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    20/10/2022

    « Il est déjà Français. Il lui manque juste le bout de papier »

    Hermann Aka, le héros du Bataclan à qui on refuse la nationalité française

    Par Jeanne Casez

    Le 13 novembre 2015, Hermann Aka, vigile au Bataclan a guidé des spectateurs terrorisés vers la sortie et alerté des passants du danger. Malgré ces actes héroïques, la France lui refuse la nationalité pour une histoire de conduite sans permis.

    Vendredi 13 novembre 2015. Trois terroristes pénètrent le Bataclan et font feu sur le public d’un concert de métal. La musique se coupe, les lumières se rallument : la fête est finie. L’attentat le plus meurtrier de France vient de débuter. Vigile en poste ce soir-là, Hermann Aka ne pense pas à se protéger. Il dirige les spectateurs vers la sortie et traverse la rue sous une pluie de balles, pour alerter les passants du danger. Retenu ensuite pour témoigner au siège de la police judiciaire, le grand gaillard ivoirien rentre chez lui au petit matin. Seul à la maison, son fils de 11 ans l’a attendu toute la nuit.

    Aujourd’hui, Hermann se dit « professionnellement et familialement comblé ». Au prix de cinq heures quotidiennes dans les transports en commun, il jongle entre un poste de médiateur contre le décrochage scolaire au collège de Savigny-le-Temple (77), un nouveau contrat dans la sécurité, et sa petite dernière, âgée de deux ans et demi. Mais une brique manque à la reconstruction du père de famille : la nationalité française et, en filigrane, la reconnaissance officielle du pays qu’il habite depuis presque 40 ans.

    « Il est déjà Français, il lui manque juste le bout de papier »

    Hermann, 46 ans, a fui la Côte d’Ivoire quand il en avait cinq. Il enchaîne depuis les titres de séjour français. En 2016, quand un collègue et ami d’origine algérienne voit sa procédure de naturalisation accélérée pour acte de bravoure au Bataclan, le vigile ivoirien n’envisage pas de faire valoir son propre cas. « Je n’étais pas accompagné, se souvient-il. J’avais la tête ailleurs. »

    Il faut attendre 2018 et l’entrée d’Amélie dans sa vie pour que Hermann commence à penser à lui. Encouragé par sa nouvelle compagne, il demande la nationalité en 2019. Amélie, 37 ans et des yeux bleu océan, raconte :

    « J’étais confiante, pour moi, il est déjà français. Il lui manque juste le bout de papier. »

    La préfecture des Hauts-de-Seine en décide autrement. Un an et demi après le dépôt du dossier, elle adresse un courrier au domicile de Hermann. Demande de naturalisation rejetée.

    Un « motif de moralité »

    D’après le Code civil, « l’étranger qui a rendu des services exceptionnels à la France » peut obtenir la nationalité après un examen du Conseil d’État. Le préfet a retenu un autre article, le 21-23 :

    « Nul ne peut être naturalisé s’il n’est pas de bonnes vies et mœurs. »

    En 2003, Hermann Aka est arrêté pour détention de monnaie contrefaite mais l’affaire est classée sans suite. Interrogée par StreetPress sur l’ancienneté de ce manquement à la loi, la préfecture avance « un motif de moralité plus récent » pour justifier son rejet : il y a cinq ans, Hermann est condamné à 600 euros d’amende pour conduite sans permis. Une infraction commise par 770.000 conducteurs en France en 2019.

    Pour Marie-Line Pichery, maire de Savigny-le-Temple et employeur du médiateur scolaire :

    « M. Aka est aujourd’hui un républicain exemplaire. Au collège, il fait un travail exceptionnel. C’est lui qui empêche les jeunes de tomber dans la délinquance. »

    Indifférence des présidents

    « Difficile à digérer », la mauvaise nouvelle ne décourage pas pour autant la famille. Hermann formule un recours auprès du ministère de l’Intérieur. Mais le refus est confirmé six mois plus tard. En mars 2022, à l’occasion d’un hommage aux victimes du terrorisme, Amélie interpelle François Hollande, aux commandes lors des attentats de 2015. Il transmet sa carte de visite. Son cabinet lance des démarches, puis cesse de répondre.

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    Encouragé par Amélie, sa compagne, Hermann Aka demande la nationalité française en 2019 : « J’étais confiante, pour moi, il est déjà français. Il lui manque juste le bout de papier. » / Crédits : Jeanne Casez

    L’actuelle présidence n’en fait pas plus. Janvier 2020, Brigitte et Emmanuel Macron assistent à une pièce aux Bouffes du Nord. Quand des manifestants remontés contre la réforme des retraites tentent de pénétrer dans le théâtre, Hermann les retient à la porte d’entrée, aux côtés des forces de l’ordre. Une fois le calme rétabli, l’agent de sécurité aborde le chauffeur du couple présidentiel et lui fait part de son désir de devenir Français. On lui conseille d’écrire à l’Élysée. Pas de réponse.

    Sans la nationalité, le couple fait du surplace

    En août dernier, la préfecture incite finalement Hermann à réitérer sa demande de naturalisation, lien URL à la clef. « Comme si, depuis tout ce temps, on cherchait juste à savoir sur quel site s’orienter », lâche Amélie, dépitée. La responsable en gestion locative se dit « endurante avec l’administratif. Mais là, je dois reconnaître qu’ils m’ont eue. » Parfois, Hermann pense à laisser tomber :

    « J’aime ce que je fais, je sais ce que je vaux, à quoi bon rester dépendant de cette décision ? »

    Mais sans la nationalité, pas de titularisation au collège de Savigny-le-Temple pour le médiateur. Difficile donc, de contracter un crédit pour devenir propriétaire. Le couple fait du surplace.

    Le titre de séjour de Hermann expirera en 2024. Pour le renouveler, il devra fournir une quinzaine de documents à la préfecture. Prouver sa stabilité et son attachement à la République.

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