En ce moment

    15 / 10 / 2010

    Le pape de la branchitude parisienne explique pourquoi vous resterez à la porte avec vos «costards mal coupés» et vos «chemises qui ressemblent à rien»

    Rasmus Michau : « J'ai des amis qui n'ont pas forcément de moyens mais qui m'amusent, et je suis ravi de les inviter!»

    Par Armelle de Rocquigny

    Créateur des soirées Bagatelle, des karaokés du Renard, et du Blitz bar, cet enfant du marketing semble avoir tout compris à la hype. Faire du luxe, pas vraiment accessible à tous. Entretien concept avec Rasmus Michau.

    Tu es l’initiateur des soirées Bagatelle…tu nous racontes?

    Tout a commencé avec mon colocataire de l’époque, Olivier Van Temsche. Chez nous, on faisait des fêtes tout le temps et on adorait se déguiser. On avait même une pièce dédiée aux déguisements ! Mais ça marchait tellement bien, qu’on s’est dit qu’il y avait un truc à développer. Donc, on a un peu industrialisé l’histoire, en gardant l’esprit du mythe fondateur : les déguisements. Tous les week-ends de fin avril à fin septembre les gens viennent déguisés, et cela dure depuis 4 ans déjà !

    Et tu possèdes aussi un bar dédié à la tequila ?

    En fait, depuis un an, j’ai développé une marque de tequila (la Blitz), mais j’avais pas les moyens de m’acheter une double page dans les magazines, et encore moins d’abreuver les soirées de tequila gratuite. J’ai donc ouvert un bar pour promouvoir sa consommation en France. Parce qu’ici la tequila, on l’associe avec les tequila paf et les soirées étudiantes, mais c’est un alcool qui a des facettes aussi riches que le Whisky ou le Cognac.

    Rasmus Michau, la life :

    Agé de 35 ans, Rasmus est né en France, pays qu’il quitte avec le divorce de ses parents à 5 ans. Il vit ensuite entre le Danemark et l’Italie, pour revenir à Paris faire Science Po. Diplômé, il s’envole à Stockholm pour monter sa première boite dans la mode, une start-up, qui finit par «foirer».

    De retour à Paris, il passe 2 ans à faire du conseil en stratégie, puis enchaîne sur un MBA à l’INSEAD. Puis, après 3 ans passés à la division marketing luxe de L’Oréal, il monte Say Hmm !, une agence de création au service de marques de luxe. Dans son CV, on peut aussi noter la création de Say Who, des soirées Bagatelle, du Blitz Tequila Bar et du karaoké restaurant Le Renard.

    Et en avril dernier, ton dernier pari : l’ouverture d’un restaurant-asiatique-karaoké de nuit…

    Avec le Renard, j’ai voulu faire le plus beau karaoké du monde ! Tous les soirs, les gens viennent dîner et à partir de 23h30, on met le karaoké. Ensuite, les maîtres de cérémonies extravagants et très doués envoient le karaoké. Ca marche, et ça dure jusqu’au bout de la nuit ! On va le décliner pour le brunch, mais aussi en version « rose », avec un karaoké gay et des transformistes.

    C’est quoi la recette du succès ?

    Je pense qu’il faut toujours raconter une histoire. C’est indispensable. S’ils ont monté les prix au Flore, ce n’est pas pour rien. C’est aussi parce qu’ils veulent se donner une image d’intellectuels. Moi par exemple, je ne connais pas énormément d’écrivains qui vont au Café de Flore… C’est juste pour l’image. C’est une idée, une façon de mener sa barque.

    Et ton public, c’est qui alors ?

    Des parisiens qui me ressemblent : CSP + avec une sensibilité esthétique.

    Donc, on peut avoir des problèmes pour rentrer dans tes « concepts » si on n’est pas le bon public…

    Bien sûr ! Mais pas au Renard, c’est un restaurant, donc vous réservez, vous venez. Et nous filtrons la clientèle en pratiquant des prix un peu élevés.

    Donc à Bagatelle, on peut être refoulés ?

    J’aimerais bien accueillir tout le monde, mais ce n’est pas possible. Bagatelle est un « bal pop chic », du haut de gamme. Une fête de qualité, c’est un joli lieu, une bonne musique, mais aussi les gens qui la fréquentent. Une jolie fille a envie de rencontrer des jolis garçons ! Les équipes de rugby, je les préfère à la télévision. Et si je laissais rentrer des bandes de mecs étudiants ou des gens trop jeunes, ma fête perdrait son attrait. Donc je suis obligé de filtrer à l’entrée. Ce n’est pas qu’une question d’argent…

    Mais le brassage social, c’est quand même pas pour Bagatelle !

    Si justement, c’est une fête où les gens se mélangent. C’est pour ça que l’entrée est gratuite. Ma philosophie, c’est qu’une belle fête est une fête où tout le monde apporte quelque chose. Il faut que ça apporte à la piste de danse, à l’ambiance et faut que ça apporte à la boutique. C’est-à-dire qu’une bande de jeunes bien déguisés, bien lookés, qui arrivent avec une attitude positive, ils entrent. Mais, je suis désolé, une bande de huit costards mal coupés, avec des chemises qui ressemblent à rien, ben non!

    « S’ils ont monté les prix au Flore (…) c’est aussi parce qu’ils veulent se donner une image d’intellectuels. Moi par exemple, je ne connais pas énormément d’écrivains qui vont au Café de Flore…»

    «Ma philosophie, c’est qu’une belle fête est une fête où tout le monde apporte quelque chose »

    Tu restes toujours dans l’univers du luxe…

    Oui, mais je fais quelque chose qui correspond à ma sensibilité. J’ai des goûts de luxe, mes amis aussi. Mais j’ai des amis qui n’ont pas forcément de moyens mais qui m’amusent, et je suis ravi de les inviter ! Ce n’est pas une ségrégation sociale. En plus, Paris est le luxe même. Au Danemark, les appartements, ce n’est pas du Haussmanien, c’est des trucs de béton. A Paris, on ne se rend pas compte, même au RMI, vous êtes milliardaires, parce que vous êtes entourés de belles choses…

    Il ne faudrait pas exagérer…

    Au Renard, vous avez un plat à 18 euros, une bière à 8 euros et voilà, ça fait 26 euros au total ! Tout le monde a les moyens de se payer ça ! Si vraiment l’argent était ma principale préoccupation, j’aurais bossé dans la finance. J’ai les qualifications pour…Ce n’est pas ça qui m’amuse.

    Tu implantes tes projets à Paris. Cela reste donc une capitale de la nuit pour toi ?

    Dire qu’ il n’existe rien à Paris, c’est être mauvaise langue parce que les boîtes de nuit sur la capitale, ils s’en ouvrent au moins 5 ou 10 par an. Les restaurants nouveaux, il y en a partout, tout le temps. Je trouve ça rigolo de voir, en tant qu’étranger, la Fête de la musique, la Fête du livre, la Nuit blanche, des initiatives publiques dans ce sens-là, il y en a plein : le 14 juillet, le Bal des pompiers… La fête est dans l’ADN de la culture française !

    A lire aussi sur StreetPress :

    > Au Bonheur des Dames: la soirée des Planches où « les filles doivent avoir de l’argent qui sort de la bouche »

    > Nuits Capitales: Une opération « d’intérêt général » pour valoriser la nuit à Paris

    > Pat, general manager d’une boite réputée de Shanghai: «Les pompiers c’est 5.000€ pour qu’ils ferment les yeux»

    «La fête est dans l’ADN de la culture française »

    Des images de Bagatelle, c’est ici:

    ;hl=fr_FR”>;hl=fr_FR” type=“application/x-shockwave-flash” allowscriptaccess=“always” allowfullscreen=“true” width=“320” height=“205”>

    Source: Armelle de Rocquigny | StreetPress

    Crédit photos: Michela Cuccagna pour StreetPress

    StreetPress existe depuis déjà 10 ans. Aujourd’hui, il nous manque 40.000 euros pour boucler l’année et pouvoir frapper encore plus fort l’an prochain. Parce qu’aucun milliardaire n'est au capital, si nous ne les réunissons pas StreetPress s’arrêtera. Sauvez StreetPress en faisant un don, maintenant.

    Je donne pour sauver StreetPress