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    29 / 05 / 2018

    L’antenne associative fête ses 20 ans dans la douleur

    Radio Campus Paris précarisée par la fin des emplois aidés

    Par Nina Guérineau de Lamérie

    Au mois de juin Radio Campus Paris célèbre ses 20 ans d'existence, mais la fin des emplois aidés pourrait gâcher la fête. La fin de ce statut, décrétée par le gouvernement, oblige l’association à réduire la voilure.

    En juin, Radio Campus Paris célèbre ses 20 ans. Une ombre plane cependant sur ce mois de festivités : la radio verra ses activités réduites à la rentrée.

    « Côté économique, on a de plus en plus de mal. On a fait avec un tout petit budget pour organiser les 20 ans. Et si on n’avait pas été cinq salariés, on aurait jamais pu organiser tous ces événements. » À la Maison des étudiants à Bastille, Elsa Landard, rédactrice en chef de Radio Campus Paris, s’assoit sur une chaise du studio d’enregistrement. Cinq micros sortent de la table où elle s’accoude. « C’est un peu la fin d’une époque », souffle la jeune femme aux cheveux bruns, 28 ans. Les murs sont couverts de photos de bénévoles et d’affiches d’émissions.

    Arrivée en 2014, Elsa quitte son poste dans trois mois. Elle aura vécu « l’âge d’or » de Radio Campus Paris. Née en 1998 à l’Ecole des Mines, la radio associative parisienne opère une montée en puissance depuis sept ans avec une équipe désormais constituée de 300 bénévoles, cinq salariés et quatre services civiques. « Cela s’est vraiment professionnalisé, en technique surtout, pointe Maxime Fassiotti, 32 ans, bénévole depuis 10 ans. Par exemple, maintenant on a un technicien à temps plein, alors qu’avant c’était un bénévole. Ca change tout. »

    Emplois aidés supprimés

    En septembre prochain, « garder ce rythme sera beaucoup plus compliqué », lâche Eve, la collègue d’Elsa qui s’occupe de la com’, adossée au mur du local. La petite blonde arrête elle aussi Radio Campus dans quelques mois. La radio associative, « qui ne tient qu’à la bonne volonté des bénévoles, vit une période charnière ». L’annonce par le gouvernement, en novembre dernier, de la suppression des emplois aidés a été un vrai coup dur : ici les permanents sont soit en service civique, soit en emploi aidé.

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    L'autre Maxime, chargé de développement, et son meilleur regard. / Crédits : Nina Guérineau de Lamérie

    « On va être obligés de réduire la voilure, de limiter les propositions, la création, de se concentrer sur nos dossiers pour garder la tête hors de l’eau… Et à la rentrée, deux salariés sur cinq ne seront pas renouvelés. Chouette ! », ironise Fanny Catté, présidente de l’asso, déçue. Elle poursuit :

    « L’équipe précédente avait fait un très beau travail de développement : ils avaient restructuré la grille des programmes et affiné l’identité sonore de la station. »

    Terrain de liberté

    La nouvelle n’effraie pas le bénévole Maxime, « le meilleur ambassadeur de Radio Campus Paris », selon les salariés :

    « L’annonce a été brutale, mais ça va se restructurer. Tous les trois ans, il y a un turn over des permanents. C’est assez constant et profitable. Au bout de trois ans les permanents sont un peu usés. Radio Campus demande beaucoup d’investissement et ce n’est pas très bien payé. »

    Lui continuera de venir chaque soir à la radio pour animer son émission Chablis Hebdo, qui propose un autre regard sur l’actu. « Radio Campus est une bulle d’air. Un grand terrain de liberté où tu peux créer ce que tu veux », aime-t-il dire.

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    Eve et Elsa prises en flag' ! / Crédits : Nina Guérineau de Lamérie

    Un terrain de liberté permis par les salariés, très sollicités par les journalistes en herbe ou simples étudiants. Les permanents jouent un grand rôle sur la qualité des émissions, la cohésion des groupes et sur l’organisation. « Nina, une service civique, m’aide beaucoup sur la préparation des sujets et me forme aux reportages. Elle prend du temps », relate Elodie, 26 ans, étudiante en master théâtre :

    « À la rentrée, si les effectifs diminuent cela risque de changer. Les bénévoles devront peut-être prendre plus des responsabilités. »

    « C’est vrai que je serai un peu triste de voir les activités diminuées à la rentrée après le feu d’artifice des 20 ans. Mais cette radio vit depuis 20 ans, elle vivra encore », avoue Eve. Désormais les esprits cherchent un autre modèle de développement. « On va tout faire pour éviter la réduction à peau de chagrin d’une part et d’être que dans la quête de financements de l’autre », conclut Fanny Catté. Maxime garde tout son optimisme :

    « La prochaine étape serait de ne plus être simplement diffusé le soir et de passer en pleine fréquence ! »

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