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    29 / 06 / 2015

    Entre humour djihadiste et listes de cibles à éliminer

    Au procès de Forsane Alizza, les cancres du cyber-djihad

    Par Julien Mucchielli , Marty

    Les membres du groupe islamiste Forsane Alizza avaient été arrêtés en 2012 pour entente en vue de commettre un acte terroriste. Pendant les 11 jours d’audience, entre mauvaises blagues et stocks d'armes, ils ont plaidé la provoc’ cyber-djihadiste.

    Mohamed Achamlane est le premier à se lever, lundi 8 juin. Il est l’émir « Abou Hamza », « Cortex », le chef incontesté de Forsane Alizza. C’est autour de ce barbu aux longs cheveux noirs et gris que le groupe, la « Katiba » selon le mot du procureur, s’était structuré dans le but de combattre les « kouffars », les infidèles.

    Voici les « cavaliers de la fierté » alias « Forsane Alizza » sur le banc des prévenus. Démantelé le 28 mars 2012, quelques jours après les assassinats perpétrés par Mohamed Merah. Ses membres paradaient en keffieh devant les caméras pour dénoncer la loi contre le voile intégral, l’étendard islamiste au vent et des slogans excessifs plein la bouche. Ils comparaissent désormais devant la 16ème chambre du tribunal correctionnel de Paris, après trois ans d’une instruction menée par deux juges – dont Marc Trévidic.

    Ils sont 7 prévenus dans 2 box qui se font face de chaque côté du prétoire. Au centre, une forêt d’avocats, en pleine conversation avec leur client ou le nez dans leur dossier. 5 prévenus comparaissent libres et sont assis au premier rang, à proximité de la barre où ils s’avancent pour répondre aux questions du tribunal. Deux sont absents. Un mineur sera jugé courant juillet, qui a également été mis en examen en septembre dernier pour une tentative d’attentat contre une soirée organisée par le Crif. Tous sont renvoyés devant ce tribunal pour entente, groupement, association de malfaiteurs en vue de commettre un acte terroriste. Article 421-1 et suivants du code pénal. Trois d’entre eux pour acquisition et détention d’armes. Ils encourent 10 ans de prison.

    A la barre, l’« émir » Achamlane chambre, justifie son « ironie » et se revendique de Coluche. Lorsque la présidente, agacée qu’il reformule la question à son avantage, lui demande s’il veut prendre sa place, Achamlane répond du tac au tac : « Avec plaisir madame la juge, comme ça je rentre chez moi ce soir ». L’audience a souvent des allures de sketchs, avec ces personnages loufoques qui défilent à la barre. Au point que l’on ne sait parfois plus si l’on a affaire à des aspirants terroristes ou à des militants provoc’. C’est la défense de Mohamed Achamlane tout au long des 11 jours de procès :

    « Notre comportement est tellement ostensible, on n’a jamais vu des terroristes agir comme ça »

    Alors, zozos du cyber-jihad ou véritables « terros » les membres de Forsane Alizza ? L’investigation s’est concentrée sur l’activisme jihadiste sur le web, le fonctionnement en réseau, les menaces et les armes retrouvées… Autant d’éléments concrets qui ont laissé présager aux enquêteurs que ce groupement pouvait représenter une menace terroriste.

    Cyber djihad made in France

    D’abord, il y a les propos que délivrent en boucle les cyber-activistes. Les 28 tomes du dossier sont remplis de documents saisis sur les disques durs des prévenus : photos, vidéos, documents textes, conversations sur des « tchats » et des « rooms », sur MSN et sur Skype. La présidente Dominique Piot s’y attaque avec méthode et demande à Mohamed Achamlane de faire l’exégèse du dossier qui l’accable.

    Achamlane commence :

    « J’ai créé Forsane Alizza fin 2010. J’étais l’administrateur du site, j’étais l’émir. »

    Sans statut juridique, cette association de fait ne bride pas son action. Les membres, qui ont prêté allégeance à l’émir, se réunissaient chaque vendredi sur le tchat pour les « chourras », pendant lesquelles Abou Hamza dispensait sa bonne parole et écoutait les doléances. Ils échangeaient sur le thème de l’Islam, sur celui de l’islamophobie puis décidaient de la ligne à tenir et des actions à mener.

    La présidente procède à une fastidieuse description de l’architecture du site internet et de son contenu. Compilation d’articles de presse, vidéos allant de la simple dénonciation d’actes islamophobes à la décapitation « d’infidèles » par des djihadistes. Comme celle-ci, projetée à l’audience, où une horde de cavaliers en image de synthèse galope dans la poussière sur fond de grognement de bêtes sauvages et de bruits d’épées. Un message guerrier et un changement de plan plus tard, quelques membres de Forsane Alizza s’essaient au « close combat » sur l’herbe verte de la région lyonnaise et gesticulent en combinaison noire autour d’un punching ball en criant « Allahu akbar ! » Ou une autre, postée le 20 décembre 2011 sur le site, où sont diffusés pêle-mêle un message de Ben Laden, un hommage à Abdullah Azzam – cofondateur d’Al-Qaïda – l’apologie d’un attentat, la colère d’une fillette palestinienne promettant le trépas au sionisme, tout cela ponctué de plaintes contre les caricatures relayées par Charlie Hebdo. Un échantillon parfait de la cyber propagande tous azimuts de Forsane Alizza.

    Ces vidéos ont été montées et mises en ligne par des membres actifs du groupe sur le site et les réseaux sociaux. Des millions de clics chaque mois : Forsane Alizza a répandu son message par tous les canaux offerts par le web.

    En plus de cette propagande « publique » destinée à générer un flux et à assurer le succès de l’entreprise, nombre de conversations privées démontrent une proximité idéologique avec les groupes djihadistes. Une accusation que réfutent les prévenus : ce ne serait que de la « provocation ». Les menaces contre l’État ? (« Si nos exigences ne sont pas prises en compte alors nous considèrerons que le gouvernement est entré en guerre contre les musulmans ») ? Provocation, dit Achamlane. L’éloge de Mohamed Merah : « l’attaque de Toulouse est une bénédiction (…) par Allah tout puissant qu’on va lui mettre des cicatrices à la France … On va la balafrer » ? Il réfute, cela a été dit sur tchat sous le pseudo « unknown », mais depuis sa connexion personnelle. « Tout le monde s’en servait », prétend-il. La liste de commerces juifs intitulée « cibles », dont 5 Hypercasher ? « Manipulation : il s’agissait d’une liste de magasins à boycotter téléchargée sur internet, pas à attaquer, comme a essayé de le faire croire la DCRI et les médias », s’insurge Mohamed Achamlane.

    Il y a également les recherches de Mohamed Garshalli, monteur de vidéos pour le site, pour savoir s’il est « haram » (interdit) de tuer des enfants. « Une simple curiosité, pour répondre aux fanatiques qui vantaient les meurtres de Merah. La réponse est oui, j’aime faire des recherches », explique l’intéressé, qui a aussi téléchargé la revue des Talibans « pour m’informer. Je lis le New York Times aussi. J’aime l’érudition », répond celui qui a chez lui « plus de livres que de vêtements ». L’éloge du « martyr » Mohamed Merah par Baroudi Bouzid, « l’imam » de la bande ? « C’est de l’arabe littéraire, je l’avais recopié sur internet sans comprendre ce qui était écrit », prétend le prévenu. La liste de personnalités juives retrouvée chez Moussa Guenana ? Il se défend :

    « Je cherchais juste si un animateur était juif, je suis tombé sur cette liste que je n’ai même pas consultée. »

    L’ancien DJ reconverti en « terroriste à plein temps »

    Le mardi 16 juin, la présidente appelle Chafik Asri, assis à la droite de l’émir. Cet ancien DJ et militant de BDS, association qui encourage le boycott des produits israéliens, était selon les enquêteurs le « chef de la région lyonnaise ». Il se lève et prend sa place, s’affale sur la tranche de la vitre du box, décroche le micro et attend le coude en l’air. Il a 40 ans, une queue de cheval et un regard moqueur derrière ses lunettes rondes. Son audition illustre à merveille l’esprit provocateur qui animait alors le groupe et perdure en lui.

    « – Monsieur Asri, que faisiez-vous à l’époque de votre arrestation ?
    « – J’étais terroriste à plein temps »

    Chafik Asri inondait le site de mots-clefs à faire frémir les serveurs de la NSA pour « faire du clic » :

    « On fait de la provocation pour attirer les gens, et plus il y a de clics, mieux on est référencé sur Google ».

    La stratégie de Forsane Alizza tient en ce bête axiome du marketing digital.

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    Ancien DJ et militant de BDS, Chafik Asri contemple le tribunal derrière de petites lunettes rondes / Crédits : Marty

    Le prévenu Asri était le préposé aux SMS collectifs. Il envoyait 20 fois par jour au 2.000 contacts de son répertoire de véhémentes harangues destinées à flatter l’égo communautariste, à fédérer les musulmans contre les prétendus ennemis de l’islam, à les indigner. Par exemple, Chafik Asri offrait sa BMW à celui qui lui rapportait la tête de Grégory Chelli alias « Ulcan », « ce sale juif de merde ». Cet hacker revendiqué sioniste, actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt, s’en était pris à Forsane Alizza. « J’ai envoyé ça à tout mon répertoire, ma mère, mon agent de probation », fanfaronne Asri en prenant une voix de canard. La présidente tente de rabrouer cette insolence en lui rappelant les enjeux de ce procès. Mais à la question suivante sur ses agissements de l’époque :

    « J’ai enterré les morts dans le jardin, j’ai planqué le tank au bled. »

    La présidente : « Veuillez noter, madame le greffier. » Asri :

    « Oui, notez, écrivez bien LES morts, y’en a plusieurs, hein. »

    Tout cela n’est qu’une grosse provocation, défend Achamlane qui en vient même à moquer le premier degré du tribunal. Sa seule prétention : lutter contre « ces groupes fachos [anti-musulmans] qui pullulent sur la toile ».

    La web guerre contre la fachosphère

    Très vite, Mohamed Achamlane et ses affidés font des listes de personnalités qu’ils jugent hostiles aux musulmans. Il s’explique :

    « Notre stratégie était de faire savoir aux gens qu’on les avait logés [localisés, ndlr]. Je pense que c’est comme ça qu’on calme les gens. »

    Parmi ces personnes visées, le fondateur du blog d’extrême droite « FdeSouche », « qui ne dénonce que les méfaits commis par les personnes aux noms à consonance arabe ». Pierre Sautarel figurait aux côtés de Claude Guéant, Eric Ciotti ou la chef du groupe anti-Islam Riposte Laïque dans le carnet d’adresses de Forsane Alizza. Sur une écoute : « On va lâcher ses coordonnées sur le site et après on verra ce qui lui arrivera … » Il ne lui est rien arrivé.

    Et puis il y a le cas du président du Bloc Identitaire Fabrice Robert. Il ressort de l’enquête que Forsane Alizza aurait projeté de l’enlever ou pire encore. Mohamed Achamlane réfute tout cela avec mépris, fait mine de ne même pas connaître Fabrice Robert. C’est Florian Bajcer, imposant jeune homme au crâne rasé de près et à la barbe touffue qui a fait état de ces plans. Il comparait libre. On le prétend benêt, il a l’air gêné, a la voix haut perchée et un accent marseillais. Il écoute tête baissée les justifications d’un Mohamed Achamlane hilare :

    « Cet énergumène, Monsieur Bajcer, il est venu chez moi, il me parlait que d’armes, de Ben Laden, me disait qu’il avait fait le djihad au Maroc et en Algérie, qu’il s’était converti après le 11 septembre 2001 [à 8 ans, ndlr]. Ce gars c’était n’importe quoi, il a insisté pour prendre une photo de sa mère – en niqab – et de ma femme avec les Kalachnikovs. Et puis il a mangé comme un ogre, a explosé mes toilettes, toute la salle de bain était inondée, des étrons flottaient partout. C’était incroyable, alors j’ai appelé Monsieur Gharsalli pour qu’il vienne voir ça ».

    Mohamed Gharsalli dit « Neo », 18 ans à l’époque des faits, est interrogé à ce propos par la Présidente. Petit, maigre, pâle et glabre, l’air combinard et l’œil finaud, il s’esclaffe au souvenir de cette soirée. Il désigne le mastodonte debout à ses côtés :

    « On se moquait de lui, on citait des noms de personnalités “ennemies” et on lui disait qu’il fallait les attaquer. Que c’était sa “dawah”, sa mission. Et on l’imaginait grimper sur les toits, avec son gros bide. Franchement vous n’imaginez pas le pouvoir comique de cet homme, j’en ai eu des larmes qui ont coulé ! ».

    Sauf que Florian Bajcer a tout pris au sérieux : « Monsieur Achamlane m’a dit [en parlant des identitaires, ndlr] “un cocktail molotov et on n’en parle plus”, qu’il fallait aussi attaquer le journal Libération, moi je l’ai cru ». L’émir :

    « Ce n’était pas sérieux, nous nous moquions de ce type grotesque, vous voyez bien qu’on n’a rien fait ! »

    L’enlèvement du magistrat lyonnais

    Le 11 septembre 2011, entre 20 et 30 membres de Forsane Alizza sont réunis à Givors, au domicile de Baroudi Bouzid. Ce petit homme barbu, aujourd’hui assis dans le box à la gauche de l’émir, a un statut particulier dans l’organisation : il est le « référent religieux », selon le terme des enquêteurs – qu’il réfute. Un temps « imam par intérim », doyen de l’équipe (aujourd’hui 52 ans) il distillait son savoir aux jeunes désireux de s’instruire qui admiraient sa sagesse. L’histoire personnelle de Baroudi Bouzid est au cœur des débats du tribunal.

    Lorsque la présidente l’interroge, elle lit d’abord son parcours de vie. « Vous êtes arrivé d’Algérie en France à l’âge de 8 ans, avez toujours vécu dans la région de Lyon. » Baroudi Bouzid, converti à l’Islam à l’âge de 18 ans, est chaudronnier, puis il travaille en intérim et fait les marchés. Il arrête de travailler en 2002 en raison de la mauvaise santé de sa femme. Très croyant, il entend élever ses 5 enfants à sa façon. Ceux-ci donc ne vont pas à l’école – mais reçoivent un temps une instruction à domicile – et, surtout, ne sortent pas. Jamais. Dans le courant des années 2000, un inspecteur des services sociaux découvre des enfants en carence exceptionnelle. Le fils de 5 ans possède le squelette d’un bébé de 18 mois et peine à se tenir debout. Son aînée de 8 ans présente de graves carences qui révèlent une sous-alimentation dramatique. De l’adhésif occulte partiellement les fenêtres et les enfants sont entièrement couverts d’un voile. Les 5 sont placés. Aujourd’hui encore à la barre, Baroudi Bouzid crie à l’injustice, dénonce une stigmatisation en raison de ses croyances religieuses et prétend que ses enfants ont été maltraités par les éducateurs. Il a écrit à tout le corps politique, tous les journaux, mais n’a pas fait appel de la décision de placement de ses enfants. Il a tenté de les soustraire du centre éducatif et a été mis en examen puis condamné par le juge Albert Lévy.

    Lors de la réunion du 11 septembre 2011, Mohamed Achamlane convie tout le monde à entendre le récit des malheurs de Baroudi Bouzid. L’auditoire est unanime, c’est « l’histoire la plus islamophobe qu’ils aient entendu ». et provoque une immense émotion dans le groupe. Plusieurs membres de Forsane Alizza – qui n’ont pas été renvoyés devant le tribunal correctionnel – font même état du projet d’enlever le juge Lévy.« Des paroles malheureuses ont pu nous échapper », convient Mohamed Achamlane qui se défend de tout projet de kidnapping.

    Self-défense, paint-ball et .357 Magnum

    L’action de Forsane Alizza ne s’est pas cantonnée à des projets avortés et des cyber-menaces. La « katiba » descend aussi dans la rue. En septembre 2010, quelques dizaines de membres manifestent devant un McDonald’s pour dénoncer les liens existant selon eux entre l’enseigne et la « fondation juive ». À la même période, ils piétinent le code pénal – en réaction à la vidéo d’un Américain en train de brûler le Coran ; ils manifestent contre la loi sur le voile intégral et scandent des slogans antisémites et homophobes.

    Bien souvent, Achamlane a laissé entendre que le groupe se préparait au combat. « Contre d’éventuelles agressions », précise l’émir à l’audience. Organisation de cours de « self-defense », après-midi « paint-ball », un esprit martial animait la bande. « Tout cela illustre une volonté d’action », dira le procureur dans son réquisitoire. Dans les perquisitions, les policiers ont retrouvé le manuel de fabrication d’une bombe atomique et… le « petit manuel du terrorisme ».

    Et puis il y a les armes. Mohamed Achamlane prend un ton très posé : « Je suis un passionné d’armes, je les collectionne depuis toujours ». Il repousse hautainement les intentions criminelles que lui prête le Tribunal, expliquant que s’il avait voulu, il s’en serait procuré facilement. On lui reproche justement d’avoir essayé : « dans plusieurs conversations, il est fait état de “tac tac“, il est apparu qu’il s’agissait d’armes automatiques », dit la présidente qui lui demande de s’expliquer. « Elles ne sont pas en état de fonctionnement ». On retrouve chez lui plusieurs Kalachnikovs démilitarisées selon des normes non en vigueur en France – donc encore considérées comme des armes de guerre. « Je les ai achetées sur un site français et elles sont inutilisables », prétend-t-il. Dans le dossier, un expert balistique prétend pourtant qu’il est possible de les réhabiliter.

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    Bilal Kadri avachi derrière son box. « C’est l’inventeur du jihad post-it ! » explique son avocat / Crédits : Marty

    Pistolets d’alarmes, à grenaille, « choqueurs », carabines calibre 22 et armes de poing aux calibres divers – dont un 357 qu’il avait confié à son complice et co-prévenu Moussa Guenana… « Des armes de collection qui ne fonctionnent plus », se justifie-t-il. Sauf celle qu’il avait sur lui au moment de son interpellation. On a même retrouvé une lunette de visée chez Moussa Guenana.

    Mohamed Achamlane avait un projet pour ces armes :

    « Avant la dispersion du groupe, je voulais faire une dernière vidéo : Mur de kalach’, grosse barbe, keffieh, énorme drapeau islamique. Pour avoir l’air le plus méchant possible, le plus hostile. Pour faire peur. Par provocation »

    Forsane Alizza, une affaire politique ?

    Pendant l’audience, les prévenus n’ont cessé de s’attaquer aux enquêteurs qu’ils jugent partiaux. Comme Samir Ameur, l’ardent soldat de Bagnols-sur-Cèze (Gard), virulent mais souriant et très poli, qui assure qu’on lui a envoyé en prison un « mouchard » pour lui faire avouer des crimes qu’il n’avait pas commis. Ou Bilal Kadri alias Abou Souleymane, qui avait prononcé cette phrase au téléphone : « Si tu as un plan pour avoir des, bon, des passeports », et que les enquêteurs avaient retranscrit comme suit : « Si tu as un plan pour avoir des bombes (se reprenant immédiatement) des passeports … » C’est le juge Marc Trévidic qui, en réécoutant, a constaté l’erreur.

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    Isabelle Coutant-Peyre, à la ville épouse du terroriste Carlos, à la scène avocate d'un membre de Forsane Alizza / Crédits : Marty

    L’avocate Isabelle Coutant-Peyre cite une déclaration d’un agent des services parue dans la presse : « Il fallait faire tomber un groupe, on avait Forsane Alizza sous la main », à un mois de l’élection présidentielle. Le défenseur de Bilal Kadri, évoque les quelques notes saisies au domicile de son client et qui chargent son dossier :

    « Bilal Kadri, c’est l’inventeur du djihad post-it ! »

    Me Benjamin Matthieu dresse un portrait émouvant de son impulsif client Samir Ameur – qui n’a cessé de ponctuer les débats par ses jérémiades : « Le diable qui fait beaucoup de bruit et dont on ne sait ce qu’il va faire. Frappé par son père, menacé et martyrisé par des légionnaires lors de son passage dans ce corps d’armée, qui a trouvé dans Forsanne Alizza son seul refuge et la seule réponse aux injustices subies. »

    Tous ont dénoncé le deux poids deux mesures, la répression plus molle d’actes commis par d’autres extrémistes – les « fascistes » ou la Ligue de défense juive. Tous ont brocardé les peines « délirantes » requises par le procureur Ludovic Lestel, de 18 mois avec sursis à 9 ans pour Mohamed Achamlane. Tous ont contesté que l’infraction principale, l’entente en vue de commettre un acte terroriste, fût constituée. Tous ont, sur ce point, plaidé la relaxe. Le délibéré sera rendu le 10 juillet.

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