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    25 / 01 / 2017

    Les anciens habitants de la Salamatane sont à la rue

    La mairie de Montreuil expulse un squat par moins 5 degrés

    Par Lucas Chedeville

    « Même par moins 40 degrés, on ne bougera pas », lance Ibrahim devant la Salamatane. Il y a une semaine, cet ancien local associatif occupé depuis des années a été vidé par la police. Les anciens habitants réclament la réouverture du lieu.

    Montreuil (93) - Tentes, bâches et petit réchauds… Devant la Salamatane, Ibrahim et ses potes ont installé un véritable petit campement. Il y a des années que la petite troupe squattait ce local autrefois loué par la mairie de Paris à une asso d’édition, installée au 119 rue de Paris. Mais depuis une semaine, c’est sur le pas de la porte qu’ils sont contraints de dormir. Malgré le froid glacial.

    Si l’expulsion des habitants de la Salamatane a été décidée en avril dernier, la mairie de Montreuil n’a rien trouvé de mieux que de mettre la petite troupe à la rue en plein hiver . Il y a une semaine donc, la police toque à la porte pour demander aux « anciens locataires » de plier bagage. Depuis, ils font le pied de grue pour se réinstaller dans leur ancienne maison. Ibrahim, verbe haut et bonnet enfoncé sur la tête, voit rouge :

    « Il fait moins cinq degrés et on est dehors. Ce n’est pas normal. »

    La story

    Mercredi 18 janvier, il est un peu plus de 8h du mat’ quand Baar, un autre occupant de la Salamatane, voit débarquer une dizaine d’agents de police, flashball et taser à la main. Les fonctionnaires sont accompagnés de deux employés de la mairie qui sont venus notifier l’expulsion aux habitants du lieu associatif :

    « Ils n’étaient pas du tout menaçants. Ils ont dit à tout le monde de quitter les lieux rapidement. »

    En à peine une heure, l’affaire est entendue. Baar et ses potes se font vider par la maréchaussée. Ils se retrouvent à la rue, sans avoir pu prévenir les autres habitants qui étaient partis bosser. À leur départ, les hommes en bleu installent une porte blindée à l’entrée du local. Impossible dès lors pour les habitants de récupérer leurs affaires restées à l’intérieur. Rapidement, voisins et soutiens viennent déposer tentes, matelas et nourriture aux anciens habitants, bien décidés à ne pas bouger.

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    Pas contents. /

    La Salamatane

    Jean-Marc était un habitué de la Salamatane. Concerts, expos et soirées… Ce SDF d’une quarantaine d’années fréquente le lieu depuis un petit bout de temps. Il y a même habité. Il raconte l’ambiance bon enfant qui y régnait, et les bonnes relations qu’entretenait la bande avec les voisins :

    « Une seule fois, un voisin a essayé de monter une pétition contre nous, mais c’était ridicule, même pas dix personnes ont signé ! »

    Depuis 2008, la Salamatane est l’un des seuls lieux du coin à promouvoir la culture Baye Fall, une confrérie religieuse sénégalaise. Au fil du temps, le lieu est devenu un refuge pour les habitués et les SDF en galère de logement. Dans la petite maison, des lits superposés disposés un peu partout permettaient à une vingtaine de personnes de dormir.

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    Un petit campement s'est installé. /

    Pas de trêve hivernale

    Contacté par StreetPress, le service presse de la mairie de Montreuil justifie l’expulsion des occupants de la Salamatane. Tout se serait passé dans les règles de l’art. En raison de nombreux troubles à l’ordre public constatés par les services de police, la trêve hivernale ne s’applique pas pour Ibrahim et ses potes :

    « Beaucoup de signalements ont été effectués par les voisins, notamment concernant l’usage de drogues et d’alcool. »

    L’adjoint du Maire à la tranquillité publique, Philippe Lamarche, assure quant à lui qu’une place en hébergement a été proposée à chacun des occupants du local « mais qu’une bonne partie a refusé ». Pour lui, beaucoup de personnes qui n’habitaient pas sur place rendent la tâche de la mairie plus difficile :

    « Ils mettent de l’huile sur le feu. »

    Des explications qui ne convainquent pas franchement Ibrahim. Le jeune mec promet :

    « On demande à la mairie de nous laisser retourner dans notre maison ! Tant que ce ne sera pas fait, on ne bougera pas de la rue ! »

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