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    10/06/2015

    De Jérôme Mesnager à Kool Koor, ils repeignent les quais de la gare

    A la gare du Nord, la SNCF paye son expo de Street Art

    Par Juliette Surcouf

    Petit tour à gare du Nord, où 16 bénévoles du collectif Quai 36 incrustent des street artistes à tour de bras pour repeindre les quais et les couloirs de la gare, grâce au financement d’une filiale de la SNCF. Photos.

    « J’ai passé plus de 24 heures dans la gare et je vais même fêter mon anniversaire dedans. C’est une profession de foi ce projet ! »

    Assis par terre, Julien mate un film sur son PC pendant que Kool Koor graffe. Julien, directeur de production dans l’événementiel, est membre du collectif Quai 36. Une bande de potes qui fait rentrer le street art à gare du Nord.

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    Kool Koor repeint la gare du Nord / Crédits : Juliette Surcouf

    Une sociologue et une thésarde montent un échafaudage sans notice

    Depuis le 27 mai et pendant 45 jours, le collectif de bénévoles incruste les street artistes un peu partout dans la Gare. Un périmètre de sécurité est défini autour des peintres par une petite bande : « Avec plus de 500.000 voyageurs qui passent chaque jour, c’est le minimum » précise Julien. De 10h à 16h, les 16 bénévoles de Quai 36 se relaient auprès des graffeurs.

    Hannah, 27 ans, rit et montre l’hématome en forme de cœur sur sa cuisse :

    « On vient pour installer le matos, aider à transporter les sacs… Une sociologue et une thésarde qui montent un échafaudage sans notice Ikea, ça donne un gros bleu »

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    Hannah grimpe sur l'échafaudage et ne tombe pas / Crédits : Juliette Surcouf

    C’était la première fois que la brune et son amie montaient ce genre d’échafaudage. C’est la sœur de Jonas, le président du collectif :

    « En fait, c’est Jonas qui a suggéré l’idée à Mathieu. Il disait ça en riant au début, puis on s’est tous regroupés derrière lui et le projet. On voulait amener de la vie à gare du Nord.»

    Originaires de Saint-Denis, Epinay ou Ermont, Julien, Jonas, Hannah et les autres ont tous emprunté quotidiennement le quai 36 de la gare pour leurs allers-retours entre Paname et la banlieue.

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    Ca graffe en Gare du nord / Crédits : Juliette Surcouf

    La SNCF sort les biftons

    Mais pour amener le street art sur le quai, il a fallu monter un bon dossier pour convaincre Gares & Connexions, la filiale de la SNCF qui gère les gares.

    Quai 36 a d’abord contacté Véronique Mesnager, la sœur du grand manitou du street art Jerôme Mesnager , raconte Hannah :

    « Jonas a eu son numéro et l’a appelée au culot. Elle connaît bien le monde du street art. Avec le noyau dur collectif on a passé l’après-midi sur sa terrasse à discuter avec elle de manière informelle. Elle nous a aidé à sélectionner les artistes. Puis elle nous a donné des numéros. »

    Sylvain Bailly est le responsable du pôle culture de Gares & Connexions. La dégaine d’artiste, les cheveux en pagaille et une petite boucle à l’oreille, il a dit banco et sorti le carnet de chèques : avec un budget de 100.000 euros, le collectif a désormais de quoi payer les interventions des artistes et financer leurs frais.

    « J’ai vu cette bande de jeunes venir me présenter leur projet plusieurs fois. J’avais déjà une pile de propositions. Mais finalement, leur professionnalisme et la qualité de leur projet fait qu’on s’est engagé financièrement. »

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    Hannah, Marianne, Jonas, Liselotte et Kim-Ly du collectif Quai 36 / Crédits : Juliette Surcouf

    « On est très cœur cœur love »

    Après une journée à courir à travers la gare, le collectif se retrouve avec les artistes du jour autour d’une bière au café Lafayette, à deux pas de la station. Marianne, thésarde en droit public et amie d’enfance d’Hannah, croque dans une frite et raconte :

    « On passe notre vie ensemble, on se déplace en meute. Quai 36 c’est aussi un moyen de mettre nos compétences en commun et monter un projet ensemble. »

    C’est l’aboutissement de près de deux ans de préparatifs pour le collectif, ajoute Marianne :

    « Comme on est une bande d’amis avant tout, c’est pour le meilleur et pour le pire. Les réunions pouvaient durer des heures et quand quelqu’un amenait une bière on faisait une pause pour boire. C’était un peu compliqué l’organisation avant qu’on ne sépare le collectif en différents pôles : pôle communication, production, développement… »

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    C'est beau le street art. Au premier plan : un graf' de Koralie / Crédits : Juliette Surcouf

    Dans son appartement, devenu le QG de la bande, Hannah s’allume une clope, profitant des premiers rayons de soleil. Aujourd’hui, elle prête son appart aux artistes de passage sur Paris et s’est installée chez son copain :

    « On est tous des passionnés, alors quand ça gueulait entre nous, les voisins tapaient sur les murs à cause du bruit. Certains se levaient en disant “Je quitte le projet ! “ mais ce n’est jamais arrivé. On est très cœur cœur love. »

    A lire aussi : Quand la SNCF veut faire payer les graffeurs pour décorer son patrimoine

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