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    12/11/2012

    Si tu as envie de rendre hommage à Patrick Swayze

    J'ai testé la fièvre du samedi après-midi au thé dansant de l'Olympiade

    Par Carole Bailly

    « Je vais vous voler votre fiancé. » Énorme ambiance au thé dansant de l'Olympiade, où Carole, notre reporter/danseuse de choc, est allée tester si elle valsait aussi bien « que la Belle et la Bête ». Show must go on.

    Quand ? Le lundi, le vendredi et le samedi de 13h à minuit – sachant que de 13h à 14h30, si tu es débutant, tu peux prendre des cours gratuits. Après, c’est free danse pour tout le monde.

    Où ça se passe ? Les thés dansants poussent comme des champignons depuis quelques années à Paname, certains plus ambiance night-club pour seniors, d’autres jouant la carte du rétro à fond avec de vrais bals. Le nôtre se situe sur la Dalle des Olympiades, en plein cœur du 13ème et de son large quartier chinois. Et c’est ici qu’une étrange pagode abrite « Intensive Dance », un club spécialisé dans les danses rétros.

    Le prix ? 7 euros à partir de 14h30 – avant, le cours est donc gratuit.

    Le dress code Chaud cacao. Bien que le« videur » à l’entrée ne fasse pas le tri et nous laisse entrer en jeans et baskets, la majorité des danseurs se sont mis sur leur 31. Les femmes, très maquillées, talons aiguille/robe bustier pigeonnant/jupes à volant ont une classe folle. Les hommes ne dépareillent pas. Une belle occas’ de ressortir robe à paillettes, nœud pap’, chemise à jabot et talons de 10 centimètres.

    L’ambiance Saturday night fever Vs La boom. Les lumières s’éteignent d’un coup (alors qu’il est quand même encore tôt dans l’après-m’), la boule à facettes et les petits lampions vous plongent direct dans l’ambiance. Les musiciens (Les Dany Salmon Junior) débutent les hostilités par une sorte de flamenco enflammé. Tout de suite, un couple de minuscules Chinois s’élance sur la piste et commence à danser un mélange de country/claquettes/disco assez ahurissant. Un hommage à Tarantino, peut-être.

    Autour de la piste, sagement assises, les moins chanceuses attendent, un gobelet à la main, qu’un cavalier vienne les inviter. Comme quoi, qu’on ait 12 ou 75 ans, la logique reste la même. Et elles sont nombreuses à attendre parce qu’en moyenne, pour un danseur, il y a quatre ou cinq danseuses. Autant dire que la vue de mon cavalier, un rugbyman blond aux yeux bleus de deux mètres dansant à la perfection la valse viennoise et la serviette turque (chachacha), affole ces dames. On vient s’enquérir de notre situation matrimoniale : « c’est votre fiancé ? » Une autre grand-mère aux épaules carrées et à la mine sévère, le tee-shirt à fleurs sentant bon la sueur, me balance cash : « Je vais vous voler votre fiancé. » J’attends qu’elle se marre. Non, elle ne plaisante pas.

    Le goût du thé Si tu viens pour déguster du thé, tu vas être déçu puisque c’est un thé dansant… sans thé. En même temps, tourbillonner avec une tasse de liquide brûlant entre les mains pourrait être un chouïa dangereux. Quant à l’alcool, il est strictement prohibé. Tu auras donc le choix entre de l’eau et du jus d’orange, et vu la chaleur qui règne, c’est pas du luxe.

    La honte du jour Pendant que la grand-mère mastodonte tournoie virilement avec mon « fiancé », un trentenaire, petit col de polo relevé, vient m’inviter à danser. Mais une évidence s’impose dès les premiers pas de danse, nous sommes, et de très loin, les pires danseurs de la salle. Au bout de deux minutes de trébuchage et de demi-tours pas contrôlés, le danseur novice me lâche les mains et me dit tout simplement qu’il « n’arrive pas à danser avec moi ». J’insiste, vexée du manque de patience de mon acolyte, mais il me désigne une superbe danseuse, en pleine rumba endiablée avec un petit octogénaire : « C’est ma copine ». Ok, j’abandonne et pour me donner une contenance, j’esquisse quelques pas de salsa. Show must go on.

    Dur ou pas dur Dur. Mes notions en termes de valse se limitant à quelques extraits de VHS Disney, souvenirs du fin fond de mon enfance, dans lesquels la Belle et la Bête ou Anastasia et son prince tournoient tranquille Emile. Easy quoi. Oui, sauf que Walt Disney est un beau tissu de mensonges. Non seulement, vous devez glisser avec grâce et légèreté en comptant vos pas, mais en plus, interdiction de regarder vos pieds. Le buste aussi droit et immobile qu’une statue, vous devez regarder par-dessus l’épaule de votre partenaire, en n’oubliant pas, bien sûr, de sourire. Allez-y, essayez pour voir.

    Le potentiel de dangerosité Elevé. La densité humaine est impressionnante. À mesure que l’après-midi avance, la foule se fait compacte et la piste de danse devient un véritable champ de mines où chaque pas est une occasion de se faire transpercer le pied par un talon, recevoir un douloureux coup dans les tibias (charleston), un franc coup de coude dans les cotes (rumba) ou un sympathique coup de bélier dans la tête (tango).

    Le petit conseil Venir accompagné d’un cavalier est un atout non négligeable lorsque vous êtes une grosse buse vous ne maîtrisez pas toutes les subtilités de la danse de salon comme votre reporter ici présente. Cependant, soyez alerte. Sous leurs innocentes mises en plis, vos concurrentes ont des esprits de stratèges et n’hésiteront pas à vous le dérober à la première baisse d’attention de votre part.

    La note finale 8/10. Même si on n’a pas bu de thé, et que la chance de repartir avec un(e) des cavalier(e)s est proche de zéro (à moins d’être branché sugar daddy ou cougar). Moins cher qu’une boite, moins glauque aussi, à mon humble avis, avec des gens sobres qui dansent vraiment bien. Bref, la vieille conne réac qui sommeille en moi adore.

    Une belle occas’ de ressortir robe à paillettes, nœud pap’, chemise à jabot et talons de 10 centimètres.

    Walt Disney est un beau tissu de mensonges

    « Je vais vous voler votre fiancé. » J’attends qu’elle se marre. Non, elle ne plaisante pas.

    Bref, la vieille conne réac qui sommeille en moi adore.

    Pour y aller Dalle des Olympiades, 105 rue Tolbiac, Paris 13

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