Morgane Merteuil, escort-girl, décortique les clichés de la télé sur la prostitution

Morgane Merteuil, escort-girl, décortique les clichés de la télé sur la prostitution

Parce qu'Enquête Exclusive ne parle que de « la partie émergée de l'iceberg »

Racolage | Interviews | par | 10 Mai 2012

Morgane Merteuil, escort-girl, décortique les clichés de la télé sur la prostitution

Sur StreetPress Morgane Merteuil taille Bernard de la Villardière « le seul mec qui arriverait à trouver des putes sur la banquise. » La boss du Syndicat des travailleurs du sexe fait ses 4 critiques aux émissions TV qui parlent de la prostituton.

Sujet de prédilection des « reportages » tendance racolage, la prostitution reste un thème maltraité par nos télés. Entre préjugés et approximations, difficile de se faire une idée claire du quotidien des putes en France. « Bernard de la Villardière, c’est le seul mec qui, s’il faisait un reportage sur la banquise, arriverait à y trouver des putes », rigole Morgane Merteuil, secrétaire générale du Syndicat des travailleur/se/s du sexe (Strass). L’intéressé lui-même ne semble pas démentir comme dans cette interview à Closer  : « Quand on découvre une ville et qu’on va voir l’envers du décor, hélas, on tombe souvent sur des histoires de prostitution, de pédophilie, de tourisme sexuel. » Morgane Merteuil, qui est aussi escort depuis deux ans, passe au cribble les principaux clichés sur la prostitution.

1Tapineuse ou pute de luxe : faites votre choix

Le cliché : A en croire la télé, les prostituées seraient toutes soit sur les trottoirs, soit dans des hôtels 5 étoiles à enchaîner les passes avec des multimillionnaires. Comme dans ce reportage sur « le plus grand trottoir de France » : le Bois de Boulogne.


[Le bois de Boulogne – C’est où ?]

Les grands jours c’est Holiday Inn !

2Les prostituées, toutes des victimes

Le cliché : S’il y a une chose qui agace la représentante du Strass, c’est d’être victimisée. Il ne s’agit pas de nier l’existence des réseaux, de la traite, ou de l’exploitation dramatique d’une partie des prostituées. Mais sur M6 ou ailleurs, on évoque peu celles et ceux qui sortent de ces schémas : « On ne prend pas en compte la notion de consentement, alors que c’est l’essentiel », explique M. Merteuil. Y compris pour les escorts ou on montre le plus souvent celles qui sont sous la coupe de leur conjoint.


On entend partout que 80% des filles sont sous la coupe d’un proxénète. Or ces chiffres sont basés sur les arrestations de la police

3La prostitution consentie, une aberration

Le cliché : Rares sont les sujets, qui comme ce reportage sur la Suisse, mettent en lumière le cas de femmes qui choisissent cette activité. Un discours difficile à entendre pour beaucoup de féministes favorables à l’abolition de la prostitution, et notamment les plus médiatisé/e/s. « Les abolitionnistes ne répondent pas sur ce qu’on dit, mais sur le fait qu’on parle. Si tu dis que tu as choisi ton boulot, on te dit que tu mens car t’as un mac. Si t’en as pas, c’est que t’as dû être agressée ou avoir des problèmes, et c’est un symptôme de ton mal-être. Ta parole est un symptôme », dixit la boss du Strass.

Le témoignage de Morgane Merteuil : « Ce boulot me manquerait si j’arrêtais. L’adrénaline de ne pas savoir qui on va avoir en face de nous, les rencontres que l’on peut faire… Parfois tu t’éclates, même si souvent tu dois sortir ce que t’as au plus profond de toi pour passer outre l’apparence et voir l’humain que t’as en face. Ca demande beaucoup de qualités : de l’empathie, un sens de la comédie, du jeu, de la compréhension. »

Comme beaucoup, Morgane a fait d’autres jobs avant, mais ne semble avoir aucun regret : « J’ai fait plein de boulots étudiants, garde d’enfant, ménage, distribution de journaux. J’ai fait des photos érotiques, c’était bien payé, mais poser c’est pas trop mon truc. Puis j’ai vu une annonce pour être hôtesse dans un bar à champagne, et c’est comme ça que j’ai commencé. »

Ce boulot me manquerait si j’arrêtais. L’adrénaline de ne pas savoir qui on va avoir en face de nous, les rencontres que l’on peut faire…

4Les clients sont des brutes

Le cliché : Lorsque l’on demande à Morgane Merteuil quel est le premier des préjugés auxquels elle doit faire face, elle n’hésite pas : la violence des clients. Quand ce n’est pas leur brutalité qui est mise en avant, c’est souvent l’expression « père de famille » qui revient pour décrire les clients de la prostitution.


En trois ans je ne me suis jamais fait agresser


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