Le gros magot des cathos tradis de la Fraternité Saint-Pie-X

Le gros magot des cathos tradis de la Fraternité Saint-Pie-X

Héritages, généreux donateurs et virements vers la Suisse

Amen la monnaie | Enquête | par | 27 Novembre 2018

Le gros magot des cathos tradis de la Fraternité Saint-Pie-X

Liquidités, transferts d’argent vers la Suisse, soupçons de travail dissimulé ou de captation d’héritage… Les méthodes pas très catholiques des cathos tradis pour remplir leurs comptes en banque.

Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Paris 5e - L’entrée latérale de l’église s’ouvre. Une femme endimanchée, la tête couverte d’un chapeau en sort. La première messe, celle de 8h, vient de se terminer. Dans le sas menant à la nef de l’église, sous les plannings indiquant les horaires de messe, un « FAF » est tagué au marqueur noir [littéralement France aux Français, terme utilisé par les militants antifascistes pour qualifier les différents groupes d’extrême droite, ndlr].

Bienvenue à l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet, fief parisien des cathos traditionalistes de la Fraternité Sacerdotale Pie X (FSSPX). 10h sonne. Ce dimanche 3 juin, c’est la Fête-Dieu pour tous les catholiques. La seconde messe de la matinée débute dans l’église bondée. La foule d’hommes en costume et de femmes le plus souvent voilées reprend en chœur les paroles sacrées psalmodiées en latin.

L’office s’étire sur près de deux heures, puis vient la quête. Les paniers en osier circulent de main en main et les billets – de vingt euros le plus souvent – s’accumulent. Vient mon tour. Je passe la coupelle à mon voisin sans rien mettre dedans. Il me jette un regard noir. Un homme en chemisette jaune clair me fixe avec insistance. Il n’est pas le seul. Une poignée de fidèles me signifie du regard qu’il serait de bon ton de glisser un peu d’argent.

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Bienvenue à Saint Nicolas du Chardonnet. / Crédits : Tommy Dessine

« Pour moi, c’est tout à fait l’esprit de la fraternité », commente Georges (1), 52 ans. Pendant quinze ans, avec sa famille ils étaient fidèles de la FSSPX, en Bretagne. « Ils clament haut et fort que donner à la Fraternité, c’est donner à Dieu. Moi, ça ne me choque pas d’aider à financer son culte. Ce qui est choquant dans la Fraternité, c’est l’emprise qui va avec. » Selon Georges, la FSSPX pratique un double discours. « Ils trompent les gens pour encaisser l’argent. Le regard de l’homme dont vous me parlez, c’est une pression induite. Si l’un d’entre nous ne donne pas à la quête par exemple, ben il sera mal vu. On a été leurré. » L’homme ne mâche pas ses mots :

« Ils en appellent à la bonté de Jésus, à la bonté de Dieu : “Donnez nous de l’argent pour financer le culte. Pour nous aider à faire le bien”. Et derrière, en fait, ils font les pires ignominies. C’est comme ça que je le ressens maintenant. On était sous emprise pour de l’argent. »

Les caisses sont pleines

Un constat partagé par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Dans son rapport 2016-2017, elle qualifie la FSSPX de « mouvance sectaire ». Jointe par StreetPress, Audrey Keysers de la Miviludes pointe, parmi d’autres critères justifiant ce qualificatif « le caractère exorbitant des exigences financières [qui] permettent réellement de caractériser cette notion de dérive sectaire ». Une communauté aux comptes en banque bien remplis qui regrouperait près de 100.000 fidèles en France. StreetPress s’est plongé dans les finances de cette mouvance et ce qu’on a trouvé n’est pas très catholique : soupçons de pression sur les fidèles, de captation d’héritage, de travail dissimulé, de liquidités, de transferts d’argent vers la Suisse… Autant d’éléments que la FSSPX conteste fermement par l’intermédiaire du supérieur du district du Bénélux (2) :

« La législation est scrupuleusement respectée. »

L’asso « loi 1901 » baptisée « Les apôtres de Jésus et Marie ou Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X » est le vaisseau amiral de la communauté cultuelle en France. Pour l’année 2012, dernier exercice comptable disponible, la structure a déclaré un chiffre d’affaire de 41.626.775 euros. Dans le détail côté recettes, la FSSPX a déclaré précisément 24.108.522 euros de fonds de réserve, 6.961.964 euros de dons financiers et 10.483.501 euros de « legs ».

Il ne s’agit en réalité que de la partie émergée de l’iceberg, car la communauté religieuse est également à la tête de très nombreuses associations en France : écoles confessionnelles, associations culturelles, centres de loisirs… Des structures similaires existent également dans dix-huit autres pays d’Europe. Parmi eux la Belgique, dont les structures sont étroitement liées aux associations françaises, comme nous l’expliquent plusieurs anciens ou actuels fidèles.

Des héritages controversés

Si les caisses de l’église traditionaliste sont si bien remplies, c’est donc en grande partie grâce aux nombreux héritages tombés dans son escarcelle : plus de 10,4 millions d’euros pour la seule année 2012. La pratique n’a rien d’illégale en soi et de nombreuses associations caritatives y ont recours. Sauf que dans le cas présent, le nombre important de testaments contestés devant un tribunal interroge sur les pratiques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X. En 20 ans, 20 procès liés à des affaires de legs ont opposé l’association cultuelle à des proches de défunts.

Le 2 septembre 2015, l’un de ces dossiers de legs controversé était débattu devant le Tribunal de Grande Instance de Paris. StreetPress s’est procuré le jugement. Il concerne l’héritage de Yvonne L. En 2003, elle avait rédigé un premier testament désignant son « fils spirituel C. né à Chiraz en Iran » comme « légataire universel ». Mais près de 10 ans plus tard, hospitalisée, Yvonne L. rédige deux nouveaux testaments. Le premier, daté du 19 avril 2012, désigne la Fraternité Saint Pie X comme héritier de son appartement parisien. Mais aussi de « tout l’argent qui me restera », précise-t-elle dans ce testament. Le second, rédigé cinq jours plus tard, alors qu’Yvonne L. est toujours hospitalisée, est encore plus précis :

« Ceci est mon testament. Je soussignée Yvonne L. domiciliée à Paris (…) institue légataire universel l’association cultuelle Saint-Pie-X. Je souhaite que ce legs profite autant que possible à l’apostolat de la Chapelle Sainte Germaine de Paris qui a été durant de longues années ma Paroisse. »

Le 15 octobre 2012, soit seulement quelques mois après la rédaction de ces deux nouveaux testaments, la justice place Yvonne L. sous curatelle. Yvonne ne serait plus apte à gérer seule ses biens. Mais l’était-elle au moment où elle a décidé de tout léguer à la Fraternité ? Il semblerait que non. En effet, la décision de placement sous curatelle s’appuie sur un certificat médical établit en janvier 2012, soit quelques semaines avant la rédaction des deux testaments contestés. La justice en tire les conclusions qui s’imposent : le 14 octobre 2015, le Tribunal de Grande Instance de Paris tranche en faveur du « fils spirituel » au détriment de l’association cultuelle Saint-Pie-X.

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« Ceci est mon testament. Institue légataire universel l’association cultuelle Saint Pie X. » / Crédits : Tommy Dessine

Au total, la FSSPX n’a perdu, à notre connaissance, qu’à quatre reprises. « En matière d’héritage, si vous voulez faire annuler un testament c’est très très difficile en France. Le droit français est pernicieux », commente une avocate qui a eu affaire à eux.

En 2013, elle plaidait l’une de ces affaires en seconde instance. Après avoir perdu face à la Fraternité en premier instance, ses clients décident de faire appel :

« En me téléphonant ils étaient désespérés. Pour mes clients, que la justice donne raison à la Fraternité était un deuxième coup dur. »

Sans compter que l’héritage familial leur passe sous le nez :

« Leur grand appartement de famille à Versailles. Des immeubles. Tous leurs biens. Je dois respecter l’anonymat de mes clients. Mais tout ce que je peux vous dire c’est qu’il y avait beaucoup d’argent en jeu. Il s’agit d’une grande famille noble française. »

Même si le testament instituant la Fraternité Saint-Pie-X est rédigé sur un lit d’hôpital, la justice confirmera le jugement rendu en première instance.

Il faut donner

Autre source de revenus importante pour la Fraternité Saint-Pie-X : les dons. Toujours pour l’année 2012, l’association cultuelle déclare 6.961.964 euros. Rappelons qu’il ne s’agit que de l’association principale. De nombreux dons sont effectués auprès des structures locales juridiquement (et donc également d’un point de vue comptable) indépendantes.

Pour Georges, comme pour plusieurs anciens de la FSSPX, l’église pousse les fidèles à multiplier les dons. Christiane (1) a 62 ans. Toute sa vie, elle a été une adepte de la Fraternité. Quelque part en France, ses parents ont embrassé la foi dans les années 70, quand Monseigneur Lefebvre était encore aux manettes de la communauté. Pendant 40 ans, elle ne quittera pas le prieuré où elle a grandi. Ni son instructeur de conscience, l’abbé du village. Pendant tout ce temps, elle affirme, comme d’autres témoins rencontrés par StreetPress, avoir subi des « pressions » volontaires ou induites pour faire des dons à la communauté :

« À l’église, il y a la quête. Monsieur l’abbé sollicitait régulièrement des dons pendant ses prêches du dimanche. Toujours à la fin des messes : “n’oubliez pas de donner pour Dieu”. »

À l’entendre, la question de l’argent est omniprésente et l’office n’est pas le seul moyen de faire de la retape. « On reçoit régulièrement des prospectus pour nous rappeler qu’il faut donner à l’église. Pour aider les écoles à vivre par exemple. Ou pour financer les retraites de confessions obligatoires. » La FSSPX édite également plusieurs périodiques comme la revue Clovis ou Marchons droit ! La pratique religieuse et la pratique du don sont étroitement mêlées :

« On nous parle d’argent dedans. Mais pas directement. À travers la religion, vous voyez. Pendant les retraites ignaciennes [retraites spirituelles silencieuses], on lisait beaucoup de textes en rapport avec l’argent. Que c’était important de faire le bien en donnant même sa chemise à la Fraternité. »

Selon Christiane, la demande n’est jamais formulée explicitement, mais « c’est induit », créant une pression permanente, qu’elle juge aujourd’hui nocive :

« On sait que l’on doit le faire. Ça fait partie des préceptes. C’est mieux de donner à la tradition qu’à l’Etat par exemple, vous voyez. Cette phrase je l’ai entendu un nombre incalculable de fois. »

Parfois ça va plus loin

Selon plusieurs anciens adeptes, certains hommes de foi qui se revendiquent de ce courant religieux seraient même prêts à aller plus loin pour obtenir de généreuses donations. Aujourd’hui, Martine (1) a la quarantaine. Pendant dix ans, elle a été une fidèle de l’église traditionaliste. À l’époque, elle vit en Belgique. En 2002, le père de Martine est atteint d’une longue maladie. La fin semble proche et elle ressent le besoin de se rapprocher de Dieu :

« À ce moment là, pendant la maladie de mon père, j’étais complètement bouleversée. C’était essentiel pour moi d’avoir quelque chose auquel me raccrocher. Je sentais que j’avais besoin de Dieu. Qu’il accompagnerait mon père, ma mère et moi. »

Un ami lui propose de l’accompagner à une messe. « Elle était en latin. Ça ne me dérangeait pas. Je trouvais que ça donnait plus de solennité à ce moment. » Au décès de son père, elle demande à rencontrer le prieur (prêtre de la Fraternité). « J’avais besoin de parler. Nous avons peu de famille avec maman et j’étais jeune », explique-t-elle. Dès le premier rendez-vous dans son bureau, le religieux lui propose de se confesser quelques jours plus tard, avant l’enterrement de son père :

« Sans cela, je ne pourrais pas communier pendant la cérémonie. Je devais faire un examen de conscience. J’accepte directement. Pour moi, il est inconcevable de ne pas pouvoir prier à l’enterrement de mon père. »

Martine joue le jeu et pendant cet examen de conscience elle « avoue tout » :

« Ma relation extra-conjugale avec un homme marié. À cette époque, il m’entretenait financièrement. Je n’ai pas honte de le dire. »

Elle révèle aussi à l’homme de foi que son amant « avait ouvert une assurance d’épargne sur laquelle il versait une certaine somme, tous les mois. Il y avait 25.000 euros sur ce compte. » Une somme qui aurait aiguisé l’appétit de l’abbé. Après l’enterrement de son père, Martine suit de plus en plus les préceptes de la Fraternité :

« Tous les quinze jours, je me confessais. Et toujours les mêmes reproches sur cette relation extra-conjugale de la part de l’abbé. Pour lui j’étais une pécheresse. Il me comparait à Marie Madeleine. »

Pour l’homme de foi, Martine a commis « un péché mortel » dont elle doit absolument s’absoudre. Il lui aurait proposé une solution :

« Vider ce fameux compte en banque, couper tout contact avec mon amant, et verser à Dieu les 25.000 euros ! Je ne sais pas comment vous l’expliquer mais je me suis exécutée. J’ai effectivement fermé ce compte, quitté cet homme, et donné les 25.000 euros à la Fraternité. »

Malgré ce généreux don, le « péché » de Martine lui aurait été encore reproché :

« Le pire dans tout ça, vous voulez que je vous dise ? C’est qu’après avoir donné cet argent, je n’étais pas absoute en fait. Il trouvait toujours une raison pour me culpabiliser autour de cette histoire. C’est ça l’emprise mentale de cette [organisation]. »

Selon Martine, l’argent a atterri sur les comptes d’une association belge. Joint par StreetPress, l’abbé de la paroisse nie aussi bien la pression que l’existence de cette donation.

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Dieu vous le rendra... / Crédits : Tommy Dessine

Mais où va l’argent ?

Le bilan comptable de 2012 donne quelques informations quant à l’usage que l’association cultuelle française a de leur argent. 1.073.913 euros ont été versés à la maison générale, domiciliée dans le canton de Zoug, en Suisse. L’association cultuelle française, comme les autres structures nationales présentes en Europe, doit reverser cinq pour cent des dons émanant des différentes églises à la maison-mère, expliquent plusieurs sources (1). L’une d’elle nous présente même un mail qui évoque cette dîme. Interrogé par StreetPress, le district du Bénélux reconnaît cette pratique, qu’elle justifie :

« Conformément à la solidarité en pratique dans toutes les congrégations religieuses, chaque district participe à l’effort commun de la Maison Générale qui, par ailleurs, en “bon père de famille”, vient en aide aux maisons plus démunies. »

Par ailleurs, toujours selon le bilan comptable de 2012, 1.602.584 euros sont passés dans les loyers de sociétés civiles immobilières, basées à Suresnes. La Fraternité a aussi remboursé 497.373 euros de frais kilométriques. Mais le plus gros poste de dépenses de la Fraternité reste les salaires et indemnités : 1.620.799 euros versés à ses employés. Selon un expert comptable à qui nous avons présenté ces documents, les trois religieux mandataires de l’association se partageraient, à eux seuls, la somme de 390.219 euros.

Il ne s’agirait là que du volet déclaré. Un ancien comptable de la FSSPX en Belgique révèle l’opacité des comptes de la Fraternité. Notre source a, pendant plusieurs années, géré la comptabilité de la Fraternité en Belgique. D’après lui, une partie des recettes des différents districts de Belgique mais aussi de France n’apparaîtrait pas dans la comptabilité officielle. Ce que conteste l’association :

« Il n’existe aucune “caisse noire” au sein de la Fraternité, pas plus que des sacs remplis d’argent liquide ne sont apportés au siège. Toute somme d’argent, quelle qu’elle soit, qui rentre ou qui sort, de quelque manière que ce soit, est reprise dans notre comptabilité. Laquelle est contrôlée et déclarée chaque année par un cabinet comptable agréé. »

À StreetPress, le comptable décrit pourtant précisément le mécanisme et nomme les ecclésiastiques en charge de cette comptabilité parallèle en Belgique. Des liquidités provenant des collectes réalisées le dimanche à la messe et des dons faits par les fidèles « étaient amenés au district de Bruxelles, dans des sacs, soit par le prêtre économe du district, soit directement par les abbés des prieurés locaux. Ces dépenses étaient consignées dans un fichier Excel. Pour le liquide, je me contentais de compter les sommes et de les indiquer dans le fichier de recettes des “caisses noires” », assure-t-il. Un fidèle qui connaît bien la direction belge confirme avoir eu connaissance de ces liquidités non déclarées et assure avoir déjà évoqué le sujet avec plusieurs religieux.

Des salariés au black

Ce système de caisse noire serait également présent dans de nombreuses associations de la mouvance, nous assurent le comptable et plusieurs fidèles (1). Il permettrait à ces structures de rémunérer des salariés non-déclarés.
Christiane (1), 62 ans, ancienne fidèle, a pendant un peu plus de dix ans été employée polyvalente dans plusieurs écoles, gérées par des associations locales de la Fraternité, indépendantes de l’association cultuelle de la FSSPX. Même après des années de distance avec l’église, le retour à la réalité est dur :

« En plus des dommages psychologiques. Pour ma retraite, c’est très compliqué. Je ne pourrai pas la prendre avant au moins dix ans. J’ai 62 ans, et je n’ai presque jamais cotisé. »

Elle était en charge de la vaisselle, du ménage, de la cuisine et de la surveillance des récréations. Parfois même le week-end. « Il fallait surveiller les enfants parce qu’ils ne partaient pas tous. Voilà. Faire les courses », nous raconte-t-elle :

« J’étais nourrie, logée, blanchie. Toutes les filles qui étudiaient leur vocation, comme moi par exemple, étaient au noir. Les profs étaient déclarés à mi-temps. »

Georges, l’ancien comptable, nous l’avait précisé :

« Pour des raisons de couverture sociale, les enseignants étaient souvent déclarés sous contrat d’emploi à mi-temps. Un équivalent de leur salaire global net leur était donné en espèces. Environ 50 pour cent déclarés, 50 pour cent au noir. »

Après presque une décennie au service d’un établissement, Christiane change de structure. Elle a travaillé pendant un an dans cet établissement scolaire. La pire année de sa vie, selon elle :

« C’était chez des sœurs de la Fraternité, qui s’occupaient d’une école de garçons. Pendant un an, je n’ai pas eu de fiche de paie. On m’a récupéré pour faire la cuisine. Pour me trimballer les gamins. Faire les courses. Au moins 20 personnes à nourrir. Il y avait juste 15 élèves. Une petite structure qui démarrait. »

Elle affirme avoir été payée en liquide :

« L’abbé, le secrétaire du prieuré. C’est lui qui me payait en espèces, 1.000 francs. Tous les mois dans son bureau. Ça ferait maintenant environ 150 euros par mois. Pour du 24 heures sur 24. »

Un ancien membre de la Fraternité nous explique que pour recruter ce personnel, les associations postent des annonces sur les sites internet de la mouvance. Officiellement, il s’agit de bénévolat. Nous repérons sur le site laportelatine.com, une annonce de ce type et décidons de postuler sous une identité d’emprunt. Au téléphone, le directeur d’un établissement scolaire géré par une association locale de la Fraternité, explique chercher quelqu’un pour de la surveillance scolaire, de l’aide aux devoirs et l’encadrement d’un internat. Il détaille ses critères de recrutement : il faut être pratiquant et… célibataire. Nous comprenons également que les temps libres sont peu nombreux. Vers la fin de l’entretien, le religieux parle de salaire. Extrait de la conversation :

« – On défraie à hauteur de 300 euros par mois. Voilà si vous avez besoin de…
– D’accord très bien. Du coup je dois vous donner un RIB, quelque chose?
– Euh non, pas besoin parce que…
– On fait ça de la main à la main ?
– Oui de la main à la main parce qu’il n’y a pas de contrat de travail, c’est du bénévolat. »

Du bénévolat, vraiment ? Pour l’inspection du travail « la situation [exposée] laisserait suspecter fortement un travail illégal. » (2) Contacté à postériori par StreetPress, le directeur de l’établissement, assure qu’il s’agit là de bénévolat :

« Les bénévoles (quand il nous arrive d’en accueillir) sont libres de leur emploi du temps. Par définition, ces personnes ne sont pas payées, elles sont remboursées de leurs frais, le cas échéant. »

Des entreprises

L’essentiel de l’argent de la FSSPX est géré par les différentes associations. Mais nous avons également recensé 13 entreprises périphériques à l’association cultuelle. Elles sont toutes domiciliées au siège de la Fraternité, dans la maison de maître du 11 rue Cluseret, à Suresnes.

À leurs têtes, on retrouve les principaux dirigeants de la FFSPX : l’économe du district de France, Vincent Quilton. L’assistant du supérieur, Loïc Duverger. Et l’abbé Emeric Baudot, économe général de la maison-mère, en Suisse. Parmi ces entreprises, on compte deux SARL de vente et d’édition de livres lefebvristes. Mais surtout une société de construction en bâtiment, cinq sociétés immobilières de location et gestion de biens et une Société Immobilière Familiale (SIF). Sans oublier les trois entreprises de support de programmes immobiliers. En tout, dix entreprises qui font de la Fraternité Saint-Pie-X un promoteur immobilier respectable. En 2017, l’une de ces six entreprises, la Société immobilière familiale (SIF), dégageait à elle seule 8.595 millions d’euros de bénéfices.

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/ Crédits : Tommy Dessine

(1) Les prénoms et certains éléments biographiques ont été modifiés à la demande de ces anciens fidèles, afin de garantir leur anonymat. Ils gardent des proches au sein de la Fraternité et craignent que ces derniers subissent des représailles.

(2) Les associations cultuelles nationales françaises et belges (responsable du district Bénélux) ont été contactées par StreetPress. Nous leur avons envoyé des questions précises. L’association belge a répondu par écrit qu’elle respectait scrupuleusement la loi « que ce soit relativement à la comptabilité ou relativement au travail fourni ». Ce mail laisse à penser qu’il vaut également réponse pour l’association cultuelle française, qui n’a pas répondu à nos demandes. Ces deux structures ne sont pas responsables des agissements des autres associations « locales » citées dans notre article, même si elles appartiennent à la même communauté religieuse, ce qui justifie de les présenter dans la même enquête. Nous avons contacté chacune de ces structures évoquées (même lorsque nous ne publions pas leurs noms). Nous avons intégré leurs réponses à notre article.


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