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    18 / 03 / 2014

    Dur, dur de hacker la campagne

    Le Parti Pirate bogue sur les municipales

    Par Emilie Tôn

    C'était une des attractions des législatives de 2012 : le Parti Pirate partait à l'abordage de l'Assemblée avec 101 candidats. Deux ans après, il ne présente que 8 listes aux municipales. La faute à un sous-effectif et au manque d'argent..

    « Avant, j’étais chez les Verts, mais quand Duflot a accepté son poste de ministre en 2012, je suis parti, » raconte Antoine Bevort, tête de liste du Parti Pirate dans le 10e arrondissement. Autour de lui, sur la place Sainte-Marthe, des militants tractent. D’autres traquent les derniers murs libres pour coller leurs affiches.

    Un ex du parti écolo, prof de socio : c’est une belle prise pour le petit Parti Pirate en ces temps de disette. A une semaine à peine du premier tour, les hackers attaquent seulement les collages. A Paris, ils ne présentent qu’une seule liste, dans le 10e, donc. Tandis qu’en France, il n’y a que 8 candidatures au total.

    Parité Lors des élections législatives de 2012, ils étaient 101 à se présenter à la députation. Que s’est-il passé ? D’abord, des comptes plombés à la suite de leur participation à ce premier scrutin. A l’époque, seuls 25 candidats avaient passé la barre des 1%. Mais il en fallait 50 pour que les frais de campagne soient remboursés.

    La faute aussi au mode de scrutin des municipales, où les partis doivent présenter des listes avec pour certaines villes jusqu’à une cinquantaine de candidats. « Pour les législatives, on ne devait qu’être deux donc j’avais demandé à ma meilleure amie de se présenter avec moi », se souvient Jérôme, candidat aux législatives de 2012. « Mais cette fois, pour moi qui habite Montreuil (une commune de plus de 100.000 habitants, ndlr), j’aurais du avoir une liste de 53 personnes, dont la moitié de filles. » Avec 7 militants sur l’ensemble de la commune du 93, impossible pour Jérôme de monter une liste.

    Autre écueil pour les pirates : la parité. Désormais la loi impose à chaque liste d’être composée à 50% de femmes. Sauf que le Parti Pirate est composé en grande majorité de mecs. A l’occasion des législatives, certains candidats avaient demandé à leurs épouses d’être leur binôme. Mais à plus grande échelle, tout se complique.

    Money Si on ne se bouscule pas vraiment au portillon pour rejoindre les listes c’est qu’il faut aussi y aller de sa poche. « Une centaine d’euros par membre de la liste » affirme Thomas Watanabe-Vermorel, porte-parole du parti pirate. Au total l’équipe Parisienne aurait, selon lui, déboursé 4.400 euros. Une somme vraisemblablement investie à perte puisque pour les municipales, les candidats doivent obtenir individuellement au moins 5% des suffrages pour être remboursés. Thomas est amer :

    « C’est très difficile puisqu’en France on favorise un modèle à deux partis. Les petits sont évincés même lors des scrutins proportionnels. Et contrairement à l’Allemagne, nous ne sommes pas aidés par les subventions d’Etat. »

    Les caisses du Parti Pirate ne sont remplies que par les cotisations et quelques dons. Résultat, difficile de mener campagne et d’atteindre les seuils pour être remboursé. Pour les législatives, Stéphanie Geisler, avait déboursé 400 euros pour ses tracts, ses bulletins de vote et ses affiches. Mais elle n’avait pas les moyens de se payer des programmes à glisser dans les boîtes aux lettres des 124.720 habitants de la circo. Elle analyse son précédent score – 0,98% des voix :

    « Ceux qui avaient des circulaires ont fait de bien meilleurs scores. Les gens choisissent souvent en regardant dans leur boîte aux lettres et quand vient l’heure de faire sa décision, ils ne regardent pas les autres bulletins. »

    J’avais demandé à ma meilleure amie de se présenter avec moi


    Thomas Watanabe-Vermorel, au centre à gauche, et Antoine Bevort, au centre à droite

    Objectif Strasbourg Cette année, il ne faut pas vraiment compter sur les médias pour compenser le manque de notoriété des petits pirates. Comme la tectonique, plus vraiment à la mode. « On ne parle que d’Hidalgo et de NKM à Paris, » regrette Thomas Watanabe-Vermorel. Entre les déclarations de Snowden, le scandale Prism, le financement opaque de l’UMP et les écoutes téléphoniques de Buisson, l’actualité semblait pourtant jouer en faveur du Parti Pirate dont la ligne principale est la transparence. « Les gens savent que c’est vers nous qu’il faut se tourner lorsque l’on touche à ce terrain. Nos comptes, à nous, sont déjà publics » tente de convaincre Stéphanie. Mais le relais médiatique reste difficile. « Dans Le Monde, on nous met dans la catégorie techno et pas dans la catégorie politique, » s’indigne-t-elle.

    Si les municipales s’annoncent comme un échec, les européennes de mai pourraient leur être plus favorables. Le scrutin, à la proportionnelle, favorise les petits partis. Le Parti Pirate compte aussi sur le vote de contestation, plus marqué pour cette élection. « On n’a pas d’électorat bien précis. On tire des votes d’un peu n’importe où, surtout chez les gens qui en ont marre du PS et de l’UMP », analyse Stéphanie.

    Pas sûr pour autant, que les pirates repartiront à l’abordage du continent. « Les européennes, ça coûte un fric monstrueux, les circonscriptions étant beaucoup plus étendues » regrette Stéphanie. « On est presque sûrs de ne pas avoir l’argent nécessaire pour le faire, malgré les appels aux dons. » Sauf si dimanche, un petit miracle se produit. « Atteindre les 5% nous permettrait de rentrer dans nos frais. Ce serait autant d’argent en moins à débourser pour les prochaines échéances », veut croire Thomas.

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