La police de Calais m'a embarquée parce que je me baladais avec une pancarte

27 Juin 2017

par Louise Druelle, aka Loup Blaster, née à Calais en 1992. Après des études de cinéma d’animation, elle travaille comme indépendante, réalisant des illustrations et des clips musicaux qui initient le projet audiovisuel BBBLASTER. Elle a aussi été candidate aux législatives de sa circonscription.

Le jour de l'inauguration d'une statue de Churchill et De Gaulle à Calais, Louise décide de se balader avec une pancarte « Open your borders ». Une manière d'alerter les visiteurs sur la situation dans sa ville. Pas du goût de la police qui l'embarque.

Ce samedi 24 juin était un jour spécial pour Calais. Une nouvelle statue de Charles De Gaulle et Winston Churchill devait être inaugurée dans le parc Richelieu, à deux pas de la mairie. Beaucoup d’anglais, invités par la mairie de Calais, devaient venir. Une manière de mettre en valeur les relations franco-anglaises. Moi aussi, je voulais profiter de cette journée pour occuper ma ville. J’avais envie de savoir ce que les gens pensaient de la situation des migrants à Calais.

Je décide de revêtir mon costume aux couleurs de l’Union Jack, avant de sortir. Dans ma chambre, je prépare en vitesse des pancartes à l’intention des touristes anglais. « Open your heart to refugees », « We don’t need your pounds but your solidarity », « Open your borders ». Le tout, avec des petits cœurs.

Les gens se marrent

Je pars à vélo de chez moi pour aller en ville et voir ce qui se passe. C’est le midi, beaucoup de touristes se promènent. Devant le parc Richelieu, je croise un bus à 2 étages garé sur le bas-côté. À l’intérieur : des anglais. Je sors mes pancartes, je les montre. Les gens rigolent, ils prennent des photos, certains me lèvent même leurs pouces en signe de solidarité. C’était un chouette moment.

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/ Crédits : Louise Druelle

Un adjoint au maire m’embrouille, et la police suit

Un peu plus tard, je croise deux potes éthiopiens. Avec l’un d’eux, on décide d’interpeller les gens, les inciter à regarder nos pancartes. Quand tout à coup, quelqu’un sorti de nul part m’arrache le panneau des mains. Je reconnais Monsieur Mignonet, l’adjoint au maire en charge de la sécurité. Il a l’air furieux. Il prend mes feuilles de papiers, en fait une petite boule qu’il jette à la poubelle, avant de remonter dans son 4X4 à la manière d’un cowboy.

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/ Crédits : Louise Druelle

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais quelques minutes plus tard, les policiers m’arrêtent alors que je rentrais vers chez moi :

« – Mademoiselle, contrôle d’identité
– Pourquoi vous me contrôlez ?
– Tout le monde doit avoir ses papiers sur soi. »

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/ Crédits : Louise Druelle

Je n’ai pas mes papiers mais je décline mon identité. Ça discute longtemps. Des passants s’arrêtent. Ils ironisent sur la situation : Personne ne comprend pourquoi je me fais contrôler.

« Dans la bagnole, les policiers se moquent de moi, des gens solidaires, de la solidarité… »

Louise Druelle

Les policiers me demandent de les suivre au commissariat, pour vérifier mon identité. Ils ajoutent : « Si vous ne me suivez pas, on va vous menotter. » On me pousse dans la voiture. Les policiers disent que ça ne va durer qu’une heure et que ce contrôle est surtout une manière de me faire chier après ma petite action. On sentait la volonté d’impressionner.

Les flics me tutoient et me traitent de « gamine »

Dans la bagnole, les policiers se moquent de moi, ironisent sur la solidarité… Je leur dis que la police n’est pas au service de la mairie. Que j’ai le droit de ne pas être d’accord, de m’exprimer. Je leur dis que je suis dans mon droit. Puis, on en vient aux moqueries :

« Qu’est ce que vous faites dans la vie ?
– Je suis artiste
– C’est un métier ça artiste ? Ah bah tranquille, tu fais rien alors. »

Les policiers commencent à me tutoyer. Je demande à ce qu’ils me vouvoient. Réponse :

« Non tu agis comme une gamine, je t’ai vu sautiller dans la rue, on dirait ma fille »

Au commissariat, ils étaient trois policiers à m’interroger. Au bout d’une heure, ma mère apporte mes papiers d’identité, mais ils décident de me garder une heure de plus.

Propos recueillis par Tomas Statius