Les ateliers de réparation de vélos victimes de leur succès

Les ateliers de réparation de vélos victimes de leur succès

l'Atelier vélorutionnaire compte 2.000 adhérents, mais pas assez de bénévoles

Pédale | Reportages | par | 8 Mai 2013

Les ateliers de réparation de vélos victimes de leur succès

« Faites la vélorution! Ne jetez plus vos vélos, apprenez à les réparer. » Le slogan attire le chaland et des milliers de parisiens adhèrent aux associations. Revers de la médaille, l'esprit coopératif disparaît.

Paris 20e, rue Pierre-Bonnard – Vendredi après-midi, une quinzaine de personnes se serrent dans le local exigu de la Cyclofficine de Paris. L’atelier de réparation de vélos a du succès. Tellement que certains retapent leur vélo sur le trottoir d’en face, à l’ombre des arbres en fleur. « Excuse-moi, je peux prendre la pince ? », demande un bricoleur du vendredi à son voisin de trottoir. Ici, c’est à chacun de réparer son vélo, grâce au matériel et aux pièces mis à disposition. Sur les murs, cadres et pneus s’alignent, tandis que les jantes, classées par taille, sont suspendues au plafond.

Quelques bénévoles font du rangement et filent un coup de main à ceux – nombreux – qui ont besoin d’aide. « 80 % des gens qui viennent n’y connaissent rien. Ils ne savent même pas changer une roue », s’amuse Marie. La vingtaine, vêtue d’un tablier de mécanicien, elle est « bénévole à temps plein » dans l’atelier. Ouverte il y a un an, la Cyclofficine fonctionne sur le principe de l’échange de connaissances : chacun doit s’acquitter d’une cotisation annuelle de 15 à 20 euros, mais surtout mettre la main à la pâte pour aider les autres. Dans les faits, l’aspect collaboratif s’étiole peu à peu.

Self-service Difficile en effet de motiver les adhérents pour qu’ils reviennent une fois leur pneu réparé. Charline, bénévole à l’Atelier vélorutionnaire – un atelier de réparation rue Jacques-Cœur, tout près de Bastille – le reconnaît, « l’entraide, ça marchait mieux avant ». Nombreux sont les adhérents comme Nicholas, un Américain installé en France, dans le 15e, qui ne viennent que par obligation. « Je viens parce que mon vélo a besoin de quelques réparations », admet-il alors qu’il démonte son pédalier. Comme la plupart, il ne reviendra sans doute pas.

Débutante À la Cyclofficine, parmi les petits nouveaux, Maha, armée d’une clé à rayons, est occupée à dévoiler sa roue arrière. La quarantaine, cheveux courts et veste de costard, cette Parisienne s’apprête à ouvrir une boutique de vente de vélos vintage. C’est la première fois qu’elle vient dans un atelier. Elle avoue être venue pour apprendre à réparer un vélo. Un peu étonnant pour une future vélociste. « Je sais quand même faire quelques trucs, comme changer un câble de frein », se justifie-t-elle. Mais elle non plus n’est pas certaine de repasser pour aider les autres adhérents. « Si ça touche à gauche, il faut que tu resserres à droite. Non, là tu desserres… » Penché sur le dévoileur de roue, Timothée aide Maha dans ses réparations. Cet étudiant en grec, aux cheveux rasés et aux grosses lunettes, est arrivé à la Cyclofficine la semaine dernière. Il s’est donné pour objectif de passer à l’atelier au moins deux fois par semaine. Mais seulement pendant deux mois. « Après je pars de Paris », confie-t-il. « C’est un des grands problèmes, c’est difficile de fidéliser les gens », explique Marie. Et souvent les ateliers manquent de bénévoles.

Je sais quand même faire quelques trucs, comme changer un câble de frein.

Succès Depuis qu’ils ont pignon sur rue, les ateliers se sont démocratisés. La Cyclofficine a enregistré près de 900 adhésions en à peine un an. Quant à l’Atelier vélorutionnaire, ouvert il y a un an lui-aussi, il compte désormais plus de 2 000 adhérents. Mais seulement une trentaine de bénévoles. « Certains jours, on n’a pas pu ouvrir l’atelier car il n’y avait pas assez de bénévoles pour l’encadrement. », admet Ulysse, un étudiant en chemise à carreaux, barbe de trois jours et cambouis plein les doigts, lui-même bénévole à l’Atelier vélorutionnaire. « Les gens qui viennent ne sont pas du tout dans le principe de l’autogestion », explique Marie. Avant de reprendre, « on leur apprend l’autonomie, les principes de fonctionnement de l’atelier mais ça entraîne beaucoup de parlotte. » Car avec la démocratisation, un autre type de public est arrivé : moins habitué à pratiquer l’entraide et moins motivé pour prendre part à la vie de l’atelier. « Le fait d’être trop accessible nous a fait perdre les militants de la première heure », commente un peu déçue la militante. La rançon du succès !


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