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    11/03/2013

    Et si on expulsait Frigide Barjot vers la Pologne ?

    A Varsovie, on a voté contre l'union civile

    Par Morgane Carré

    «La jeunesse polonaise est conservatrice» explique Piotr, étudiant à Varsovie où le parlement a rejeté le projet de loi sur l'union civile. Marre de Frigide Barjot ? Sachez qu'en Pologne, elle passerait pour une petite joueuse.

    A Varsovie, pendant que nos députés à nous s’écharpaient sur les bancs de l’Assemblée nationale, le Parlement polonais votait non à un semi-PACS ouvert aux personnes de même sexe. Le jeudi 25 janvier, une majorité de 228 députés contre 211 a rejeté le projet de loi du parti majoritaire de centre droit Plateforme Civique (PO), qui devait rendre possible l’union civile. L’objectif de ce projet de loi retoqué était de pallier au vide juridique pour les couples homosexuels.

    C’est dans un petit restaurant invisible de la route que j’ai rencontré Zofia Jablonska, devenue militante pour les droits des LGBT « par coïncidence ». Juriste de formation, passionnée par les questions touchant aux droits de l’homme, elle est à 30 ans la secrétaire générale de l’association Campagne contre l’homophobie (KPH).

    Homophobie en vogue « Cela a certainement quelque chose à voir avec la crise ». Depuis deux ou trois ans, me raconte Zofia, les groupes d’extrême droite défilent, bannières au vent, chaque 11 novembre. Après le défilé emmené par le Président de la République en ce jour de fête nationale, la ville est le théâtre de heurts causés par des extrémistes de tous poils. L’an dernier, c’est la communauté LGBT qui a été particulièrement visée, avec plusieurs saccages de locaux associatifs. L’association KPH n’a elle reçu qu’un mail de menaces : « nos bureaux ne devaient pas être sur leur route », rigole Zofia… Pour l’activiste, les homos sont plus menacés en Pologne aujourd’hui qu’il y a encore quelques années.


    Zofia : « Cela a certainement quelque chose à voir avec la crise »


    En 2011, un parti d’extrême droite placardait ses affiches dans les rues, dans le cadre d’une campagne « tarlouzerie interdite »

    Tenir sa langue En Pologne, l’homophobie est visible dans les rues (voir ci-dessus), mais aussi sur les bancs du Parlement. Le Président de la République BronisÅ‚aw Komorowski (centre droit), a appelé la droite à «tenir sa langue autant que possible, afin de ne pas heurter les sentiments de leurs concitoyens quelle que soit leur orientation sexuelle. » Dans l’hémicycle, Krystyna Pawlowicz une députée de Droit et Justice (PiS – droite conservatrice), avait estimé que « les relations entre deux hommes sont contre la nature »

    Starbucks Piotr MicuÅ‚a, grandes lunettes et look de dandy est étudiant à l’Université de Varsovie en droit et philo et à la Warsaw School of Economics. On le retrouve dans « le premier Starbucks de Varsovie », où il boit son cappuccino. Bénévole pour la Fondation Responsabilité Civile (FOO), il se considère, à 22 ans, comme un activiste et revendique des valeurs conservatrices.

    Pourtant, l’union civile ne lui posait pas de problème « quand on sait que plus de 90% des couples unis par ce type de contrats dans d’autres pays sont des couples hétérosexuels… ». « Parfois, tout n’est question que de sémantique » : il ne s’agissait pas, en Pologne, de mariage homosexuel. Il faudrait pour cela une réforme constitutionnelle, puisque la Constitution de la République de Pologne définit le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme. En tout cas « pour une fois, le Parlement a vraiment exprimé l’opinion de la société ». Les sondages sortis après le vote ont en effet montré que 55% des Polonais s’opposent à l’union civile. Et Piotr de pronostiquer :

    « Peut-être qu’il était trop tôt pour faire passer cette loi. Peut-être que dans dix ans, ce sera possible. Mais pour le moment la jeunesse est conservatrice et le gouvernement a peur de proposer des idées trop progressistes, et de perdre le pouvoir. »


    Piotr : « Peut-être que dans dix ans, ce sera possible »

    lutte contre l’homophobie Quelques semaines après le vote contre l’union civile au parlement, le parti au pouvoir proposait d’amender les articles du chapitre 32 du code pénal sur les « crimes de haine ». Alors que les crimes motivés par une haine raciale ou religieuse sont punis de peines plus lourdes, l’amendement proposait d’élargir la loi aux agressions contre d’autres minorités, comme les minorités sexuelles.

    Sauf que les ONG LGBT n’ont pas souhaité soutenir l’amendement. En cause, la formulation de l’amendement qui stipulait :

    « Si un crime est commis sur la base d’une caractéristique naturelle ou acquise »

    Pour les associations de défense des homosexuels, l’amendement frisait avec l’homophobie. Zofia s’explique :

    « La législation pénale est censée être le dernier recours. Elle doit être la plus précise possible ! […] Pourquoi rendre cela plus difficile pour les juges? […] Ils ont peur du mot “orientation sexuelle”. »

    En essayant de lutter contre l’homophobie en Pologne, la majorité au pouvoir marche sur des œufs, dans un pays où la religion et ses tabous sont encore très présents.

    Pour le moment, l’affaire est en suspens. Le Premier ministre a également promis un nouveau projet de loi sur l’union civile.

    En attendant, une campagne d’affichage lancée au début du mois par l’ONG de Zofia devrait faire trembler ceux qui ont dit « non ». Intitulée : « Les parents osent parler », elle met en scène des hommes et des femmes accompagnés de leurs parents (voir ci-contre). Ce sont ces derniers qui parlent : « mon fils m’a appris l’importance d’être soi-même », ou « ma fille m’a appris le courage ». Des témoignages placardés sur les murs, pour que peut-être un jour, la Pologne dise « oui » à une union civile pour tous.


    « Mon fils m’a appris l’importance d’être soi-même »

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