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    04 / 05 / 2016

    Dans la bataille, des soutiens aux réfugiés ont été interpellés

    Les réfugiés du lycée Jean Jaurès ont été expulsés au petit matin

    Par Tomas Statius

    Ce matin, les gendarmes a reveillé les réfugiés du lycée Jean Jaurès au petit matin pour une expulsion musclée. Selon des témoins sur place, plusieurs soutiens également été embarqués.

    Paris, 19e – Ce jeudi soir, une centaine de réfugiés de Stalingrad a finalement dormi à l’abri. Dans la nuit, un nouveau squat a été ouvert dans le lycée Jean Jaurès (19e), inoccupé depuis plusieurs années. Le but : mettre au chaud les migrants. « On est arrivés vers minuit » explique Houssam, du comité La Chapelle Debout :

    « On a été précédé d’une équipe de 4 personnes qui a ouvert le bâtiment et l’a sécurisé. »

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    L'ouverture du lycée Jean Jaurès dans la nuit du 22 avril / Crédits : DR

    Depuis, les entrées ont été barricadées et la porte principale a été soudée pour empêcher l’intrusion de la police. Une seule solution pour pénétrer dans les lieux : passer entre les barreaux de la grille devant l’établissement, quitte à se raper le dos.

    Mieux que Jean Quarré

    Dans la cour du vaste lycée de 7.000 mètres carrés, plusieurs réfugiés émergent de leur nuit. Certains tapent un foot, pendant que d’autres écrivent à la craie sur les murs. Entre les soutiens, les discussions sont animées. Un moustachu s’exclame :

    « Il faut qu’on fasse mieux que Jean Quarré. Il faut un étage pour les femmes, un autre pour les enfants. Il ne faut pas faire les mêmes erreurs. »

    (img) Dans le lycée migrants_0.jpeg

    Car dans le lycée du 19e, occupé plusieurs mois et évacué en octobre 2015, les assos ont vite été dépassés par le nombre de réfugiés qui dormaient sur place. « Ici, on a l’eau courante, l’électricité, beaucoup de toilettes et même des douches… On peut vraiment faire quelque chose de bien », commente Houssam :

    « Les mecs sont en train de discuter de leur propre règles. Certains veulent même des numéros de chambres. »

    La veille avec plusieurs bénévoles, le jeune homme a présenté le plan de bataille aux réfugiés qui dorment encore sous le métro à Stalingrad. Avant de publier un appel à soutien sur les réseaux sociaux :

    « Il y a eu une AG en 4 langues. On leur a aussi présenté les risques de ce type d’occupation. »

    « Stalingrad c’était horrible »

    Pour l’heure, chacun dort un peu où il veut. Dans le réfectoire, plusieurs réfugiés pioncent sur les tables, d’autres sont emmitouflés dans une bâche ou à même le sol entre des chaises de bureau. Dans les cuisines, plusieurs personnes s’affairent. Le café est chaud, il y a même de quoi petit-déjeuner.

    (img) Une salle à l’abandon image_14_0.jpeg

    On tape finalement la discute avec Hamed. Ce jeune yéménite est arrivé il y a une semaine en France. Il venait d’Italie. Depuis il dormait sous le métro à Stalingrad :

    « C’est horrible. La France ce n’est pas n’importe quel pays. Pourtant, ici on nous donne rien. »

    Hamed, qui arbore une chemise à carreau nickel et une casquette à l’envers, en a gros sur la patate. Il a fui le Yemen parce que sa vie était en danger. En France, il espérait poursuivre ses études de comptabilité. Pour l’instant, il enchaîne les galères :

    « Ici on a l’impression de toujours courir, d’endroits en endroits. Et à la fin il n’y a rien. Certains bureaux pour les réfugiés ne sont ouverts que 2 heures par jour. Ce n’est pas possible. »

    Hamed ne se voile pas la face. Occuper un lycée, ce n’est pas une solution durable. Mais c’est toujours mieux que rien :

    « Au moins, on dort sous un toit ici. J’espère que le gouvernement nous écoutera maintenant. On ne veut pas grand-chose. Seulement des papiers et une maison. »

    La police déjà sur place

    Une rumeur parcourt finalement les couloirs du bahut : la police serait déjà sur place. Devant les grilles, 3 fonctionnaires demandent à parler au responsable de l’occupation. Un soutien, capuche sur la tête et roulée au bec s’amuse :

    « Il y en a pas, c’est nous tous les responsables. »

    Une demi-heure plus tard, un employé de la mairie de Paris se pointe. Le bonhomme annonce la couleur : il veut avoir des infos précises sur les revendications des réfugiés et des squatteurs. Il finit par menacer :

    « On veut discuter avec vous. Si vous ne voulez pas, ça ne se passera pas bien. »

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