Au procès Zep et Bouamama, on débat du « racisme anti-blanc »

Au procès Zep et Bouamama, on débat du « racisme anti-blanc »

Une asso d’extrême droite intente un procès pour leur livre-disque « Nique la France ! »

Rap conscient | News | par | 22 Janvier 2015

Au procès Zep et Bouamama, on débat du « racisme anti-blanc »

« Nique la France ! » : c’est le titre d’un morceau du rappeur Saïdou et d’un ouvrage du sociologue Saïd Bouamama. Mardi, ils étaient au tribunal suite à une plainte des catho-tradi de l’Agrif, qui voient dans leurs écrits du « racisme anti-blanc ».

Paris, 17ème chambre correctionnelle, ce mardi 20 janvier. Après cinq heures de procès, l’avocat Henri Braun conclut sa plaidoirie. Il se tourne vers Bernard Antony, la partie civile, et lui jette à la face une citation d’Aimé Césaire :

« Le nègre vous emmerde ! »

Standing ovation dans la salle. La présidente du tribunal rappelle le public à l’ordre, essentiellement composé de soutiens aux deux inculpés : le rappeur Saïdou du groupe Zone d’Expression Populaire et le sociologue Saïd Bouamama .

Procès du « racisme anti-blanc »

Les deux militants sont mis en examen pour « injure publique » et « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’un groupe ».

Vidéo Le clip de Z.e.p – « Nique la France ! »

Et Jérôme Triomphe, avocat des plaignants, de préciser quel groupe ethnique serait visé par ce « Nique la France ! », titres du livre de Bouamama et de la chanson de Zone d’Expression Populaire :

« Ce sont les français dit de souche, blancs donc. »

Et c’est là tout l’enjeu du procès. L’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française (Agrif) qui porte plainte contre « les deux Saïd », tente ce mardi comme à travers de nombreux autres procès, de faire reconnaître par la justice la notion de « racisme anti-blanc ».

C’est quoi l’Agrif ?

A la barre, l’avocat « des deux Saïd » cite les statuts de l’association Agrif fondée en 1984. StreetPress a pu consulter ce document qui vaut son pesant de cacahuètes :

« Les buts de l’association consistent à créer des Comités d’action politique et sociale pour défendre les valeurs menacées de notre civilisation, combattre les idées subversives, proposer des solutions de renouveau. »

Et un peu plus loin :

« Elle entend lutter contre le racisme anti-français et anti-chrétien, l’étalage public de la pornographie et tout ce qui porte notamment atteinte à la dignité de la femme et respect de l’enfant. »

Je ne suis pas raciste, j’ai un ami noir

Mais face au tribunal, son président Bernard Antony, jure ne pas être raciste :

« J’ai trois enfants adoptifs vietnamiens. »

Et d’insister également sur la présence au conseil d’administration de l’assoc’ de « deux noirs et deux arabes ». Ouf ! Car si le doute était permis, c’est que Bernard Antony a une longue carrière à l’extrême droite.

> Dans les années soixante, il milite dans des mouvements proches de l’OAS. Dix ans plus tard, il s’investit du côté des catho-tradi et lance en 1982 la version quotidienne de Présent. Un canard dont StreetPress vous parle souvent dans sa revue de presse des journaux d’extrême droite .

> En 1984, il est élu pour la première fois député Front National au Parlement européen. Il fera trois mandats sous ces couleurs avant de rejoindre le Parti de la France de Carl Lang, qu’il a depuis quitté.

Anti-communiste

Un parcours à l’extrême-droite qui lui valut notamment des menaces de la part du groupe terroriste d’extrême gauche Action Directe. Alors quand Bernard Anthony, anti-communiste revendiqué, découvre dans l’ouvrage de Saïd Bouamama, une photo d’une personne portant un t-shirt avec l’inscription « soutien aux prisonniers d’Action Directe », il voit rouge.

Pas de bol, le parquet refusera ce motif d’accusation. Qu’importe, pour Bernard Antony, tout est lié. 70 ans passés, costard-cravate, il balance son analyse à StreetPress :

« On a affaire à des marxistes-léninistes, qui sont aux confins de la lutte des classes et des races. Et pour eux, le nouvel adversaire c’est le blanc. »

Face aux magistrats, il explique défendre « ces braves gens qui ont des difficultés à circuler dans certains quartiers. » Une saillie qui déclenche l’ironie de la présidente du tribunal :

« Nous ne sommes pas sur la Fox monsieur ! »

Racisme anti-blanc et français de souche

Pendant cinq heures se succèderont universitaires, résistants et militants venus démonter le concept de « racisme anti-blanc ». Le premier à lancer l’assaut est Saïd Bouamama. Pour le sociologue et militant, spécialiste des quartiers populaires, « le racisme est toujours le fait du dominant à l’encontre du dominé ». Pour lui, on ne peut pas mettre sur le même plan des signes d’intolérance à l’encontre des blancs, qui peuvent exister, mais qui n’ont rien de systémique.

Un peu plus tard, la sociologue Christine Delphy monte à la barre pour expliquer l’origine de l’expression « Français de souche » : à partir de 1958, l’administration distingue dans l’Algérie française « le français de souche européenne » du « français de souche nord-africaine ». « Ca traduit une vision racialiste de la France », insiste la journaliste et militante Rokhaya Diallo, également venue témoigner en faveur de la défense.

« La France tu l’aimes ou tu la quittes. »

Face au tribunal, Saïd, aka Saïdou, chemise noire par-dessus un t-shirt et crâne rasé, énumère ses combats : anti-raciste, anti-capitaliste, anti-impérialiste, anti-sexiste et pro-palestinien. Autant de thèmes qu’il aborde dans son morceau. « Un pamphlet », dira Dominique Lagorgette, l’universitaire spécialisée en sciences du langage, auteure d’une analyse de… 53 pages sur la chanson ! C’est déjà elle que le groupe La Rumeur avait appelé à témoigner lors d’un précédent procès. Interrogée sur le « Nique la France ! » au cœur des débats, elle lance le plus sérieusement du monde :

« Je le regrette mais sur “niquer”, il n’existe pas d’étude sérieuse. »

Avant d’ajouter que le texte est à prendre dans son ensemble et fait référence à l’époque de sa création : 2010, la France dispose d’un ministère de l’Identité nationale. « Il y avait tout un discours établissant une différence entre les français réels et les français de papiers », rappelle Saïd Bouamama :

« On entendait en permanence “La France tu l’aimes ou tu la quittes”. »

C’est en substance ce que Bernard Antony lâche à StreetPress pendant une suspension de séance :

« Je crois qu’ils sont tous les deux Algériens, s’ils n’aiment pas la France, qu’ils aillent là-bas. »

Sauf que Saïdou est Français, comme son père. Quant à Saïd Bouamama, arrivé dans l’Hexagone à l’âge d’un an, il explique au tribunal refuser de demander la nationalité française, tant que les étrangers résidents de longue date n’auront pas le droit de vote.

Le mot de la fin

Fin des débats. La procureure prend la parole. Aux magistrats elle demande de ne pas « retenir comme catégorie juridique, définie et protégée celle des français de souche ». Quant au « racisme anti-blanc », elle refuse de se prononcer, tout en enjoignant aux juges de relire Renaud, Brassens et Zebda, dont les propos ne sont « pas plus virulents » que ceux de Zep. Ça sent le roussi pour l’Agrif. Délibéré rendu le jeudi 19 mars.

Le rap mène au terrorisme


On retrouve la signature de Bernard Antony dans le dernier numéro du canard pétainiste Rivarol . Dans ce spécial Charlie Hebdo, il établit un lien entre les attaques terroristes et… le rap :

« Les dessinateurs et employés de Charlie Hebdo sont hélas morts, assassinés par ceux qui ont pris au pied de la lettre les plus abominables éructations des rappeux ! (ndlr, comprendre rappeurs). »

Bernard Antony nous signale que cet article a été repris par Rivarol, sans son accord.


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