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    06 / 06 / 2013

    L'expert en binouze Antoine Vidal saura-t-il reconnaître une 8,6 au premier coup de narine ?

    On a défié le meilleur biérologue de France

    Par Benjamin Bultel

    « On s'imagine très bien dans un champ de jonquilles au printemps avec de la rosée. » Antoine Vidal se fait poète quand il s'agit de renifler une bière. Pas facile pourtant pour l'expert de reconnaître les marques sans leur étiquette.

    Dans l’entrée de l’appartement d’Antoine Vidal, à Levallois-Perret, pas très loin de la mairie des époux Balkany, deux décapsuleurs traînent. Et au sommet d’une bibliothèque encombrée de BD et de mangas, trône un trophée. Celui de meilleur jeune biérologue de France. Ce n’est pas une profession à part entière mais une occupation encore peu connue, annexe aux métiers de l’hôtellerie, qui consiste à étudier la bière, conseiller les amateurs ou accorder cette boisson aux mets. L’équivalent de sommelier, mais pour la bière. Antoine Vidal a remporté le concours organisé le 21 mai dernier, au Centre Pompidou. En dernière année d’étude au CFA Médéric, une école d’hôtellerie à Paris, le jeune homme alterne semaines de cours et de travail dans le restaurant de Michel Rostang (deux étoiles au Guide Michelin).

    Streetpress a mis au défi le palais du meilleure biérologue de France. Saura-t-il reconnaître la Kro sans alcool ou la bière préférée des punks à chien : la Bavaria 8.6 ?

    C’est quoi, un biérologue ?

    Le biérologue est la personne qui se spécialise pour promouvoir le produit bière, l’ensemble de la culture bière, au delà de la dégustation, avec le service, l’accompagnement des plats. Il trouve de nouvelles saveurs et les fait découvrir. Le but d’un biérologue, c’est de remettre la bière sur un piédestal. La bière est un produit noble car il est issu de matières nobles, de la terre. Mais elle a été trop souvent galvaudée et résumée à une boisson gazeuse qui fait pisser.

    Dans les bars, il y a souvent très peu de choix ou alors ce sont toujours les mêmes bières, celles des grands groupes. Ça participe à une uniformisation du goût de la bière. Il faut ouvrir les yeux aux gens… ou plutôt la bouche. Mais biérologue, ce n’est pas un métier en soit. C’est plus dans l’action que tu mènes. Par exemple, un biérologue dans une chaîne hôtelière va travailler avec des micro-brasseurs locaux pour créer une carte originale. Idem dans le monde de la cuisine : il va pouvoir utiliser la bière pour ses plats.

    Et comment tu vois ta future activité de biérologue ?

    Moi mon but c’est d’avoir ma propre affaire. De créer un restaurant, un lieu culturel, de spectacle. Maintenant, j’aimerais ajouter une spécificité autour de la bière, faire partie de ces établissements en France qui sont là pour faire découvrir de nouvelles saveurs. J’ai une priorité dans le monde brassicole, c’est d’aller à la rencontre des petits brasseurs, pour découvrir leur travail et le promouvoir. Après, ce qui m’intéresserait aussi, ça serait de brasser ma propre bière, mais je n’ose pas trop le dire. N’ayant aucun pied à l’étrier, c’est un peu délicat de dire « Bah ouais, je ferais bien brasseur, maintenant que j’ai gagné le concours ». Gagner ça fait plaisir, mais ce qui m’intéresse d’abord, c’est de rencontrer des gens, d’avoir des contacts dans le milieu.

    La bière a été trop souvent galvaudée et résumée à une boisson gazeuse qui fait pisser
    Gagner ça fait plaisir, mais ce qui m’intéresse d’abord, c’est de rencontrer des gens

    Comment est née ta passion pour la pression ?

    Ça me vient de mes parents. Surtout de mon père, qui, sans être un fin connaisseur, aime beaucoup les bières de dégustation. Je me souviens de la première fois que j’ai goûté – attention, pas bu – une bière, je devais avoir cinq ou six ans. C’était en vacances en Belgique, avec mes parents, pendant l’été. Ça faisait une semaine que je les voyais prendre une bière à la terrasse et ils m’ont laissé tremper les lèvres. C’était une Blanche de Bruges. Ça m’a vraiment marqué, ce goût citronné, de froment, cette légère amertume. Ça m’a inconsciemment rappelé le cidre que j’avais déjà goûté chez mon grand-père. Et depuis, j’ai développé mon goût au fur et à mesure.

    L’idée de participer au concours est venue un peu par hasard. En première année de CFA, j’ai fait un voyage scolaire en Irlande et j’ai rencontré un des profs de l’établissement, Christophe Husson, le prof des barmans. Il préparait déjà le concours avec une de ses étudiantes, qu’il a emmenée en demi-finale. Il a appris que j’étais passionné de bière et il m’a proposé de tenter le concours l’année d’après. Du coup j’ai commencé un entraînement, notamment au cocktail à base de bière, ce qui n’est pas ma spécialité. J’ai apporté beaucoup de bières. On les a dégustées ensemble et j’ai rédigé des fiches de dégustation où je décrivais les sensations apportées par chaque bière au niveau des cinq sens.

    Ça bouge dans le monde de la bière ?

    Au début du 20e siècle, on buvait de la bière pendant les repas, maintenant, ça s’apparente plus à une boisson festive, d’événement ou d’apéritif. Or, l’avantage de la bière, c’est qu’il s’agit d’une boisson qui peut être bue à n’importe quel moment de la journée. Bien sûr, si tu commences à boire de la bière à neuf heures du matin, il faut se poser des questions, c’est quand même de l’alcool… Et puis, il y a un tel renouveau du milieu de la bière, surtout émanant des micro-brasseries. Dans les années 80, il restait 5 micro-brasseries en France, maintenant, il y en a plus de 400. Il y a un véritable engouement pour la bière, toutes les régions de France se remettent à en faire.

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