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    22 / 05 / 2017

    « CSA COMPLICE »

    Après le sketch homophobe de Cyril Hanouna, des militants LGBT à l’assaut du CSA

    Par Maelle Le Corre

    Tôt ce matin, des militants LGBT ont mené une action pour exprimer leur colère face aux derniers sketchs homophobes de Cyril Hanouna. Leur cible : le siège du CSA.

    « CSA COMPLICE », « HANOUNA PRODUCTEUR D’HOMOPHOBIE »… Ce lundi 22 mai, une quinzaine de militants LGBT ont rhabillé l’entrée du siège du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour l’été à coup de tags et de pochoirs. Suite à un appel lancé sur Facebook, Fred (1), Anne (1), Thomas (1) et leurs complices se sont donnés rendez-vous à 5h30, à quelques encablures du siège du CSA. S’ils ont décidé de dégainer les bombes de peintures, c’est pour dénoncer le manque de sévérité du gendarme de la télé française face aux sketchs homophobes de Cyril Hanouna.

    Jeudi 18 mai, le présentateur star de C8 a piégé en direct plusieurs hommes gays qui ont répondu à une fausse annonce postée sur un site de rencontres. En plateau, Hanouna adopte délibérément une attitude efféminée.

    L’animateur est plutôt coutumier de ce type de dérapages comme le souligne une étude de l’association des journalistes LGBT publiée en novembre 2016. Dans ce document, l’asso’ alertait face à la multiplication propos racistes, sexistes ou homophobes dans Touche pas à mon poste.

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    En marche vers le CSA / Crédits : Maelle Le Corre

    Le CSA est complice pour ces militants

    L’action de ce matin enthousiasme Anne, militante de longue date. « Vu l’état de fatigue de notre communauté, c’est une bonne chose de voir une mobilisation se faire aussi rapidement et spontanément », annonce d’emblée cette femme d’une cinquantaine d’années, venue avec sa compagne :

    « Si on réagit aujourd’hui, c’est parce qu’on en a assez d’être humiliés. On fait ça pour montrer qu’on est acteurs, qu’on ne subit pas. On en a marre de se faire écrabouiller et marcher dessus sans rien dire. »

    Une voiture de police passe silencieusement à hauteur du groupe. Tout le monde se fige, aux aguets. « Bon, s’ils s’arrêtent, on leur dit qu’on part en colonie de vacances », plaisante Fred, casquette noire visée sur la tête. De sa voix rauque, il briefe les troupes, un plan à la main, tel un chef de bataille. L’idée est d’agir vite et de façon organisée. Deux groupes prendront chacun une des allées qui mènent à l’entrée de la tour, taggeront de chaque côté, puis répéteront le même procédé à l’entrée du métro Javel.

    « Si les flics débarquent, vous n’avez rien à déclarer, vous n’avez rien fait, vous n’avez rien vu », lance Fred avant le départ.

    Tout le monde hoche la tête, et note consciencieusement sur son bras le numéro d’un avocat. Au cas où. Certains sont rodés à l’exercice par des années de militance et de zaps, ces méthodes d’actions spectaculaires utilisées par Act Up-Paris. Pour d’autres, cela semble plus nouveau.

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    Sang et or / Crédits : Maelle Le Corre

    Il est 5h40 quand les militants enfoncent leur capuche sur la tête et ajustent un foulard devant leur visage. Ils s’élancent pour rejoindre la tour et arrivés devant l’allée déserte, dégainent leurs bombes rose et jaune fluos. En quelques minutes, des « HANOUNA PRODUCTEUR D’HOMOPHOBIE » et « CSA COMPLICE » ornent le sol. L’odeur de peinture monte au nez. Les deux groupes remontent rapidement jusqu’à l’entrée du hall de sorte qu’il sera impossible pour toute personne passant ces portes de louper les inscriptions fluos.

    « Allez, on s’arrache », lance Fred pour éviter que le groupe ne lambine. Les deux groupes filent vers le métro, tagguent l’entrée, avant de s’y engouffrer tous ensemble. Ils se retrouvent à la terrasse d’un café à quelques stations de métro pour faire le point… et envisager la suite. Car après cette première action, tous veulent profiter de la forte motivation du moment.

    Ras-le-bol généralisé

    Pour Anne, il faut « mettre en jeu ceux qui participent, ceux qui produisent, qui financent l’émission ». Sur Twitter, certains ont déjà commencé à interpeller les annonceurs dont les publicités sont diffusées pendant TPMP.

    « On va aussi chercher à occuper les murs », poursuit Anne :

    « On ne doit pas s’adresser qu’à nous-mêmes. En faisant des affichages sauvages dans l’espace public, on peut toucher les gens au-delà de notre propre communauté. Le but, c’est aussi de les rendre accessible en ligne pour que tout le monde puisse en disposer et se les approprier. »

    Thomas* a participé à la préparation de l’action de ce matin. Selon le jeune homme, il n’y a pas que l’émission de Cyril Hanouna qui est le moteur de ce début de mobilisation. Il évoque un ras-le-bol général qui fait suite à une accumulation d’événements : les exactions en Tchétchénie dans l’indifférence général, ainsi que la nomination de plusieurs ministres homophobes au gouvernement comme Gérald Darmanin ou Gérard Collomb. « Touche pas à mon poste, ce n’est que la goutte d’eau », insiste-t-il :

    « Hanouna est dégueulasse, c’est vrai, mais il fait partie de tout un système médiatique complaisant, qui valide des comportements LGBTphobes. Il est d’ailleurs loin d’être le seul, on se souvient des propos transphobes au Grand Journal l’an dernier, ou de l’affaire Morandini. »

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    Mission accomplie / Crédits : Maelle Le Corre

    Comme les autres, Thomas est bien décidé à « maintenir la pression » :

    « L’action d’aujourd’hui, ce n’est une première étape. »

    (1) Tous les prénoms ont été modifiés.

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