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    20 / 03 / 2019

    Le film était pourtant passé sur France 3

    La mairie du 20e arrondissement interdit la diffusion d’un documentaire sur les violences policières

    Par Christophe-Cécil Garnier

    Dans le cadre d’une semaine de lutte contre les discriminations, le collectif La Perm’ Belleville organisait la projection du documentaire Police, illégitime violence. La maire d’arrondissement, Frédérique Calandra, s’y est fermement opposée.

    Paris, 20e arrondissement - C’est dans l’école maternelle Pali-Kao que devait être projeté le documentaire Police, illégitime violence du réalisateur Marc Ball. Une projection organisée par le collectif La Perm’ Belleville, suivie d’un débat. Le lieu était emblématique, explique Baptiste Dupin, bénévole au sein du collectif :

    « C’est là que des jeunes du quartier ont grandi et où beaucoup d’entre eux se font contrôler au quotidien. Et la directrice de l’école était tout à fait favorable. »

    Mais vingt heures avant l’événement il est, avec d’autres membres de l’association, convoqué par Frédérique Calandra, la maire PS du 20e arrondissement. Pendant vingt-cinq minutes, l’édile leur fait part de son refus de voir projeté le documentaire dans un local propriété de la municipalité. Un « brûlot à charge contre la police », selon l’élue qui n’a pas donné suite à nos demandes d’interview (1). « Elle a parlé de Lamine Dieng (un jeune mort à Belleville en 2007 dans un fourgon de police lors d’une interpellation, ndlr) en disant en substance (2) : “Il n’est pas mort sans raison, il n’était pas tout blanc” », assure Baptiste :

    « Il y a eu des moments de grand n’importe quoi. Elle nous a dit qu’il y avait déjà des gens qui ont essayé de monter les jeunes contre la police, comme Dieudonné. »

    Des propos confirmés par un autre membre du collectif présent lors de la réunion, Omer Mas Capitolin. « Elle nous a carrément soupçonnés d’être des antisémites. Ça a été très violent pour nous », appuie le fondateur de l’association Maison communautaire pour un développement solidaire. D’après ce dernier, la maire aurait également rappelé que « c’était elle qui subventionnait l’association Pazapas », à hauteur de 2 ou 3.000 euros, selon Omer :

    « On a été obligé de lui rappeler que c’était l’argent du contribuable et qu’il n’appartenait pas aux élus, qu’ils devaient le gérer au mieux. Faire du chantage à la subvention, ce n’est pas supportable non plus. »

    Mme Calandra n’en est pas à son coup d’essai. Comme StreetPress le rapportait, en septembre dernier, la mairie avait décidé de retirer la subvention initialement accordée au Féministival en raison de la venue de la journaliste et essayiste Rokhaya Diallo. Les deux femmes ont un contentieux qui dure depuis quatre ans.

    Un documentaire diffusé sur France 3

    En apprenant la censure de son documentaire, le réalisateur Marc Ball est tombé de sa chaise :

    « Je n’ai pas le souvenir d’avoir entendu passer une histoire de ce type, la censure d’un documentaire passé sur le service public. »

    En effet, le film a été diffusé en novembre 2018 sur France 3 Île-de-France. « Lorsque les membres de l’association ont dit que c’était passé sur la chaîne, elle a répondu : “Mais maintenant, ils laissent passer n’importe quoi sur le service public” », détaille-t-il :

    « C’est impressionnant parce que ce n’est pas un brûlot. Les critiques de presse ont noté que, sur ce sujet très clivant, il y avait une forme de rigueur et une volonté de ne pas être manichéen, de voir la complexité ».

    Le film a tout de même été projeté dans le local de La Perm’ Belleville. « Il y a eu du monde », se félicite Baptiste. « Beaucoup de jeunes du quartier et un policier sont venus débattre. Lui n’a pas trouvé le documentaire à charge, il y intervient d’ailleurs ». La participation de certains agents dans le film et leurs réflexions sur la police auraient été un autre point peu apprécié par la maire PS. « On n’est pas dans une optique de partir en guerre contre la mairie. La violence n’était pas au rendez-vous, c’était plutôt le dialogue… Le fait qu’un policier vienne discuter avec des jeunes du quartier n’arrive jamais », abonde Baptiste :

    « Avec ce débat, on essayait de montrer que, de chaque côté, il y a des impossibilités de parler car il y a des pressions communautaires. Un jeune qui commencerait à parler aux policiers serait mal perçu et des policiers qui dénonceraient des actes de leurs collègues se feraient tout de suite harceler. »

    (1) Contactée à plusieurs reprises, la mairie du 20e arrondissement n’a pas répondu à nos questions.
    (2) Edit le 20/03/19 : Baptiste précise à StreetPress que la maire n’a pas prononcé mot à mot cette formule mais que c’était le sens de ses propos.
    Edit le 21/03/19 : Dans un communiqué, la mairie précise qu’elle ne pouvait pas mettre à disposition l’école en raison d’une convention votée par la Ville de Paris, qui prévoit une mise à disposition des locaux le samedi uniquement de 8h à 13h. Elle ajoute toutefois que Frédérique Calandra a « estimé qu’une école de la République n’était pas le lieu adéquat pour la diffusion d’un tel documentaire».
    Photo d’illustration de Yann Castanier : Le 26 mai 2018, lors de La marée populaire .

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