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    17 / 10 / 2013

    « Évitez d'indiquer : Mademoiselle, Madame, Veuve ou votre prénom »

    Les conseils sexistes du ministère de l'Intérieur

    Par Mathieu Molard

    Sur son site internet le ministère de l'intérieur propose ses bons « conseils aux femmes »: chez vous vivez calfeutrées, sur votre boîte aux lettres cachez votre « condition de femme » et dans la rue marchez vite.

    Vous connaissiez les bons conseils du ministère de l’Intérieur ? Jusqu’à peu, nous non plus et pourtant ils valent leur pesant de cacahuètes. C’est via la twittos @Wahiba que StreetPress a découvert ces « conseils pratiques » rédigées en août 2012 par l’administration de Manuel Valls.

    Homme fort Dans la rubrique « ma famille », sont proposés « tous les conseils pour protéger votre famille (femmes, enfants) contre les actes malveillants ». C’est donc un manuel à l’usage de l’homme (nécessairement le patron à la maison), qui pourra désormais protéger sa (faible) femme. Mais le meilleur reste à venir…



    Dans “la rubrique « conseils aux femmes »”:
http://www.interieur.gouv.fr/A-votre-service/Ma-securite/Conseils-pratiques/Ma-famille/Conseils-aux-femmes, le fonctionnaire de la place Beauvau s’est carrément lâché. En guise d’introduction, pour justifier l’objet de ces bons conseils on peut lire :

    « En raison de leur sexe et de leur morphologie, les femmes sont parfois les victimes d’infractions particulières. »

    Nous qui pensions naïvement que si les femmes étaient victimes « d’infractions particulières », c’était surtout parce qu’en ce bas monde certains considèrent la femme comme un objet ou une proie !


    Le ministère de l’intérieur a retiré de son site ses bons conseils. Cliquez sur l’image pour accéder à une capture d’écran.

    Faible femme Et justement, quels comportements adopter pour compenser cette « morphologie » si inadaptée ? Notre plume au ministère ne manque pas d’idées. « Lorsque vous êtes chez-vous » mesdemoiselles :


    « Assurez-vous que toutes les issues sont soigneusement fermées. Équipez votre porte d’un entrebâilleur et d’un judas, et utilisez-les. »

    Résumons : une femme doit, quand elle est chez elle s’enfermer à double tour et se méfier de tous les intrus qui pourraient vouloir passer sa porte. On ne sait jamais quel genre de colis pourraient vouloir apporter le facteur… D’ailleurs sur votre boîte aux lettres, si vous n’avez pas la chance de vivre avec un homme pour vous protéger :

    « Ne laissez pas apparaître sur votre boîte à lettres, votre porte ou la liste des occupants de l’immeuble votre condition de femme seule. Évitez d’indiquer : Mademoiselle, Madame, Veuve ou votre prénom. »

    Ne laissez pas apparaître sur votre boîte à lettres, votre porte ou la liste des occupants de l’immeuble votre condition de femme seule.

    Cours S*! Au ministère de l’Intérieur, on conseille donc aux célibataires de cacher leur condition de femme ? Lorsqu’elles sortent de chez elles – si tant est que ce soit prudent, voici les recommandations de la place Beauvau :

    « Evitez les lieux déserts, les voies mal éclairées, les endroits sombres où un éventuel agresseur peut se dissimuler. Dans la rue, si vous êtes isolée, marchez toujours d’un pas énergique et assuré. Ne donnez pas l’impression d’avoir peur. Marchez toujours en sens inverse de la circulation routière. »

    Et si la rue est à sens unique? On vous épargne la suite, mais tout est à l’avenant.

    Osez le sexisme « Même s’il faut dire aux femmes de faire attention, car malheureusement elles sont plus souvent victimes d’agression que les hommes, la il y a un problème dans la forme. Implicitement on culpabilise les femmes qui se feraient agresser parce qu’elles sont vêtues un peu trop court ou parce qu’elles seraient trop faibles », s’indigne Anne-Cécile Mailfert porte parole d’Osez le féminisme. Des conseils en plus inadaptés car « ils laissent à penser que le danger vient de l’extérieur, alors que 80% des agressions sont le fait d’un proche. A quand une rubrique pour dire aux maris de ne pas battre leur femme ? » Avant d’enfoncer un peu plus le clou: « Ca montre encore une fois que l’espace public est réservé aux hommes et que finalement les femmes devraient rester chez elles. »

    Le ministère de l’Intérieur, joint par Streetpress, n’avait au moment de la publication pas souhaité réagir.

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