Baston avec la police à la maternité de Saint-Quentin

Baston avec la police à la maternité de Saint-Quentin

Bavure policière ou outrage à agent, chacun a sa version

Battle Royal | Contre enquête | par | 6 Janvier 2016

Baston avec la police à la maternité de Saint-Quentin

C’est une bande de joyeux drilles bien éméchés qui débarque à l’hosto pour fêter une naissance. Dans les couloirs, la virée tourne au pugilat avec la police : insultes, uppercut et prise de judo. StreetPress publie la vidéo d'une partie de la baston.

Tribunal Correctionnel de Saint-Quentin (02) – « Ce n’est pas le procès des policiers, mais de ces 4 individus qui ont bafoué la démocratie », tonne, du haut de son perchoir, la substitut du procureur. Les prévenus, Brandon, son père Franck, Tay et Curtys la défient du regard. Pourtant ce 5 janvier, ils risquent gros, poursuivis pour insultes, rebellion, et coups à l’encontre de 5 policiers. Eux dénoncent une bavure des hommes en bleu, vidéo et certificats médicaux à l’appui.

La proc’ a choisi son camp et ses réquisitions sont lourdes : de 6 mois à 2 ans de cabane. La pilule a du mal à passer pour les familles des prévenus qui assistent à l’audience. « Ca va pas la tête », crie une jeune femme dans le public.

La Story

L’histoire de Franck, Brandon, Curtys et Tay, c’est celle d’un long apéro qui a dégénéré en bataille rangée avec les forces de l’ordre. Le 14 décembre, la petite troupe fête un événement heureux : la nièce de Franck, l’ainé, vient d’avoir un enfant. « On a commencé à boire vers 6-7 heures », rembobine Curtys. La présidente précise :

« Vous avez quand même bu 6 bouteilles, de la vodka et du champagne, c’est quand même pas mal pour 4. »

Vers 23h00, les 4 hommes, accompagnés de plusieurs potes, débarquent à la maternité, ronds comme des queues de pelle. Les médecins se plaignent rapidement du grabuge crée par les joyeux drilles dans les paisibles couloirs de l’hosto. « C’est vrai que c’était pas une très bonne idée », maugrée Frank dans le box des prévenus.

Battle Royal

Rapidement la situation dégénère. Appelés par le personnel de la Polyclinique, 7 policiers débarquent sur place. La Polyclinique se transforme alors en ring de catch. A l’intérieur, des policiers abordent le jeune Brandon et le somme de se calmer. Ce dernier envoie un uppercut dans le menton d’un brigadier en pleine salle d’attente. Son père s’interpose avant d’être appréhendé par des policiers plutôt vénères.

Pendant ce temps, dehors, Tay insulte copieusement les flics en pleine intervention avant de prendre la fuite. Le dernier larron, Curtys, est menotté et mis à terre. Il a reçu une sérieuse droite et une série de coups de la part d’un jeune policier. A l’audience, ce dernier se plaint des provocations du jeune homme et d’un coup de tête qu’il lui aurait asséné. Devant le tribunal, Curtys nie. Lui et son pote Frank, affirment avoir été violement malmenés alors qu’ils étaient au sol : les policiers auraient mis des coups de genoux au niveau de la gorge. Le policier, lui, explique avoir appliqué une technique policière d’immobilisation.

« C’est un coup de poing, ou moi je perds la tête »

Un témoin a filmé la scène. Elle a été balancée sur SnapChat le soir même puis remise à la mère de Curtys. – StreetPress s’est procuré une copie. – Sur un écran plat installé sur le bureau du greffier, le tribunal découvre les images de la sacrée soirée. Au début de la vidéo, Curtys, debout, reçoit effectivement un coup de la part d’un policier. « C’est une prise à la gorge, pour immobiliser le suspect » se justifie l’un des policiers. L’avocat de Curtys, Maître Laurent, explose :

« Enfin, c’est un coup de poing. Ou alors, je perds la tête moi. »

« Le coup de poing, je ne l’ai pas distingué. Et puis on ne voit pas ce qu’il y avant, ni après » rebondit le procureur :

« Quand on passe la vidéo au ralenti, on voit quand même Monsieur H. mettre un coup de tête au policier. »

Difficile à dire. Si le coup de poing du policier est clairement visible, le coup de tête est moins évident. Quant aux coups à la gorge, la scène est plutôt confuse. On voit un homme à terre et plusieurs policiers au-dessus.

Ils criaient Kardes, pas Daech

Appréhendés et menottés, Frank, Brandon et Curtys sont emmenés au comico. Pendant le transport, ce dernier accuse les policiers de l’avoir passé à tabac. « Le policier, il m’a dit tu vas crever. » En garde à vue, les officiers de police l’auraient trainé par les cheveux. Ces éléments, ils ne le mentionnaient pas lors de sa première déposition.

Son pote Tay est lui aussi interrogé par le juge. Dans un sweat au couleur du Real Madrid, le jeune homme raconte la suite de la soirée. Comment il débarque au commissariat après l’altercation pour prendre des nouvelles de ses potes. Comment les choses se passaient sereinement jusqu’à l’intervention des flics qu’il a croisés à la Polyclinique. Les insultes pleuvent. Pour les flics, le jeune homme serait allé jusqu’à menacer les fonctionnaires de les kalasher avant de se revendiquer de Daech. Son avocat déroule une autre version :

« Il est kurde, il ne peut pas avoir crié Daech. Son surnom c’est Kardes (se prononce Kardech, ndlr). La situation géopolitique, ça a du échapper à la police de Saint-Quentin. »

Bavure policière ou provocation ?

Tay, comme les autres prévenus, a décidé de vider son sac ce 5 janvier. A l’audience, il livre des détails qu’ils n’avaient pas évoqué avant :

« Il y a des choses que j’ai oublié de dire. Le lendemain, je ne me souvenais pas de tout. Je ne tiens pas l’alcool. »

« Dans cette affaire la mémoire est sélective et les violences policières contagieuses. J’ai quand même l’impression qu’on essaie d’inventer n’importe quoi » tonne l’avocate des parties civiles. Pour elle, le récit des policiers est « très précis ». Celui des prévenus brumeux. L’avocat de Curtys rappelle que la mémoire des policiers est elle aussi sélective :

« Pour trouver la vérité, il faut chercher dans le détail des déclarations. Avant qu’une vidéo de l’interpellation ne soit versée au dossier, personne ne parlait du coup de poing assené au visage de mon client. »

On se reverra en appel

Après la suspension d’audience, le juge annonce la sentence. Pas de clémence pour les 4 copains, ils prennent tous du ferme. 5 mois dont 3 avec sursis pour Tay, 6 mois pour Franck, 7 mois dont 4 avec sursis pour Brandon. Seul Curtys passera la nuit en prison : le jeune homme de 24 ans, 12 mentions au casier, passera 14 mois à l’ombre. Le juge a prononcé un mandat de dépôt à son encontre. Alors que ses potes tombent les bracelets, lui est rapidement emmené par les policiers. Son avocat annonce qu’il fera appel.


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