 2020, la gauche avait réussi à faire front commun ; pour ces élections, elle s’est scindée en deux groupes. « J’espère qu’on va passer à gauche parce que je ne peux pas me retaper six ans de Pot-de-vin ! », s’exclame Mad.

« Ras-le-bol des anti-tout »

Le 14 février, micro en main face à une quarantaine de soutiens, Jocelyne Poitevin, 69 ans, inaugure son bureau de campagne et déroule les points forts de son mandat : une aire de jeux inclusive, le déploiement de caméras de vidéoprotection, la chasse aux tags… « Il y a vraiment des champions du monde [de graff, ndlr] ! Ça donne une très mauvaise image de la ville. » Mais son bébé reste le réaménagement de la plage des Sables-Blancs, dans le chic et touristique quartier de Tréboul, pour 2,6 millions d’euros. « Il ne manque plus qu’un casino », s’agace une habitante. « Un quartier remodelé en collaboration étroite avec les habitants », assure l’édile, avant de lancer un pique à ses adversaires : « J’entends qu’il faut “co” ceci, “co” cela, le participatif, le machin. Mais il faut aussi agir. »

À LIRE AUSSI (en 2025) : La « Mont-Saint-Michélisation » de Saint Malo racontée par ses habitants

« Ici, les gens versent beaucoup dans la critique », rétorque Edwige Tanguy, 56 ans et soutien de la maire sortante, qui raille les « anti-tout », ennemis numéro un de Jocelyne Poitevin. Le terme est apparu dans la presse locale le 6 mai 2023, quand près de 80 militants du collectif anti-croisière Sémaphore se sont rassemblés sur le port pour empêcher des touristes de descendre du paquebot afin de dénoncer « un scandale écologique ».

À gauche de l'image, Edwige Tanguy, 56 ans, soutien la maire sortante qui est, à droite de l'image, Jocelyne Poitevin, élue en 2020, qui mène la liste Douarnenez au cœur. / Crédits : Muelle Hélias

Remontés contre ce mouvement de contestation — qui a empêché plusieurs croisiéristes de visiter la ville — certains commerçants ont affiché sur leur devanture « ras-le-bol des anti-tout ». À son tour indignée, Jocelyne Poitevin en avait donné sa petite définition :

« Ils sont peu nombreux et arrivés pour beaucoup il y a moins de cinq ans à Douarnenez. Quoi que je fasse ou que je ne fasse pas, je sais qu’ils s’exprimeront contre. »

Deux listes pour la gauche

La querelle des « néo » et des « vrais » Douarnenistes est un vieux serpent de mer en ville. Souvent, les seconds reprochent aux premiers d’arriver en masse pour imposer leurs idées politiques et leurs « manières urbaines ». « Ils ne cherchent pas à s’insérer », martèle Jocelyne Poitevin auprès de StreetPress. « Ils arrivent en conquérants. » Ces trois dernières années, des stickers « DZ [surnom de Douarnenez] anti-gaucho » ou « non aux anti-tout » sont apparus dans la rue.

Les militants de gauche visés par la mairie ont retourné le stigmate avec des tags « anti-tout » et en collant des stickers « DZ [surnom de Douarnenez] anti-gaucho ». / Crédits : Muelle Hélias

« Tous les vieux Douarnenistes ne sont pas des réacs et tous les jeunes qui débarquent ne sont pas des gauchistes », tranche Greg Ralec, la quarantaine, qui a grandi dans le quartier de Pouldavid. Pour une autre habitante — qui préfère rester anonyme tant le sujet crispe — juge :

« C’est une stratégie pour diviser même au sein de la gauche. »

« Mon mot d’ordre, c’est l’apaisement », martèle Véronique Raher-Hériaud, 63 ans et cheffe de file de la liste Pour Douarnenez aux élections municipales. Partisane de Générations, créé en 2017 par Benoît Hamon, la conseillère d’entreprise à la Chambre de commerce et d’industrie de Brest se revendique d’une gauche « responsable et ouverte ». « Il y a trop d’entre soi et de clans », soutient celle qui habite le port de Tréboul. Véronique Raher-Hériaud, soutenue par les partis socialiste (PS) et communiste (PC), a été adjointe dans une mairie voisine avant de devenir conseillère régionale de Bretagne entre 2004 et 2010. Elle porte un programme orienté vers l’accès à la santé, l’environnement et le soutien au commerce local. Une ligne nettement plus modérée que sa rivale, laquelle déborde sur sa gauche.

« Ici, tout le monde a à un moment été “néo”. » Docteure en histoire maritime, la tête de liste de Douarnenez Solidaire, Françoise Pencalet, a souvent réponse à tout. « En 1830, il y avait 2.000 habitants à Douarnenez. 80 ans plus tard, il y en avait 13.500. » À 58 ans, elle a été candidate aux législatives de 2012 sous l’étiquette du Parti communiste et conseillère d’opposition. Désormais soutenue par La France insoumise, Les Écologistes, l’Après (mouvement qui souhaite faire vivre l’union des gauches du Nouveau Front populaire après les législatives de 2025) et l’Union démocratique bretonne (parti politique de gauche, écologiste et autonomiste), la candidate soutient les combats de différents groupes militants autour du logement.

Douarnenez Solidaire soutient les habitants des Roches Blanches, un squat qui existe depuis une quinzaine d'années. / Crédits : Muelle Hélias

Parmi eux, les habitants des Roches Blanches. Ce squat à l’ouest de la ville, ancien village de vacances abandonné en 2007, existe depuis une quinzaine d’années. « On est un lieu de solidarité essentiel », explique Héloïse (1), 35 ans, qui y vit depuis 2018. « Il y a une salle de répétition de musique, une forge, une menuiserie, un atelier de couture ouverts au reste de la ville. On héberge aussi des gens qui galèrent à trouver un logement ou des saisonniers. » Les deux listes de gauche sont allées visiter le squat. Seul Douarnenez Solidaire soutient le projet de ses habitants. Françoise Pencalet, tête de liste, dénonce :

« On veut exclure une population qui vit de façon différente, qui a un rapport à la propriété différent et qui accueille pourtant tout le monde. »

En décembre 2025, le département a racheté le site lors d’une vente à l’amiable pour 300.000 euros. Objectif affiché par le président du département Maël Le Calan (Les Républicains) : « faire disparaître une verrue en baie de Douarnenez et rendre ses terrains aux Finistériens » via une renaturation du site. Initialement le lieu devait faire l’objet d’une vente aux enchères pour laquelle les occupants avaient réussi à rassembler la somme de 500.000 euros — offre qui n’a pas été retenue par la justice. Ils ont fait appel de la vente à l’amiable, qui aura lieu le 6 mai.

Devant le local de la liste Douarnenez au cœur menée par Jocelyne Poitevin. / Crédits : Muelle Hélias

« Il y a des règles qu’on doit respecter », tranche la maire Jocelyne Poitevin, avant de se permettre un clin d’œil à son collègue président du département, Maël Le Calan, en ajoutant : « Le RSA n’est pas un métier. » Début mars, la CGT a porté plainte contre lui suite à sa politique de harcèlement contre les bénéficiaires des minima sociaux. « Il nous appelle “les militants de métier”. Oui : on fait du social et de la culture, ce qui n’est pas valorisé dans ce pays », s’agace Gaétan, un habitant des Roches Blanches. « Les trois quarts des personnes passées par ce squat habitent encore à Douarnenez et font partie des associations qui font bouger la ville », assure Jackie (1), 44 ans, qui ajoute :

« On est un des derniers remparts avant que Douarnenez ne soit une ville carte postale. »

La politique carte postale

Murs noirs de suie, fenêtres éventrées et portes murées, le fantôme de l’ancien hôpital se dresse en plein centre-ville depuis une trentaine d’années. Fin 2023, l’annonce d’un projet immobilier sur le site — prévoyant la livraison de 184 logements par un promoteur privé entre 2028 et 2030 — a été accueillie par une pétition et un recours des riverains. « Ces appartements dits “sociaux” sont à 3.200 euros le mètre carré [contre 2.200 euros en moyenne dans le centre-ville, ndlr] alors qu’à Douarnenez le revenu médian est à 22.000 euros annuels », dénonce Françoise Pencalet, tête de liste Douarnenez Solidaire. La candidate avance :

« Depuis 2020, Jocelyne Poitevin favorise la venue d’une population plus aisée avec du pouvoir d’achat, qui va plus facilement voter à droite. »

Fin 2023, sur l'ancien site de l'hôpital, un projet de 184 logements était prévu par un promoteur privé mais des riverains se sont engagés contre les constructions. / Crédits : Muelle Hélias


Françoise Pencalet, tête de liste de Douarnenez Solidaire, estime que « depuis 2020, Jocelyne Poitevin favorise la venue d'une population plus aisée avec du pouvoir d’achat, qui va plus facilement voter à droite ». / Crédits : Muelle Hélias

Pendant le mandat écoulé, une partie de la gauche a déployé son énergie à contrer les plans de la maire en matière de réhabilitation du bâti — un enjeu important dans une ville qui compte 950 logements vacants. Le bâtiment l’Abri du marin, un symbole ouvrier inscrit au titre de monuments historiques, a été transformé en logements haut de gamme en 2022. L’emblématique usine de mise en boîte de sardines, Chancerelle, installée sur le port, a un temps attiré la convoitise d’un promoteur immobilier pour la construction d’une résidence seniors de luxe. Tout comme la friche de l’ancienne caserne de pompiers, où le collectif militant DouarnVendez a affiché, en 2023, une banderole : « Des logements pour les gens, pas pour faire de l’argent. » Avec la hausse du nombre de meublés touristiques, l’augmentation des prix de l’immobilier et la saturation du parc locatif social, « les locaux ont de plus en plus de mal à se loger », observe Séverine Le Quéméner, adhérente de La France insoumise et colistière de la liste Douarnenez Solidaire.

Séverine Le Quéméner, adhérente de La France insoumise et colistière de la liste Douarnenez Solidaire, tracte pour la liste Douarnenez Solidaire. / Crédits : Muelle Hélias

« On ne peut pas être monolithique ! », s’exaspère Jocelyne Poitevin, depuis son grand bureau à l’hôtel de ville. « Le tourisme fait partie de l’économie locale. Ça fait vivre des campings, des hôtels, des restos, des chambres d’hôtes. On ne peut pas toutouiller l’histoire toute sa vie […]. Il faut aussi regarder devant. Comment évoluer si on ne regarde que le passé ? C’est un peu réac. »

Une maire « notable »

« Madame Le Maire », comme elle aime être appelée, est une Douarneniste d’adoption. Issue d’une famille de fonctionnaires quimpérois, elle s’est installée dans le port finistérien en 1980 après son mariage. « J’ai trois enfants douarneno-douarnenistes avec des racines douarnenistes, donc ça y est, la greffe a pris », insiste-t-elle. Elle se dit proche de ses administrés : « Quand je fais mes courses à Douarnenez, je ne garde pas la tête entre mes jambes, je salue les gens ! » Et s’être attachée à la ville pour son « cadre de vie exceptionnel », ses « équipements culturels et sportifs » et son « foisonnement d’associations ». « On ne s’ennuie jamais ici. » L’élue échappe pourtant un peu à l’esprit des fêtes locales en ne se déguisant pas pendant le carnaval des Gras. « Je n’ai pas trop eu l’habitude », explique celle qui se contente de déambuler dans le port en liesse avec sa garde rapprochée.

De gauche à droite : Françoise Pencalet, Jocelyne Poitevin et Véronique Raher-Hériaud à la MJC le 12 février. / Crédits : Muelle Hélias


À Douarnenez, ville d’environ 14.000 habitants, les gauches sont en guerre contre la maire de droite et vice-versa. / Crédits : Muelle Hélias

Jocelyne Poitevin dit souvent être arrivée en politique « par hasard ». En 1995, le candidat aux municipales, Joseph Trétout (UDF), cherche des colistiers pour affronter le charismatique maire sortant communiste, Michel Mazéas, à la tête de la ville depuis vingt-quatre ans. Il se tourne vers le mari de Jocelyne Poitevin, qui décline la proposition et l’oriente vers son épouse, à l’époque salariée dans une banque. Joseph Trétout emporte le scrutin mais, un an plus tard, tombe gravement malade. Jocelyne Poitevin reprend le fauteuil de maire.

Pour les élections municipales de 2020, Hugues Tupin était le candidat de la gauche. Cette année, il tracte pour Douarnenez Solidaire. / Crédits : Muelle Hélias

En 2001, quand la ville revient aux mains de la gauche, elle devient négociatrice à l’étude notariale avec son mari jusqu’en 2013. L’un de ses fils a repris le cabinet. « Dans le cadre de cette activité, elle a rencontré beaucoup de monde », relate une personne de l’opposition. Décrite comme « aimée des Douarnenistes » et « offensive » par la presse locale, elle remporte les élections municipales en 2020 avec 57 % des voix au second tour face au candidat de gauche Hugues Tupin. Elle ne s’est pas arrêtée là : administratrice de la caisse locale du Crédit Agricole depuis 2015, elle est aussi devenue en 2021 vice-présidente du conseil départemental et en 2023 présidente de la communauté de communes. « La concentration des pouvoirs, c’est dangereux », fustige Véronique Raher-Hériaud, tête de la seconde liste de gauche, pointant au passage « la situation financière de la mairie [qui] n’est pas brillante. » « C’est une notable dans une ville historiquement ouvrière », lance l’opposante Françoise Pencalet.

Les écolos, « des emmerdeurs »

Le carnaval a pris fin le 18 février, les pavés sont encore couverts de confettis des Gras. Mais sur le marché, place des Halles, les tractages de campagne reprennent. Clémentine s’est arrêtée saluer des membres de la liste Douarnenez Solidaire qu’elle soutient. « Ça va, j’ai pas trop l’air d’une anti-tout ? », lance-t-elle en rigolant, concentrée à replacer son écharpe. La cuisinière, traiteur bio et patronne de food-truck de 36 ans, s’est installée à Douarnenez il y a huit ans, attirée par le dynamisme des producteurs et du tissu associatif local :

« Il y a une grande réflexion autour des pratiques agricoles et un vrai sujet écologique sur la prolifération des algues vertes. »

De mai à juillet 2025, les communes de la baie de Douarnenez ont connu des échouages massifs inédits d’algues vertes, dont le lien avec l’utilisation de pesticides et l’épandage de lisier par l’agriculture intensive a été établi. Au même moment, le parc naturel marin d’Iroise, censé veiller à ce que la baie de Douarnenez ne soit pas trop cochonnée, donne son feu vert à l’extension de trois élevages porcins, soit 4.326 bêtes supplémentaires. Mauvais timing : en juin, l’État est reconnu responsable à 60 % de la mort de Jean-René Auffray, jogger décédé dans une vasière polluée par les algues vertes à Hillion, dans les Côtes-d’Armor, en 2016.

Françoise Pencalet, docteure en histoire maritime, est la tête de liste de Douarnenez Solidaire après avoir été candidate aux législatives de 2012 sous l'étiquette du Parti communiste. / Crédits : Muelle Hélias

Pas de quoi en faire tout un foin pour Jocelyne Poitevin. Le même été, dans une interview à « Ouest France », la maire a assuré sèchement qu’« il n’y a plus d’élevage intensif » dans le coin. Les écolos de la baie de Douarnenez Environnement ont brandi les chiffres préfectoraux de 2020 : 500.000 cochons dans une centaine de porcheries installées dans la baie. « On a déformé mes propos, je parlais seulement de la plage du Ris », à Douarnenez, précise l’édile à StreetPress.

Les prélèvements effectués sur la qualité des eaux de baignade montrent que sur plus de 1.000 mesures, une seule journée aurait été considérée comme « correcte ». / Crédits : Muelle Hélias

« Il y a trop de cochons tout autour de la baie et pas assez de terre pour épandre le lisier », insiste Nicole Le Gall, ancienne mareyeuse et fondatrice de l’association Baie Douarnenez Environnement. La septuagénaire est colistière de la liste Pour Douarnenez, qui propose « une consultation citoyenne » sur les algues vertes, dont elle a vu les premiers échouages en 1985. Elle regrette :

« Pour les élus, les écolos, c’est des emmerdeurs. »

Ces derniers mois, la militante était au cœur d’une bataille sur la gestion de la qualité des eaux de baignade pour que les résultats des prélèvements que la ville a effectués depuis 2019 soient rendus publics. Bilan : sur plus de 1.000 mesures, une seule journée aurait été considérée comme « correcte ». Dans la foulée, la liste Pour Douarnenez a dénoncé « une municipalité qui fait de la rétention d’information un style de gouvernance », tandis que Douarnenez Solidaire a jugé que « les responsables n’ont pas pris les mesures adéquates ». La ville a fini par réagir en pointant des accusations « mensongères ».

La guerre des gauches

« La dernière fois, il y avait deux listes de droite, une liste de gauche, et c’est la droite qui a gagné », lance Véronique Raher-Hériaud, tête de liste de Pour Douarnenez, interrogée sur l’alliance ratée avec la liste Douarnenez Solidaire — toutes deux étiquetées à gauche. Et de tacler : « On n’a pas fermé la porte mais nous voulons proposer des projets réalistes. » « On met plus de temps à prendre les décisions de façon horizontale. Par contre, on les prend avec beaucoup plus d’assurance car elles sont partagées par tout le monde », réplique calmement Françoise Pencalet de Douarnenez Solidaire, tract à la main, devant le primeur bio du marché de Tréboul.

Toutes deux contre la maire de droite, Clémence (à gauche sur l'image) est cuisinière, traiteur bio et patronne de food-truck et Clémentine (à droite) est manipulatrice radio à l’hôpital de Quimper. / Crédits : Muelle Hélias

« Jocelyne Poitevin veut l’exclusion des gens qui ne sont pas retraités et riches », s’agace Clémence, 39 ans, manipulatrice radio à l’hôpital de Quimper. « Douarnenez est un bijou et elle a envie de la casser en mille morceaux pour s’enrichir. » Celle qui habite dans le port finistérien depuis cinq ans a été bénévole au Planning familial. Elle a cofondé par la suite une association de partage d’outils — visseuse, tronçonneuse, marteau… — et a tenu une boutique dans le centre-ville pour promouvoir les créations de femmes artisans. Sur son visage, il lui reste encore quelques paillettes du carnaval. « Je vais voter pour des gens qui sont réellement ancrés ici et qui veulent que tout le monde soit représenté. »

(1) Les prénoms ont été modifiés.