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    14/06/2022

    SOS Chrétiens d’Orient a tapé l’incruste

    Hidalgo prise en photo avec une association accusée de complicité de crimes de guerre

    Par Élie Guckert

    Fin mai, dans un hôpital en Arménie, la maire de Paris est tombée sur le directeur de SOS Chrétiens d’Orient, association d’extrême droite accusée de complicité de crimes de guerre en Syrie. Un coup de com sur le dos d’Hidalgo, assure son adjointe.

    C’est une simple photo diffusée sur les réseaux sociaux qui suffit à gâcher tout un voyage diplomatique en Arménie. L’image a été publiée le 28 mai par l’association SOS Chrétiens d’Orient. On y voit la maire de Paris, Anne Hidalgo, au Centre cardio-vasculaire franco-arménien situé à Goris. Elle est accompagnée de Franck-Mourad Papazian, président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) et du directeur général de SOS Chrétiens d’Orient, Benjamin Blanchard. Ce dernier, verre à la main, présente alors à Anne Hidalgo « les projets médicaux de SOS Chrétiens d’Orient dans la région ».

    Depuis, la maire de Paris est interpellée chaque jour sur les réseaux sociaux. Des élu.es de gauche, des antifascistes, ou encore des adversaires politiques lui demandent des explications sur cette drôle de compagnie. « Je soutiens avec force la cause arménienne. Mais jamais, vraiment jamais je ne me mêlerais à une association poursuivie pour complicité de crimes de guerre en Syrie », a tweeté Nathalie Loiseau, eurodéputée Renaissance qui s’est elle aussi rendue en Arménie en juillet 2021.

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    Anne Hidalgo, le président du CCAF Franck-Mourad Papazian (à sa gauche), et Nadia Gourtzanian (2ème en partant de la droite) posent avec Benjamin Blanchard (à l’arrière plan à droite) à l’hôpital franco-arménien de Goris, le 28 mai dernier. / Crédits : SOS Chrétiens d’Orient

    L’association SOS Chrétiens d’Orient est en effet dans le viseur du Parquet national anti-terroriste (PNAT) qui a confié à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH) une enquête préliminaire pour complicité de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, comme l’avait révélé Mediapart. Au cœur de l’enquête : ses activités en Syrie, où elle finance le régime de Bachar Al-Assad tout en collaborant avec des milices chrétiennes accusées de massacres de civils.

    « Ambiance non cosmopolite »

    Fondée par des militants d’extrême droite, SOS Chrétiens d’Orient a ouvert une mission en Arménie en septembre 2020 au moment de l’invasion du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan soutenu par la Turquie. Un conflit qui fait office de guerre des civilisations entre l’Islam et la Chrétienté pour les identitaires, dont certains ont pris les armes.

    Le premier directeur de la mission n’était autre que François-Xavier Gicquel, viré du Front national en 2012 pour un salut fasciste en hommage à Mussolini. Il avait été rejoint par Jérémie Piano, ex porte-parole du groupuscule dissout Génération identitaire, doublement condamné pour « incitation » et « provocation à la haine raciale » et candidat aux législatives sous la bannière Reconquête d’Éric Zemmour.

    Début mai, Benjamin Blanchard – ex assistant parlementaire de Jacques Bompard et de l’ancienne députée FN Marie Christine Arnautu – s’affichait quant à lui une nouvelle fois en Syrie aux côtés de Nabel Al-Abdullah. Ce seigneur de guerre syrien accusé de plusieurs massacres s’était fait remarquer début mars en appelant les Syriens à s’engager avec l’armée russe en Ukraine en posant à côté d’un cochon mort sur lequel était inscrit le nom de Volodomyr Zelensky.

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    Benjamin Blanchard (à droite), remet une lettre d’amitié à Nabel Al-Abdullah, chef de guerre accusé de crimes de guerre (à gauche, en treillis), début mai dernier en Syrie. / Crédits : DR

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    Les chefs de milice Simon Al-Wakil et Nabel Al-Abdullah, partenaires de SOS Chrétiens d’Orient en Syrie, posent avec un cochon où a été inscrit le nom de Volodomyr Zelensky, en mars dernier. / Crédits : DR

    En novembre, il discutait posément avec le militant d’extrême droite Henri De Lesquen de la part de « sang mongoloïde » ou « caucasoïde » des « Bosniaques », avant d’inviter les auditeurs de l’ancien directeur de Radio Courtoisie à rejoindre SOS Chrétiens d’Orient « dans une ambiance non cosmopolite ».

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    En novembre dernier, Benjamin Blanchard, directeur général de SOS Chrétiens d’Orients discutait avec le polémiste raciste Henri De Lesquen sur sa chaîne YouTube. / Crédits : DR

    Photobomb

    « Il n’y a pas eu de rencontre avec Benjamin Blanchard », coupe Anouch Toranian, adjointe d’Anne Hidalgo qui a participé au voyage. « Il se trouve, ce que nous ignorions, que SOS Chrétiens d’Orient finance dans cet hôpital l’achat d’un scanner. Leurs équipes se trouvaient donc là de manière fortuite et malheureuse. Nous ne savions pas de qui il s’agissait et on s’est retrouvés devant le fait accompli », explique-t-elle. Elle poursuit :

    « C’est un beau coup d’entrisme de leur part. La récupération du conflit par l’extrême droite, quand on connaît la détresse des populations sur place, c’est écœurant ».

    « On avait toute légitimité à être là », répond la responsable communication de SOS Chrétiens d’Orient. « On ne s’est pas du tout incrustés, nous sommes présents sur place 24h/24 depuis un an et demi », justifie-t-elle, tout en admettant que « si Mme Hidalgo avait su, j’imagine qu’ils auraient mis leur veto. Mais nous sommes présents sur le terrain. On ne peut pas faire comme si notre association n’existait pas. »

    Une association avec laquelle le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) s’est, en tout cas, déjà affiché. En novembre dernier, l’organisation représentative arménienne avait participé à une conférence organisée par SOS Chrétiens d’Orient en partenariat avec la mairie du 9ème arrondissement de Paris, dirigée par Delphine Bürkli, soutien de Valérie Pécresse. Contactés à plusieurs reprises, les co-présidents du CCAF n’ont pas répondu.

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