Flash-balls et lacrymogène, quand la police s’invite au barbecue des Minguettes

Flash-balls et lacrymogène, quand la police s’invite au barbecue des Minguettes

Une mère de famille, blessée à la main porte plainte

Police de proximité | Reportages | par | 23 Février 2017

Flash-balls et lacrymogène, quand la police s’invite au barbecue des Minguettes

Dimanche 12 février, c’est barbecue pour le goûter dans le parc des Minguettes. Les policiers débarquent. Le ton monte. Les fonctionnaires tirent au flash-ball et touchent… des passants qui n’ont rien demandé. Une plainte a été déposée.

Parc des Minguettes, Vénissieux, dimanche 17h - « Au début, on a cru que c’était les grands qui faisaient un feu. Et puis quand on a commencé à tousser nos mères, on a compris que c’était le gaz », raconte Issam*, moins de 12 ans et déjà blasé des lacrymogènes.

Lui et les autres petits étaient en plein « loup perché » dans l’air de jeux pour enfants quand plusieurs policiers tirent des grenades lacrymogènes en direction du parc. Le gaz s’élève autour d’eux. Ils commencent par s’extirper du nuage de fumée. Et là, les tirs de flash-balls démarrent. Entre 5 et 8 détonations, selon les témoins. Les projectiles font mouche… sur la main de droite de Myriam*, une jeune maman qui passait par là. Elle a déposé une plainte que StreetPress a pu consulter. Selon deux témoins, en plus de Myriam, au moins deux autres personnes auraient été touchées par les balles en caoutchouc de la police.

La police s’invite au goûter, armes à la main

Quelques minutes plus tôt, tout est calme. Malgré une journée « ensoleillée comme jamais », il fait encore trop froid ce dimanche 12 février pour que les moto-cross et les scooters soient de sortie entre les tours des Minguettes. En cette fin d’après-midi, les barbecues chauffent, pour un gouter aux merguez. « C’était tranquille, personne faisait l’émeute », commentent les petits et les grands rencontrés par StreetPress sur place. « Il y avait les piques-niques et les poussettes. » Outre les familles, une trentaine de zigues squattent le parc.

Juste après 17h, un fourgon bleu, blanc, rouge fait crisser ses pneus boulevard Lénine. Selon les témoins, quatre ou cinq agents en descendent, tous en tenue anti-émeute. Deux d’entre eux, un homme et une femme, sont, selon plusieurs témoins, équipés de flash-balls. Difficiles de comprendre ce que les policiers font dans le coin. Interrogée, la Direction Départementale de la Sécurité Publique tente d’évacuer sèchement la question :

« On est en République ! Les policiers ont le droit d’être sur la voie publique, comme vous, non ? »

Dans le parc, le ton monte. « On les a insulté », reconnaissent plusieurs mômes remontés contre les forces de l’ordre. « Mais on ne leur a pas jeté de cailloux, pas cette fois », complètent-ils. Ce que contestent les forces de l’ordre. Selon la Direction départementale de la sécurité publique, les bleus ont subi un caillassage. Un individu interpellé plus tard aurait même reconnu les faits.

En réaction, les policiers canardent à vue : balles de caoutchouc, cartouches de gaz sur la butte qui grouille de familles, touchant plusieurs passants.

Vénissieux 1
La scène du crime. / Crédits : Maxime Grimbert

Myriam a porté plainte contre la police

« Mes doigts étaient tellement enflés qu’il a fallu couper ma bague à la pince » raconte Myriam quand StreetPress la rencontre à Lyon quelques jours après les faits. Dans la cohue, la jeune femme a reçu un tir de flash-ball dans la main. Depuis, elle a porté plainte.

Ce dimanche, après avoir mangé à Vénissieux, dans ce quartier qu’elle connaît mal, Myriam entame la traversée du parc vers 16h30. Sans se presser, pour récupérer sa voiture et rentrer chez elle à Lyon. D’un coup, des gamins déboulent vers elle :

« Ils m’ont dit que les flics faisaient de la provoc’ alors qu’il ne se passait rien de spécial »

De la fumée s’élève de derrière les arbres. Téméraire, elle dégaine son smartphone et filme ce qu’elle peut, de loin. Jusqu’à recevoir une munition de flash-ball sur la main. À l’hôpital, on lui délivre un certificat pour 5 jours d’ITT, consulté par StreetPress. À la gendarmerie, le dépôt de plainte précise : « Violence par une personne dépositaire de l’autorité publique ».

Descente de police une heure plus tard

Face au « caillassage », les agents se replient, sautent dans leur véhicule garé en contrebas et partent en trombe. Une heure plus tard, les forces de l’ordre reviennent en nombre avenue Maurice Thorez, à proximité. Karim*, casquette à carreaux et survêt assorti, « chouf » (fait le guet) pour un dealer du coin. Il raconte la suite de la soirée, sans quitter son poste :

« Après ils étaient au moins 30, là c’était pas pareil, ils chassaient tous nos gars dans les tours. »

La police n’est pas très causante

Quatre habitants sont interpellés en lien avec les jets de pierre survenus plus tôt dans l’après-midi, précise à StreetPress une source policière. Mais les canaux officiels de communication des forces de l’ordre ne sont pas très loquaces. La DDSP reconnait l’usage des gaz lacrymogènes. Mais impossible de savoir combien :

« Vous vous rendez compte si on devait quantifier tous nos jets de lacrymogènes ? »

Quant à l’usage des lanceurs de balles de défense ? La question est jugée trop « orientée » et « pas assez respectueuse ». Fin de la conversation.

*Les prénoms ont été modifiés


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