En ce moment

    13 / 02 / 2015

    Ce serial-squatteur est un philanthrope de la fête

    Aladdin et les 1001 squats

    Par Robin D'Angelo

    Depuis 7 ans, Aladdin ouvre des squats à gogo. Lieu de teuf dans un ancien abattoir ou galerie d’art dans des toilettes désaffectées, le gentil nounours flaire toujours les bons coups. Pour défendre ses spots, il est prêt à se menotter aux radiateurs.

    « L’entretien s’est très mal passé. Le flic m’a annoncé qu’ils viendraient demain pour condamner les portes d’entrée. » Pas de bol pour Aladdin, ouvreur de squat à tire-larigot et organisateur de soirées alternatives. StreetPress le retrouve devant son dernier lieu, le « Pipi Caca Poney Club », à deux pas du métro Bonne Nouvelle. Sandwich en main, grosse barbe négligée et emmitouflé dans une doudoune, Aladdin a la tête des mauvais jours. Il sort d’une convocation au commissariat du 10e arrondissement où il vient d’apprendre que son squat allait être muré le lendemain matin.

    « C’est très chiant parce qu’on avait une soirée organisée. Et il y a déjà plus de 300 inscrits sur Facebook. »

    Squatteur en série

    Aladdin est un serial-squatteur. Depuis plus de 7 ans, il papillonne de maisons en immeubles abandonnés pour ouvrir des squats. A son tableau de chasse, plus d’une dizaine de spots, dont certains ont acquis une certaine notoriété chez les noctambules, comme le « Poney Club ». Pendant plus de 6 ans, il organise dans cet abattoir chevalin désaffecté, situé Porte de Vanves, quelques soirées mémorables qui réunissent jusqu’à 900 personnes. Aux fêtes d’Aladdin, le droit d’entrée est symbolique et la musique dure jusqu’au lendemain après-midi. « Je fais ça pour faire plaisir aux gens car moi, je ne fais pas trop la fête », assure le barbu aux allures de gentil nounours :

    « Par exemple, je n’aime pas l’électro mais j’aime organiser des soirées électro parce que les gens aiment ça. »

    Au « Pipi Caca », installé sous terre dans des anciennes toilettes publiques, Aladdin avait monté une cabine pour le DJ. La nuit, les fêtards dansent entre les vespasiennes, le jour ils matent des expos sur les murs. Le concept est éphémère puisqu’au final une poignée de soirées seulement ont eu lieu dans cette pissotière aux airs de station de métro. Mais Aladdin ne perd pas le nord : à peine le « Pipi Caca » fermé qu’il vient d’ouvrir un nouveau squat dans une maison à Montmartre.

    Tubes en PVC et menace de suicide

    À l’écouter raconter son mode de vie, rien de plus simple que d’ouvrir un squat à Paris. Les vespasiennes de Bonne Nouvelle ?

    « Je croyais que c’était une sortie de secours du métro mais quand j’ai passé un œil, j’ai vu que non. »

    (img) Rdv le 17/02 devant le Pipi Caca pour un sitting aladdin-mini-expuslion3_0.jpg

    Aladdin brise la serrure avec un pied de biche et en installe une nouvelle. Puis il obtient des récépissés qui prouvent qu’il occupe le lieu – comme des factures d’électricité – pour ralentir la procédure d’expulsion. Et voilà ! Le tour est joué ! Le reste est affaire d’ingéniosité juridique pour obstruer l’éviction. Au Poney Club, qui au total aura tenu 1 an, c’est Aladdin himself qui assure sa défense auprès des magistrats, sans faire appel à un avocat.

    Tout a commencé en 2008, lorsqu’il a mis les pieds dans un squat pour la première fois. Au fil des rencontres, il atterri dans un immeuble occupé par une centaine de personnes, rue d’Enghien à Paris (13e). Le squat dure à peine quelques jours, mais lui a le coup foudre. Au point que lorsque les CRS débarquent pour dégager les squatteurs, il s’attache à une fenêtre, sous le regard étonné de ses camarades.

    Derrière sa nonchalance et sa voix posée, Aladdin est coutumier des coups d’éclat : quand la police intervient dans le squat de Jacques Bonsergent en 2011, il menace … de sauter par la fenêtre. Et quand les forces de l’ordre viennent pour vider le « Pipi Caca », le voilà qui propose de s’attacher à la porte d’entrée grâce à des tubes en PVC :

    « J’ai vu que Greenpeace faisait ça. »

    Grâce à son jusqu’au-boutisme, Aladdin s’est fait une place dans le milieu très fermé des squatteurs :

    « Les squatteurs n’aiment pas trop les nouveaux. Car plus il y a de squatteurs, moins il y a de squats disponibles. »

    Freegan way of life

    Fils d’un ouvrier et d’une caissière d’origine tunisienne, Aladdin ne squatte pas par nécessité, malgré ses origines modestes. Il y a 6 mois, il bossait encore comme réceptionniste dans un hôtel et de son propre aveu, il pourrait très bien vivre en coloc’. Mais à 31 ans, il a choisi les squats. Par idéalisme et pour que son mode de vie ait « un sens ». Aladdin est freegan, c’est-à-dire qu’il se nourrit d’invendus récupérés à droite et à gauche. L’appartement squatté où il vit a accueilli pendant un temps un restaurant où tous les plats étaient cuisinés à partir de restes. Quand on le retrouve chez lui, 2 personnes glandent dans son salon. Il n’a pas payé de loyer depuis 7 ans.

    « On n’a pas besoin de beaucoup pour vivre. En fait, il n’y a qu’une seule chose que j’achète : les vêtements. C’est trop important pour moi ! J’achète oui, mais seulement en soldes ! »

    Aladdin peut aussi compter sur les bénéfices que lui rapportent ses soirées. De l’argent, dit-il, réinvestit dans les projets avec son collectif. Comme quand il paie 3.000 euros de travaux aux vespasiennes du « Pipi Caca Poney Club » ou qu’il achète un camion pour transporter leur matos.

    Parmi ses projets, il y a celui de monter un squat gay. « Je suis gay mais le problème, c’est que je n’ai aucun ami gay ! » explique-t-il pour justifier ses échecs. Dans le court terme, il rêve aussi de monter un partenariat avec la mairie de Paris pour exploiter un bâtiment de 800 mètres carrés sur lequel il lorgne depuis plusieurs semaines. Et cette fois en toute légalité :

    « J’aimerais faire quelque chose de pérenne. Et puis un bâtiment comme ça, c’est trop grand pour des squatteurs. Il faudrait qu’on nous aide pour pouvoir en faire quelque chose de génial. »

    On a choisi de faire bouger les lignes. Vous validez ?

    Depuis plus de 10 ans, nous assumons un regard et des engagements. Aujourd’hui, notre mission c’est d’avoir de l’impact. Particulièrement dans la crise actuelle, où les premiers à morfler sont les plus fragiles. Face à la pandémie, au confinement et à la crise économique qui l'accompagne, nous croyons encore plus à la nécessité de ce travail.

    Forcer le ministre de l’Intérieur à saisir la justice en mettant au jour les messages racistes échangés par des milliers de policiers sur des groupes Facebook. Provoquer une enquête de justice suite à la révélation d’un système de maltraitance et de racisme dans les cellules du tribunal de Paris. Contraindre Franprix à cesser l’usage quasi illégal d'auto entrepreneurs durant le confinement...

    Nous recevons de plus en plus de pistes sur des sujets brûlants, mais nous manquons encore de moyens pour tout couvrir. L’idée n’est pas de se faire racheter par un milliardaire. Mais simplement de pouvoir faire appel à du renfort, lorsqu’un sujet le nécessite.

    Pour que cela continue, malgré la crise, nous avons sincèrement besoin de votre soutien.

    StreetPress doit réunir au moins 27.000€, avant le 4 décembre.
    Soutenez un média d’impact qui fait bouger les lignes.

    Je soutiens StreetPress  
    mode payements

    NE MANQUEZ RIEN DE STREETPRESS,
    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER