Samy Naceri : « D’abord, ce n’était pas un cendrier mais une coupe de champagne »

Samy Naceri : « D’abord, ce n’était pas un cendrier mais une coupe de champagne »

Le point sur une vie de cinéma

Bad boy | Grands entretiens | par , Michela Cuccagna | 24 Octobre 2014

Samy Naceri : « D’abord, ce n’était pas un cendrier mais une coupe de champagne »

L’obsession des médias pour ses frasques réelles ou supposées ; sa première arrestation ado avec des balles de gun ; ses années à la Santé ; son retour sur les planches… Tranquille, Samy Naceri se confie.

Au fond du café Le Zimmer, place du Châtelet, Samy Naceri déboule le pas pressé et plaque sur la table une feuille tamponnée du logo de la préfecture de Paris :

« Voilà, la vérité est là ! Et c’est la police qui le dit ! Bonjour tu vas bien ? »

Son agent artistique arrive et s’installe.

Le papier émanant d’un officier de police judiciaire précise que « la procédure en date du 2 mars 2014 » a été classée sans suite car « les divers témoignages et nos investigations nous ont permis d’établir que monsieur NACERI n’a jamais utilisé de couteau ni proféré de menaces

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Le fameux papier qui disculpe Samy / Crédits : Michela Cuccagna

Naceri est remonté :

« C’est pour l’histoire de l’an dernier où votre confrère de RTL a écrit que j’avais sorti un couteau à une femme dans un restaurant parce qu’elle avait refusé mes avances. C’est n’importe quoi ! Quand je me regarde dans la glace, avec mes yeux, avec ma gueule, je me dis que je n’ai pas besoin de couteau pour charmer quelqu’un. Et l’AFP qui reprend ! L’AFP, note le bien, c’est la DST des médias. »

Ainsi débute notre entretien. Par une mise au point.


RTL.fr relate que lundi dernier tu es allé en garde à vue après que ta femme s’est rendue dans un commissariat pour te reprocher des « faits de violence »

«C’était juste une dispute conjugale comme il y en a dans tous les couples » Samy Naceri

C’était juste une dispute conjugale comme il y en a dans tous les couples. Il n’y a pas eu de violence de ma part. C’est un buzz médiatique comme pour ma soi-disant première « histoire » de violence conjugale. L’année dernière ma compagne et moi avions fait trois jours de GAV. Mais ni elle, ni moi nous n’avons porté plainte. Pour cette affaire, le résultat de la 24e chambre correctionnelle est tombé vendredi 17 octobre : elle m’a relaxé, contrairement à ce qu’ont pu dire RTL et tutti quanti. C’est même mon ex-compagne qui a été condamnée à 1.000 euros pour outrage à magistrat !

(ndlr : Le Greffe de la 24e Chambre du tribunal de grande instance de Paris nous confirme la relaxe de Samy Naceri et la condamnation de sa compagne pour « violence aggravée par deux circonstances » à 1.000 euros d’amende dont 500 euros avec sursis.)

Pourquoi apparais-tu autant dans les médias pour ce genre d’histoires ?

Je suis devenu une tête de Turc. Quand on essaye de dire que j’ai été quatre fois en GAV cette année pour avoir tapé des femmes, il y a un moment où il faut arrêter. Quand RTL envoie la première salve, ils n’appellent personne avant. Ni moi, ni ma compagne. C’est comme Libération qui, cet été, sort un papelard qui dit que je suis en GAV et qui à la fin précise « information à vérifier »… A ce moment-là, je n’ai jamais été en GAV. C’est pourtant leur métier de vérifier l’information ! Il paraît aussi que mon fils est de Marie Guillard (actrice et ancienne épouse de l’acteur)… Eh bien c’est faux.

Autre exemple, quand on raconte que j’ai cassé un cendrier sur un type de Von Dutch (En 2007, Samy Naceri a été condamné pour ces faits à 10 mois de prison ferme). D’abord ce n’était pas un cendrier, c’était une coupe de champagne. De plus, le mec était un dealer de coke, preuve judiciaire à l’appui ! J’avais justement rendez-vous avec lui pour lui acheter de la coke alors j’en sais quelque chose… Les faits sont toujours déformés.

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Talkin to me ? / Crédits : Michela Cuccagna

Pourquoi y aurait-il un acharnement sur toi ?

Déjà, contrairement à Bertrand Cantat considéré comme français, je suis un bougnoule. Sauf que je suis né à Paris, donc je suis tout aussi français que les autres. JoeyStarr a aussi eu le même genre de problème. Mais je ne pense pas qu’il n’y ait que du racisme, le succès dérange.

C’est-à-dire ?

Ça a commencé vers la fin de Taxi, vers le 3 ou le 4. Il y a des gens qui ont commencé à avoir la haine contre moi. Par exemple, cette journaliste qui dirige un site d’actu people contre qui j’ai déposé une plainte pour escroquerie. Elle fait partie des gens qui me mènent la vie dure. C’est énorme quand même ! Alors qu’il y a la guerre en Syrie, tu te fais arrêter sur les Champs-Elysées avec ton pote qui n’a pas son permis de conduire et tu te retrouves en boucle sur BFM TV ! « Samy Naceri arrêté en GAV » ! Et ce que je lis sur Wikipédia, je ne t’en parle même pas.

C’est peut-être aussi à cause de tes précédentes condamnations

Certes, mais c’est devenu une condamnation permanente. Même s’il y a un démenti ensuite, l’image reste. La dernière fois, j’ai fait une interview pour Hot vidéo. Juste après moi, des jeunes étudiants ont réalisé une interview. Et bien les jeunes ont dit à la présentatrice : « Il paraît que Samy Naceri est violent avec les femmes. » C’est triste.

Parlons de ta vie avant la médiatisation. C’est quoi ton premier souvenir d’enfance ?

«Mon père était le spécialiste de la poutre apparente » Samy Naceri

C’est une télé en noir et blanc que mon père, peintre en bâtiment, avait ramenée. Un rideau séparait la chambre de mes parents et la nôtre. Je me vois encore le soulever discrètement pour regarder cette télévision. J’ai vu ainsi les premières images qui m’ont donné envie de faire le métier de comédien : les Delon, les Gabin, Le Clan des siciliens et autres… Ça te donne envie de te retrouver derrière une caméra. Ma mère, elle, me dit souvent que mon envie est aussi venue quand je l’ai vue monter sur les planches pour lire des poèmes et chanter des chansons dans les cabarets en Normandie.

Samy, période Kapla (© Famille Naceri)

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T’as grandi où ?

Je suis né dans le 4e arrondissement à l’Hôtel Dieu, chambre 329, en face de la Préfecture de police. C’était un signe ! On avait un petit deux pièces au 324 de la rue Saint-Martin. J’y vivais avec mes parents, mes deux sœurs et mes trois frères. J’ai connu la Normandie vers 12-13 ans pour rencontrer mon grand-père, qui était couvreur, et mes cousins. Mais je suis un parigot. Mon père vendait des fleurs dans les halles et j’allais à l’école rue Saint-Denis.

Quand est-ce que tu bifurques du parcours scolaire ?

Quand on déménage. On arrive alors à Fontenay-sous-Bois. A ce moment-là, je suis plus du tout pote avec l’école, ou alors plutôt avec la buissonnière. Je me fais virer du bahut. Mes parents décident alors de me mettre en pension à 30 bornes de Paris, à Montlhery. Ils essayent de faire toutes les pensions de la région pour me dresser. Mais ils n’y arrivent pas parce qu’à chaque fois je me sauve.

Mon père décide donc de m’emmener travailler avec lui sur les chantiers. Il a désormais sa propre société qui commence à bien marcher. Mon père était le spécialiste de la poutre apparente. Il faisait pas mal de rénovations dans le Marais et à Bastille. Il me disait : « T’as de l’énergie à revendre, tu vas casser du mur ! » Ça n’a pas duré. Et après, il y a le parcours d’un jeune de banlieue, les mauvaises fréquentations. Et les sales histoires.

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En mode mouchoir en tissu et boutons de manchette / Crédits : Michela Cuccagna

Et comment as-tu atterri en prison pour la première fois ?

La première fois c’était à cause de la brigade des mineurs de Vincennes. Ils nous avaient un peu dans le viseur depuis quelques temps. Un jour, ils m’arrêtent avec deux potes. Et là, ils trouvent sur nous quinze balles de P38…

Qu’est-ce que vous faites avec des balles de P38 ?

On les a comme ça, on joue avec. La mode à l’époque était de s’en faire des pendentifs. Malheureusement, les policiers pensent qu’on commence à toucher aux armes donc ils font en sorte qu’on aille, tous les trois, quinze jours à Fleury. On a pris un jour par balle.

Ensuite vient le braquage où tu prends quatre ans de prison ferme.

«Je suis devenu une tête de Turc » Samy Naceri

Alors entre temps, il y a eu des broutilles de gamin, genre vol de mobylettes. Des bêtises. Et, à un moment donné, je me laisse embarquer dans une histoire où je fais le chauffeur. On braquait une banque. Tout se passe bien, on file. Ensuite, je gare proprement la voiture quelque part. Mais moi, un peu plus tard, comme un idiot, comme un bon voleur de pommes de terre, je veux réutiliser la voiture. Or le signalement avait été donné, la police la surveillait. Je me fais arrêter mais je ne dénonce personne. Je prends quatre ans car j’avais un peu de sursis.

Comment se passe ta détention ?

Mal. J’ai fait mes années à la Santé et à Bois-d’Arcy. J’étais tous les jours au mitard, je ne supportais pas la détention, ni d’être enfermé.

D’où vient la cicatrice sur ton visage ?

J’étais avec un pote, on allait dans une boîte de nuit à Porte Maillot. Sauf que quand il prend la sortie du périphérique, il l’a loupe et on est entré dans la glissière de sécurité. Je n’avais pas de ceinture donc je suis allé embrasser le pare-brise.

Le cinéma arrive à quel moment ?

Samy dans Rai (1995)

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Avant tout ça, j’avais déjà envie de faire du cinéma. A ma sortie, je rencontre le réalisateur Bruno Delahaye qui m’a tendu une perche, je la prends.

Je le branche en 1994 sur Frères : la roulette rouge de Olivier Dahan. On le fait. Lui me rend la pareille l’année d’après avec le film Raï, qui chopera trois prix d’interprétation.

La même année, tu joues un petit rôle dans Léon

Oui. Dans Léon, c’est moi le flic cagoulé qui attrape Natalie Portman quand elle rentre chez Jean Reno. Dans le générique, tu peux voir qu’il est indiqué « Swat numéro 11 : Samy Naceri ». Un jour sur le tournage, Besson me dit : « Tu as bien travaillé, tu vas tourner une scène sans ta cagoule. » Manque de pot, il y avait tellement de fumée pendant la scène qu’on ne voit pas ma gueule !

Comment tu rencontres Luc Besson ?

Une femme s’occupait pour lui des castings. C’est elle qui m’avait envoyé un texte en anglais. Je l’avais appelé en lui disant : « Laisse tomber, l’anglais et moi ça ne va pas le faire. Je ne vais pas venir. » Elle me dit : « si si, tu vas venir ». J’ai fait une impro en mi-anglais, mi-je sais pas quoi. Besson m’a alors dit : « Tu parles anglais comme une vache espagnole. »

Et Taxi ?

Au départ, Luc Besson fait le tour des acteurs déjà « bankable ». La plupart refusent ou ils veulent changer des trucs. Du coup, il tape en-dessous et moi je fais partie de la liste. Besson donne son feu vert pour que je rencontre le distributeur et le producteur : Michèle Halberstadt et Laurent Pétin.

J’ai rendez-vous à leur bureau, je suis avec mon fils. Mon gosse est jeune et il met le bordel comme ce n’est pas possible : il tape à la machine, casse des stylos… Il ne se rend pas compte de l’importance du rendez-vous. Et puis finalement, ça colle. Je me souviens que Canal + avait dit à l’époque à Besson : « C’est couillu de prendre deux inconnus en tête d’affiche, en plus un juif et un arabe ! ». Mais ça c’est Besson, il est couillu.

Tu pilotes beaucoup ta 406 volante dans Taxi ?

J’ai piloté 70 à 80 pour cent sur le premier film. Sur le second, un cameraman a été tué sur le tournage par un cascadeur. Paix à son âme. Ensuite, je n’ai plus beaucoup conduit. Lors des tournages, quand j’avais une pause, je ne tenais pas en place. Donc on me filait d’autres trucs à faire. Un jour, lors d’une scène, je me suis même déguisé en képi pour m’occuper.

Ta vie change avec ce film ?

Imagine, le film sort et on bat La Grande vadrouille ! Moi j’ai rien compris, toute l’équipe du film a sauté en l’air dès le soir de sortie.

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Samy Naceri et Léa Drucker dans Bouge ! (1997) de Jérome Cornuau / Crédits : toutlecine.com

Pourquoi as-tu disparu un temps des écrans ?

J’étais en convalescence car j’ai été opéré. Pendant trois ans, j’ai disparu de la circulation. Ça s’est prolongé car je n’avais plus d’agent. Je suis revenu avec Tip Top (2013) de Serge Bozon.

Aujourd’hui, quels sont tes projets ?

Je prépare une pièce de théâtre d’Israël Horovitz, un monsieur de 80 piges. C’est le Scorcese du théâtre, le premier mec qui a fait monter Al Pacino sur les planches. D’ailleurs, je reprends le rôle d’Al Pacino sur scène, au théâtre du Gymnase. On a déjà commencé des lectures avec Oscar Sisto, le metteur en scène C’est la seconde fois que je monte sur les planches après Les Terres de minuit avec Christian Benedetti. C’est un bon retour pour mon public, ma famille, ceux qui m’aiment.

Et côté cinéma ?

Il y a deux films qui arrivent. Le premier traite des 50 ans de la libération algérienne. Un second est en cours de bouclage, une coproduction franco-marocaine. Ah, et il y a peut-être aussi un troisième film en 3D, où je cours après un gars de 180 kilos. En fait, je joue un agent secret russe.

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En attendant les spotlights / Crédits : Michela Cuccagna



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