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    28/05/2011

    Plutôt « G8 de Deauville » ou « Deauville pendant le G8 » ?

    Étape du tour de France ou émission de télé: Le G8 vu par les journalistes

    Par StreetPress

    Au G8 de Deauville les 4.000 journalistes ont eu le choix entre les communiqués de l'Élysée envoyés en .docx et regarder la télé pour trouver leurs sujets. Heureusement un petit air de Tour de France soufflait chez la presse locale.

    Centre de presse du G8 de Deauville – Vendredi 27 mai 12h35 « Ah ça oui! Les chevaux ils sont bien stressés. Il y a bien plus de bruit que d’habitude !». Une cavalière en tenue de polo l’a mauvaise alors qu’elle monte dans sa voiture garée sur le parking de l’hippodrome de Deauville-La Touque, bourré de bus géants aux vitres fumées et de camionnettes. Pour la fin de semaine les étalons et les juments des haras voisins n’ont plus d’intimité pour s’accoupler: 4.000 journalistes selon Le Figaro (2.500 selon Ouest-France) ont envahi l’hippodrome pour couvrir le G8. 

    Stefano, la quarantaine bien conservée fume sa cigarette à l’entrée de centre de presse: « Je traite des grandes questions internationales et beaucoup de people avec la grossesse de Carla ». Le correspondant du Corriere Della Sera décrit ce qu’il appelle « le paradoxe de Deauville »: « On est à Deauville pour regarder la télé: Je ne suis même pas allé à la salle des conférences ».

    Checkpoint Charlie De Deauville où se tient le G8 depuis la veille, la quasi-totalité des journalistes n’auront connu que l’hippodrome, qui fait office d’immense salle de presse. C’est là qu’ils grattent leurs articles ou font leurs interviews. Le matin, ils traversent Deauville en autocar affrété par le G8 pour rejoindre l’hippodrome. Et retraversent la ville en sens inverse le soir, arrêtés ici et là pour montrer patte blanche aux checkpoints.

    Accrédités d’un joli badge jaune qu’ils doivent garder autour du cou pendant l’intégralité de leur séjour, les reporters sont les seuls – avec les techniciens (badges gris) – à pouvoir profiter de « la plus grande rédaction du monde », dixit Ouest-France. Un JRI de France 3 « pas vraiment habitué aux événements internationaux » est émerveillé: « Ça a vraiment de la gueule, il y a au moins 40/50 positions de plateau ».


    Afficher Hippodrome de Deauville sur une carte plus grande

    Dans une carrière de journaliste de PQR, des événements comme ça t’en a pas 50

    Camps retranché Mais StreetPress n’est pas autorisé à visiter « la tente de 10.000 m² » aux « 1.000 postes internet, 220 téléphones et 90 cabines de télévision » et se fait même expulser du parking pourtant beaucoup moins sexy. «Contrôle d’identité ! Non, non, non c’est pas bon: c’est fait que pour la ville vos badges. » Un agent de sécurité mi-ours mi-loutre convainc l’équipe de déguerpir en se montrant un brin tactile: « On ne vous détaille rien du tout, si vous êtes trop insistants vous allez finir la journée au poste».

    Deauville en All Inclusive Impossible donc de profiter du buffet gratuit mitonné par les cuisiniers du groupe Barrière qui a remporté le marché (« excellent » selon un journaliste qui couvre les sommets depuis 20 ans) ni de ses vendeurs d’artisanat comme Jean et Béatrice des tricot Saint-James: « A l’intérieur il y a 15 exposants. Beaucoup de stands de Calvados ! Les Japonais adorent ça ! ».

    Les journalistes « ne sortent pas du tout pendant 48 heures », raconte Jean-Christophe, reporter à Ouest-France : « Ici c’est hôtel-navette-checkpoint-centre de presse-navette-checkpoint-hôtel. ». « C’est vrai que j’aurais pu rester à Paris », s’amuse Stefano le correspondant italien du Corriere Della Serra. La formule all inclusive, inclut aussi une sacoche pour chaque journaliste, avec stylo et calepins siglés G8, mais aussi parapluie, caramels et carte Michelin et… « une montre pour être à l’heure aux points presse », vanne Loic Réchi de Slate , l’autre seul journaliste dépêché sur place par un site d’info pure player. Sur Twitter, Julie note que la déclaration finale du G8 est désormais diffusée en .docx aux journalistes : plus besoin de retaper le texte, il suffit de faire un copié-collé.


    Les cars de tourisme pour journalistes

    Des journalistes qui s’interviewent entre eux Une fois écrites les brèves sur l’environnement, la sécurité, la grossesse de Carla Bruni, le FMI et les pays arabes, les journalistes n’ont plus grand chose à faire. « Hier je vois un attroupement gigantesque dans la salle de presse. Je me demande ce que c’était et je vois un journaliste canadien en train de se faire interviewer par tout le monde ! » chambre un rédacteur d’un journal local.

    La vérité, c’est qu’il n’y a pas vraiment autre chose à faire, puisque hormis les journalistes accrédités directement par l’Elysée, les autres n’ont pas accès à la « zone 1 », celle où se retrouvent les délégations. Ils doivent attendre la venue des délégués et des « sherpas » qui voudront bien leur faire une petite visite dans le centre de presse, situé lui en « zone 2 ».

    Un des 37 journalistes de l’AFP qui couvrent le G8 a bien une idée originale: « Il y a un sujet à faire rien que sur les barrières. Ça a du coûter un fric fou ! Ils les ont amenées de Paris avec des camions spéciaux ! ». Mais il doit se raviser plutôt dégouté: « De toute façon on est en grève à partir de 18h à l’AFP. Les dépêches ne vont pas sortir … Là on est en grève depuis 2 minutes ! ». Dur.

    Tour de France Ceux qui s’éclatent le plus sont ceux de la presse-locale. D’ailleurs ce sont les seuls qui font la fête dans les bars de la ville après leurs heures de service. « Dans une carrière de journaliste de PQR, des événements comme ça t’en a pas 50 », s’enthousiasme Jean-Christophe de Ouest-France.

    France Bleu Normandie est sur place « depuis 10 jours » et assure deux directs « un le matin et un en fin d’après-midi » dans un café de la ville transformé en studio. « J’ai fait les restaurants, la sécurité, les pêcheurs de Trouville, la thalasso – ils ont perdu 50.000 euros ! », raconte une journaliste. « C’est comme une première étape de Tour de France dans la ville où tu bosses, complète son collègue » de Ouest-France. La journaliste radio de conclure : « On n’est pas là pour le G8 de Deauville mais pour Deauville pendant le G8. ».

    Pendant ce temps, StreetPress couvrait aussi le G8 en zone 2. Mais dans Downtown Deauville, au Morny’s. Le reporter de l’AFP venu poser son ordi à côté de nous: « Vous êtes bien mieux ici ! L’hippodrome, c’est une énorme usine. Y’a du bruit, il fait chaud ! ». En plus il n’y a pas d’agents de sécurité malpolis.

    De toute façon on est en grève à partir de 18h à l’AFP. Les dépêches ne vont pas sortir …


    France Bleu sous le soleil

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