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    03/03/2010

    Haïti – Partie 3 : « Moi avant j’étais chef »

    Chômage et déclassement en Haïti, où les ONG croulent sous les CV

    Par Laura Aguirre de Carcer

    Hier instituteurs, informaticiens ou ingénieurs, le séisme a mis au chômage technique de nombreux Haïtiens. Prêts à prendre n'importe quel job, ils misent tout sur la présentation Word de leurs CV.

    Notre webdoc Haïti: Retrouvez la partie 1 Do you speak logbase, la partie 2 Laisse béton et la suite à venir sur StreetPress

    Le magasin d’informatique où travaillait Jean-Marc s’est effondré le 12 Janvier. En attendant sa réouverture, il a trouvé un boulot de chauffeur pour une ONG. La trentaine tranquille, l’air serein, il navigue dans les rues de sa ville natale, transportant les expats. Mais à la première réflexion sur sa conduite, à la première remarque un peu ferme, Jean-Marc élève la voix, et part au quart de tour. Histoire de marquer son territoire et de se faire respecter. S’il ne le vit pas trop mal, le déclassement reste un peu brutal. Alors, à qui veut l’entendre, il répète « moi avant j’étais chef ». Il ne lui reste que ces mots, son accent peu marqué, et son français soigné pour témoigner de son ancienne situation sociale.

    Claudy, la voix traînante, n’a pas eu cette chance. Ex administrateur dans une école, sa quête d’emploi reste vaine. « Je suis prêt à accepter n’importe quoi. Même pour un salaire deux ou trois fois inférieur à celui que j’avais avant, je prendrais le poste ». Pour lui, l’essentiel est de ne pas rester sans rien faire.

    Entre 500 et 600 CV reçus en 4 jours

    Sur le marché du travail haïtien, les ONG sont les derniers organismes à recruter. Depuis qu’il a lancé son appel d’offres, Guillaume Blanc, employé d’une ONG française croule sous les CV. Entre 500 et 600 CV reçus en à peine quatre jours. Des gens surqualifiés postulent pour des postes très variés, bien en dessous de leurs anciennes responsabilités. « Je me souviens d’un jeune homme au CV impeccable, bon diplôme en comptabilité, expérience comme chef pour un organisme réputé de microcrédit qui postulait pour un simple poste de trésorier lambda ».

    Lettrines, encadrés et pages de garde

    D’autres misent sur la méthode terrain. Un CV à la main, après être passés entre les mailles du filet de la sécurité, ils parcourent les allées de la Minustah, QG des ONG et des Nations Unies. La même pochette jaune standard, l’air un peu penaud, ils passent de bureau en bureau proposer leurs services. Pour se distinguer, ils misent tous sur la présentation Word de leurs CV. Lettrines gothiques, encadrés distingués, page de garde chiadée, ils regorgent d’inventivité pour taper dans l’œil de leur futur employeur.

    Niveau créativité, les informaticiens sont les plus délurés. La mise en page est leur première occasion de mettre en avant leurs aptitudes techniques. La nuit tombée, la plupart repartent bredouilles. Retour à la case débrouille. Les ONG, une solution d’urgence qui reste temporaire, en attendant la reprise de l’économie haïtienne.


    Endimanchés. Comme tous les dimanches, mais encore plus en ce dernier jour de deuil national un mois après le séisme, les Haïtiens se sont rendus à l’Eglise. Pour prier, se recueillir, se retrouver en communauté. Les interprétations du séisme divergent, mais dans cette société imprégnée de religion, ils sont nombreux à compter sur leur foi pour surmonter cette épreuve. Seul ou en famille, il est important d’être élégant, en blanc pour le deuil, galerie de portrait ce dimanche midi à la sortie des messes.

    Voir aussi :

    Partie 1: Do you speak logbase
    Entre beaux gosses bronzés et spaghettis auto-chauffantes, le kit de survie de l’humanitaire dans la logbase de Port-au-Prince

    Partie 2: Laisse béton
    En Haïti, la vie « comme si rien n’avait jamais eu lieu »

    Et la suite du webdoc à venir sur StreetPress

    Source: Laura Aguirre de Carcer | StreetPress
    Photo: A Port-au-Prince, Gaylord Van Wymeersch pour StreetPress

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