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    30 / 04 / 2014

    Bienvenue au Safe, spot féministe, écolo et mixte

    Le squat féministe où le légume est roi

    Par Fabien Recker

    Trois mois qu'un «Coolectif» squatte l'hôtel Balladin dans le 14e. On y cause gender, révolution féministe et… végétale, avec la bénédiction de la mairie. Enfin un squat où les mecs ne sont pas «au bricolage et les femmes à la cuisine».

    Paris 14ème, rue Maurice Ripoche – Sur la façade grise au crépi défraîchi de l’hôtel Balladin quelques affiches accrochent l’attention du passant. Sur une feuille A4, inscrit au marqueur « Squat Artistique-Féministe-Ecolo ». Postés sur le trottoir, Fatima, Christina et Jean-Charles se dorent au soleil. Chaque week-end les occupants du Safe proposent au public un « tour du propriétaire » afin d’expliquer leur démarche. Mais en ce dimanche de vacances scolaires, il n’y a pas vraiment foule.

    Sous les pieds des militants, sur le trottoir, les traces d’un tag presque disparu : « Femen paye ton loyer ! », laissé par les militants du Renouveau Français. Si le groupuscule d’extrême droite, pétainiste et homophobe, est venu fanfaronner rue Maurice Ripoche, c’est parce que le squat a accueilli un briefing de soutien aux Femen. Leur faisant penser, à tort, que les « sextrémistes » avaient posé leurs valises au Balladin.

    Kesako ? Les 5 filles et 4 garçons du « Coolectif » ont pris leurs marques. Dans les chambres à l’étage, des posters et slogans – « la domination masculine m’a tuée » – trônent sur les murs au papier peint fatigué. « Un squat féministe, c’est un squat où les garçons doivent faire attention à ce qu’ils disent ! » plaisante Léa Vasa, 23 ans, fraîchement élue sur une liste écolo dans le 10e arrondissement.


    Léa et ses petites coupures de presse

    Mais le Safe veut avant tout devenir un foyer pour les initiatives féministes, en « s’incrustant dans les luttes », explique Fatima-Ezzahra Benomar, militante de l’association « Les Effronté-e-s », à l’origine du projet. « Même si pour l’instant notre influence n’est pas grande », concède cette dernière. Le spot de la rue Maurice Ripoche sert régulièrement de lieu de réunion et une permanence d’écoute pour les femmes victimes de violences est en projet. Il héberge aussi le bureau des « Effronté-e-s » qui y organisent débats et ateliers de réflexion.

    Sur son site internet, l’association se définit comme « féministe » – on s’en doutait – « progressiste et laïque », « antiraciste », « révolutionnaire », « mixte » et « abolitionniste du système prostituteur ». Une dernière position à l’origine de pas mal de clash, notamment avec le Strass, syndicat du travail sexuel.

    The story L’idée du squat féministe trotte depuis un bout de temps dans la tête de Fatima, passée par le squat de la rue de Valenciennes (Paris 10e), tenu par Jeudi Noir. Car en matière d’égalité, le milieu ne s’avérerait pas aussi progressiste qu’on pourrait l’imaginer :

    « Les taches y sont très genrées : les mecs au bricolage et les femmes à la cuisine. Les mecs monopolisent souvent la parole dans les réunions.»

    Elle envisage d’abord de créer un centre d’accueil pour les femmes maltraitées.

    « Mais ce n’est pas facile de garantir la sécurité de ce genre de structures. Entre les macs et les mecs violents qui peuvent débarquer à tout moment pour terroriser leur proie ! »

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