A Belleville, la métallerie Grésillon menacée d’expulsion

A Belleville, la métallerie Grésillon menacée d’expulsion

La mairie veut vendre le bâtiment à un promoteur

Ainsi squattent-ils | Spots | par , Yann Castanier | 20 Juillet 2015

A Belleville, la métallerie Grésillon menacée d’expulsion

A Belleville, la métallerie Grésillon en activité depuis 1947, est menacée d’expulsion par la Mairie de Paris. A la place, elle voudrait implanter une auberge de jeunesse. Mais la mobilisation pourrait bien faire reculer la majorité.

Belleville, Paris 20e – Ivan Weiler, le patron de la métallerie Grésillon se remémore avec colère ce jour de novembre 2014 où un certain Monsieur Bienvenu débarque au 48 de la rue Ramponeau :

« Il se présente en disant : “ Bonjour, je suis M. Bienvenu, je rachète les parcelles mais je ne veux pas garder la métallerie” »

Le quinquagénaire voit rouge. Ni la mairie d’arrondissement, ni son bailleur la Semaest – une société d’économie mixte dont l’actionnaire majoritaire est la Ville de Paris – ne l’avaient informé du projet. Et pourtant il est directement concerné : Il risque désormais de perdre ses locaux, au profit d’une auberge de jeunesse.

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« On fait tout ce qu’on peut imaginer en métal, qui va en général rentrer dans une maison ou un local. » / Crédits : Yann Castanier - hanslucas.com

Cela fait 10 ans qu’Ivan a repris la métallerie avec les 6 salariés et les machines de l’ancienne société « située à Belleville depuis les années 50 ». « C’est très commode, 95 à 99% des gens pour qui on travaille sont à Paris », commente t-il, bien décidé à ne pas plier bagage.

Tour du propriétaire

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La métallerie Grésillon est en activité depuis 1947. / Crédits : Yann Castanier - hanslucas.com

« Faites attention, tout peut faire mal ici », prévient Ivan Weiler. « Ici » tout est grand, gris, tranchant. Au milieu de l’atelier loué pour 4.000 euros par mois trône un nouveau prototype de présentoir pour boutiques chics, format XL. Cet ancien des « Arts déco » de Paris présente l’activité de sa société. Le bruit des machines qui découpent l’acier l’oblige à parler fort :

« Ici, on fabrique tout ce qu’on peut imaginer en métal, surtout pour des boutiques. »

Assane, le chef de travaux, manie le massicot depuis 7h30. L’homme de 61 ans au regard espiègle soupire : « J’aurais aimé finir en beauté ». A quelques années de la retraite, ce dernier s’inquiète d’avoir à quitter ce lieu où il travaille depuis 18 ans.

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Assane, le chef de travaux de l’atelier, travaille ici depuis 18 ans. / Crédits : Yann Castanier - hanslucas.com

Une auberge de jeunesse

Si Assane sera sans doute contraint de finir sa carrière ailleurs, c’est que l’entrepôt va changer de propriétaire. La Semaest, qui possède le bâtiment, a signé une promesse de vente avec un promoteur immobilier, la SCI Bichon. Cette dernière voudrait construire une auberge de jeunesse de 250 lits sur les 1000 m2 du 48 rue Ramponeau. Un business bien rentable. L’espace comprendrait la métallerie, l’ancienne miroiterie Maestrini, aujourd’hui inexploitée, et l’atelier de sculpture loué par l’artiste Mehdi Hachem.

Pour contrer le projet, les locataires et quelques riverains ont monté le collectif Ramponeau. Tous les 15 jours, à l’occasion de portes ouvertes, ils organisent des happenings dans la cour du 48. Sculpture, guacamole, et pancartes sont au rendez-vous. La pétition a, quant à elle, recueilli 4215 signatures. « On attend l’annulation de la vente !», explique Elise Kastner. Bien que son atelier ne soit pas directement concerné par le projet, la céramiste de 44 ans aux cheveux courts est la porte-parole du mouvement. Cigarette en bouche, elle dénonce la stratégie de la mairie :

« Amener des touristes en détruisant le patrimoine, c’est une absurdité. »

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Mehdi, travaille métal et bois dans son atelier du fond. / Crédits : Yann Castanier - hanslucas.com

Mehdi, le quadra aux yeux verts et à la salopette beige travaille le métal et le bois dans son atelier du fond. Il dénonce l’absence de concertation :

« Aucun habitant n’a été interrogé sur l’éventualité de mettre une auberge de jeunesse ici. Ça pose la question de ce qu’on fait de notre ville ! »

Le PS pourrait faire machine arrière

« La Ville doit aider des projets comme celui-ci plutôt que de faire des cadeaux à de grands groupes », lance vigoureusement Jérôme Gleizes, conseiller de Paris EELV, qui défend la sauvegarde de Grésillon. Et il n’est pas le seul : Des élus Front de gauche ou Les Républicains ont également pris position en faveur du collectif. Le PS, lui, ne sait plus vraiment sur quel pied danser. Si, au départ, la majorité a soutenu la vente des locaux, elle semble depuis faire marche arrière. Le 1er juillet, la mairie a décidé de repousser la vente jusqu’à fin novembre, afin d’organiser une concertation entre les différents partis. Le projet n’est toutefois pas encore enterré.

Contactée par StreetPress, la mairie du XXe nous a renvoyé vers la Semaest. Cette dernière nous a simplement signalé, par la voix de sa présidente Joëlle Morel – également conseillère de Paris – que :

« Les décisions sur le dossier de la parcelle du 48 rue Ramponneau sont suspendues jusque fin août. »

Prochaine mobilisation devant l’ex miroiterie Maestrini au 37 rue Bisson, le 26 juillet à 18h.


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