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    29 / 07 / 2016

    Clippeurs, organisateurs de soirées, modeux et photographes

    Le Bunker 105 : un ancien cinéma transformé en co-working artistique

    Par François Rieux

    C'est là qu'Oxmo Puccino a trouvé les clippeurs de son dernier morceau, le groupe de rap DFHDGB a enregistré des sons... Depuis sa création en 2014, le Bunker 105 s'impose comme un nouveau vivier de la scène culturelle parisienne.

    Paris, avenue de la République – Mi-juin, l’un des fondateurs de MISSIVE, se pointe à un apéro organisé au Bunker, une pépinière d’artistes et d’entrepreneur de la culture à deux pas du père Lachaise. Le trentenaire rêve d’installer ces bureaux là-bas. Et pour draguer la boss, le designer svelte, lunette et barbe de trois jours, a plus d’un tour dans son sac. « Quand on s’est rencontré, il portait un sweat à scratch de sa marque. Dessus, il avait mis les lettres « B.U.N.K.E.R. », lâche en rigolant Sandrine la co-fondatrice du lieu :

    « Je me suis dit direct : “Toi, on va bien s’entendre !” »

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    L'inventeur du sweat à scratchs. / Crédits : François Rieux

    Hot spot

    Le Bunker, c’est le lieu en vogue dans les milieux créatifs. Dans cet ancien cinéma installé dans le 11e, 20 structures travaillent à la cool. Vidéastes, graffeurs, DJ’s, organisateurs de soirées, dont les parisiens d’“Excuse My French”:https://www.facebook.com/ExcuseMyFrenchOfficial/?fref=ts, modeux, photographes et rappeurs se croisent sur les trois niveaux du bâtiment… Au premier étage, on trouve même une salle commune avec pêle-mêle table en forme de Space Invader et baignoire transformée en canapé. « C’est un peu comme les communautés hippies dans les années 70 », explique Louis, jeune homme aux faux-airs de Nekfeu et vidéaste chez Biscuit Studio, l’une des premières structures du Bunker. Avant d’ajouter :

    « Chacun a son domaine d’expertise mais on se file aussi des coups de main. »

    « Tous les bunks [surnom des résidents, ndlr] louent leurs espaces de travail. Cet argent permet de couvrir les frais de location de l’ensemble du Bunker », explique Sandrine, une tasse de café à la main.

    La boss

    Tout commence il y a deux ans. Sandrine, performeuse de rue reconvertie dans l’événementiel, rêve d’un lieu où cohabitent artistes et entrepreneurs :

    « Sur Paris, on peut faire des rencontres comme très vite s’isoler. Pour un auto-entrepreneur c’est parfois difficile d’évoluer ou de se faire un carnet d’adresses. Le Bunker m’est apparu comme la solution à tous ces problèmes. »

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    Sandrine, la boss du 105'. / Crédits : François Rieux

    La trentenaire, longue robe noire et boucle d’oreille ornée d’une plume à l’oreille droite, dégote un lieu avec 4 potes. Les travaux sont importants. Il faut quasiment tout refaire à neuf, de la cuisine à l’aménagement des bureaux. « Je me rappelle, les néons pendaient du plafond. Il fallait gratter la saleté partout sur les murs et on ressortait de là comme des mineurs aux 19ème siècle, la tête enfarinée ! », rigole Adrien, autre vidéaste du Biscuit Studio, tout en tirant sur sa clope. Après les travaux, les premières structures s’installent. Ils sont aujourd’hui une quarantaine de personnes à avoir posé leurs cartons.

    Des grosses collab’

    Le Bunker tire son épingle du jeu grâce à de grosses connexions avec des artistes en vogue. En 2015, Oxmo Puccino, l’un des patrons du rap français, est à la recherche de jeunes vidéastes pour clipper le titre Le marteau et la plume. Rapidement, il se tourne vers l’équipe de Biscuit Studio. Louis rembobine l’aventure avec le rappeur jazzy :

    « Avant d’arriver chez Biscuit, j’ai travaillé un an pour le management d’Oxmo. J’ai pu y tisser des liens assez étroits avec lui et son entourage. »

    Le Black Desperado débarque au Bunker pour jeter un coup d’œil aux storyboards et parler du concept de sa chanson. « A la base on était pas trop dans les clips. Mais quand t’as Oxmo qui débarque, et crois moi il est imposant, c’est impossible de refuser ! », lance Adrien.

    Entre 2014-2015, un des studios d’enregistrement du Bunker est occupé par les rappeurs du groupe DFHDGB, une des sensations rap du milieu indé. « C’est ici que j’ai enregistré mon premier album. Il y avait tout le matos à disposition, ça a facilité pas mal les choses », se souvient L.O.A.S., l’un des deux Mcs du crew.

    « Un local, des bureaux, ça fait de suite beaucoup plus sérieux. Ça ajoute une crédibilité professionnelle. »

    Des boîtes qui cartonnent

    Le Bunker a aussi permis à certaines structures de décoller. « Quand on est arrivé à Paris, on ne connaissait personne, c’était grave compliqué pour nous », se souvient Damien, le co-fondateur de Jekyll et Hyde, une boîte d’événementiel. Après des mois de galère, lui et son acolyte Jonathan participent au lancement du Bunker. C’est le début de la belle histoire. Dans ce lieu ils ont lancé leur label, Philia, et même organisé plusieurs événements de tattoo et de graff. Pour Jonathan, le succès de Jekyll et Hyde est lié à leur installation au Bunker :

    « Sans le Bunker, on aurait jamais pu faire ça. Si ça n’avait pas marché, on ne serait pas resté sur Paris. »

    L’une des fiertés de Sandrine, c’est aussi Maison Guillemette, un atelier de confection de bijoux. Incubée du Bunker, la marque a désormais un showroom en plein Paris. « Sa base de clients a grossi, son affaire aussi, [la fondatrice de Maison Guillemette] a décidé de partir mais on travaille encore ensemble » précise Sandrine. Et la jeune femme de conclure :

    « C’est aussi ça le but du Bunker : Établir des relations professionnelles et personnelles qui durent dans le temps. »

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    Le Studio Mazé, l'atelier de mode du Bunker. / Crédits : François Rieux

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