OPA sur les Disco Soupes

OPA sur les Disco Soupes

Le mouvement anti-gaspillage victime de ... récupération

Chaud patate ! | Enquête | par | 10 Avril 2014

OPA sur les Disco Soupes

Pour assurer l'animation d'un centre commercial, une agence de com' organisait à Reims une Disco Soupe. « Du parasitisme », dénoncent les papas du mouvement écolo qui craignent de voir les Disco Soupes leur échapper.

« Ils se sont servis de notre nom sans autorisation pour attirer le chaland dans un centre commercial. C’est un parasitisme scandaleux. » Aie ! Bastien Beaufort, un des papas du mouvement des Disco Soupes, en a gros sur la patate quand StreetPress évoque avec lui l’initiative d’un centre commercial d’organiser une Disco Soupe.

Du mercredi 2 au vendredi 4 avril à « l’Espace Erlon » du centre-ville de Reims se tenait une Disco Soupe, dans le cadre de la semaine du développement durable. Mais patatras ! Alors que le mouvement anti-gaspillage se présente comme non-commercial, les réclames de l’événement affichent les logos de la Fnac et de Monoprix.

Pire encore : L’organisation de la Disco Soupe a été vendue par une agence de communication à la galerie commerciale comme animation. Une prestation à but promotionnel et garantie sans aucun bénévole de Disco Soupe.

Bastien Beaufort, co-fondateur du mouvement, fume comme une cocotte-minute :

« C’est le premier cas de Disco Washing. »

Success story

Importé d’Allemagne en 2012 par Bastien Beaufort et Caroline Delboy, le mouvement des Disco Soupes veut sensibiliser au gaspillage alimentaire. A chaque Disco Soupe, des dizaines de bénévoles, armés d’éplucheurs et de mixeurs, préparent des repas à base de légumes destinés à la poubelle. Les « banquets » sont gratuits et ont souvent lieu dans des espaces publics. Des groupes et des DJ assurent l’ambiance. Et ça cartonne : rien qu’en 2014 plus de 70 Disco Soupes ont été organisées en 4 mois à peine.

A StreetPress, Bastien Beaufort, passé par le mouvement décroissant Slowfood, résume son leitmotiv :

« On veut parler de gaspillage alimentaire en organisant des fêtes gratuites où les gens peuvent danser et écouter de la musique »

Le jeune homme n’a « pas de problème » à travailler avec des gros supermarchés. Carrefour, Casino et Monoprix donnent souvent leurs invendus. Les collectivités locales financent, elles, régulièrement les événements. Mais il est remonté contre l’agence de com’ du centre commercial d’Erlon :

« On leur avait demandé ne pas utiliser le nom de Disco Soupe parce qu’ils ne respectaient pas notre charte. Notamment en affichant des logos de marque. Ils nous ont aussi sollicité pour qu’on leur fournisse des bénévoles alors que c’est une animation pour laquelle ils sont rémunérés. »

Disco-soupe
La Disco Soupe de la honte ! / Crédits : Un soupeur

Soupe à la grimace

Une tentative de récupération du mouvement Disco Soupe à des fins commerciales ? Jointe par StreetPress l’agence Les enchanteurs_ à l’origine de la Disco Soupe contrefaite plaide « la maladresse ». Pour autant, leur avocate Ingrid Tronet « ne voit pas trop de raison de s’excuser » :

« Le nom “Disco Soupe” n’est pas déposé à l’Inpi. Alors pourquoi ne pas l’utiliser ? D’autant plus que ça leur donne de la visibilité. »

En vertu d’un contrat, l’agence organise chaque mois « des animations à destinations des jeunes urbains pour faire vivre le centre commercial d’Erlon ». Après des stands chocolat en mars et manucure en février, une Disco Soupe en avril, semaine du développement durable oblige. Joint par StreetPress, un représentant du centre commercial s’explique :

« C’est la crise. Il faut bien attirer du monde. »

Bastien, le poireau levé


Pour assurer l’animation, Les enchanteurs ont fait appel à l’entreprise de cours de cuisine Atelier Reims, venue avec ses posters promotionnels, sur la base d’un partenariat. Une Disco Soupe sans musique et sans bénévoles, de midi à 14h pendant 3 jours.

A StreetPress, Ingrid Tronet présente son employeur Les enchanteurs comme une entreprise avec « des valeurs » et spécialisée dans l’économie sociale et solidaire. Elle dénonce le comportement des sympathisants de Disco Soupe :

« Ils ont littéralement pris d’assaut le mur Facebook du centre commercial en postant des mensonges et des choses insultantes ! »

Rançon du succès

En 2012, 6 Disco Soupes ont été organisées. Mais rien qu’en avril 2014, il y en a eu 43 pour la semaine du développement durable. « Même pour tenir à jour l’agenda des Disco Soupes on a du mal », regrette Bastien Beaufort qui ajoute :

« On est clairement débordé par notre succès. »

Depuis sa création, le mouvement Disco Soupe a récupéré 50 tonnes de rebuts alimentaires et compte un réseau de 600 sympathisants. Mais le militant écolo constate que Disco Soupe est pris dans une contradiction :

« On ne veut pas être dans une logique de marque mais en même temps on doit se protéger. »

«C’est le premier cas de Disco Washing» Bastien Beaufort

Car aujourd’hui tout le monde peut organiser une Disco Soupe : Il suffit de respecter quelques principes de base comme la gratuité et de demander au collectif de relayer l’événement. Le nom n’est pas déposé au registre des marques. Disco Soupe est une association qui ne compte pas de salariés.

Difficile donc de contrôler le mouvement. Sur Facebook, des organisateurs se font régulièrement houspiller pour avoir mis un logo de supermarché sur un flyer, comme ici pour la Disco Salade de Perpignan qui doit avoir lieu le 19 avril prochain. Aussi, c’est seulement deux jours avant la tenue de la Disco Soupe contrefaite que les militants du mouvement ont réagi. « Toutes les pubs et les flyers étaient déjà imprimés ! », s’offusque Ingrid Tronet.

Le 28 juin prochain se tiendra l’AG de Disco Soupe qui doit entériner la professionnalisation de l’assoc’. En attendant, Disco Soupe va proposer une nouvelle charte plus formelle : « Les discommandements ».

Crédit photo
Disco Traveller
https://www.flickr.com/photos/discotraveller/10942812053/sizes/h/in/photostream/

L'actu
En poursuivant votre navigation, vous participez à un test en cours sur StreetPress, visant à préserver l'indépendance de notre rédaction et à financer le média. En savoir plus.