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    09 / 07 / 2013

    Avec des médailles en chaises musicales et bataille de polochons

    Les Tamouls organisaient leurs Jeux Olympiques à La Courneuve

    Par Matthieu Bidan

    Pour cette édition des JO Tamouls, les t-shirt « Tamil 4 ever » étaient de sortie, assortis avec des coupes de beaux gosses, cimentées au pento. Une belle occase pour « trouver des go » et jouer au foot mais aussi lutter pour le Tamil Ealam.

    Cérémonie d’ouverture en grande pompe avec levée des drapeaux et allumage de la lampe d’honneur. Le dimanche 7 juillet, ce ne sont pas les Jeux Olympiques qui ont eu lieu dans le parc de La Courneuve, mais « la Grande Rencontre Sportive Tamoule ».

    À deux pas des tours et des barres de la Seine Saint-Denis, le parc qui longe l’aéroport du Bourget accueille près de 5.000 Tamouls, sur les 70.000 qui vivent en France. Pas très loin de la Chapelle où les premiers Tamouls sont venus s’installés dans les années 80 et au cœur du 93 – le fief de la communauté – l’évènement permet aux expats de pratiquer des sports qui n’existent qu’au pays. Mais aussi de continuer symboliquement la lutte pour la création d’un état tamoul au Nord du Sri Lanka, le Tamil Ealam.

    Tamil 4 ever Au programme de la journée : une dizaine de sports et d’animations. Comme cette partie de chaise musicale où un groupe de d’enfants court dans tous les sens devant les yeux de leurs parents. « C’est un jeu très populaire chez nous » explique Tarshan, 31 ans, un des organisateurs avec son gilet jaune sur le dos et jamais loin de son talkie-walkie.

    Ce « chez nous », c’est le Sri Lanka, le pays dont sont originaires la plupart des Tamouls. Mais les plus jeunes, nés en France, ont tendance à délaisser ces traditions du pays. Trois beaux gosses qui passent par là avec des t-shirts « Tamil 4 ever » sont venus pour autre chose que les chaises musicales et les samossas. « On est là pour les go (ndlr : les meufs) » explique sans détour Kabilan, le leader du petit groupe. « Il y a moins de monde, les gens partent en vacances. Ils vivent comme des Français maintenant », regrette un des organisateurs Balachandran, la cinquantaine bien tassée.


    Comment on dit les Dalton en tamoul ?

    Bataille d’oreiller Le clou du spectacle de la journée c’est sans conteste cette bagarre d’oreiller sur une barre de fer perchée à hauteur d’homme. Vikram Benny, rayban sur le nez et parapluie orange au-dessus de la tête, est venu assister à ce combat inédit : « Avant il y avait des jeux avec des taureaux, mais c’était trop dangereux donc on a arrêté. » À la place, les deux combattants sont perchés sur une barre de fer, une main dans le dos, l’autre agrippant un oreiller avec lequel ils s’assènent des coups au visage. 3 rounds. Le premier qui tombe a perdu. En finale, les deux Tamouls les plus costauds enchaînent les coups sans sourciller, accompagnant les frappes de polochons de cris à faire pâlir les joueuses du central de Roland Garros. La foule, elle, s’agglutine et à mesure que les coups s’enchaînent, la pression des spectateurs s’intensifie. Dix échanges d’oreiller dans la face plus tard, et une ou deux esquives bien senties, c’est le plus baraqué qui plie sous les coups répétés de son adversaire.


    Olivier Chiabodo en arrière plan

    À côté de cette décharge de testostérone, les enfants en bas âges et les personnes âgées profitent des rares parcelles d’ombre sous une tente. La température caniculaire ne semble pas gêner les joueurs de football qui enchaînent les matchs. Sur le terrain, la bande-son ambiance Slumdog Millionnaire que crachent les enceintes mal réglées, couvre les cris du gardien. Un peu plus loin sur la droite, sous un soleil de plomb, trois terrains de volley où plusieurs équipes s’affrontent. Ici, rien à voir avec Jeanne et Serge. Le volley se joue poings serrés, et les players renvoient la balle directement dans le camp adverse, sans faire de passe. Les « Blacks Tigers », maillots jaunes sur les épaules, surclassent les autres équipes. « Black Tigers », un nom qui ne doit rien au hasard.

    Tigres Tamouls Sous la tente de l’Organisation de Reconnaissance Tamoule (ORT) qui organise l’événement, Balachandran, Sri Lankais qui a quitté le pays en 1971, montre fièrement une photo où il pose avec François Hollande, « C’était pendant la campagne présidentielle en 2012, aujourd’hui on ne le voit plus ! » regrette-t-il, une moustache à la mode de Jaffna lui barrant le visage.

    Balachandran n’est pas n’importe qui, il était… le ministre de l’intérieur du gouvernement transnational tamoul, l’organisation non-violente qui a succédé aux Tigres Tamouls. Mais depuis, il a quitté cette institution pour en créer une autre qui milite pour le boycott des produits du Sri Lanka. Bien que la guerre civile, qui a fait au moins 70.000 morts ce soit terminée en 2009, beaucoup de Tamouls continuent de revendiquer un état indépendant au Nord du pays, le Tamil Ealam. Au Sri Lanka, l’ethnie majoritaire sont les cinghalais, de religion bouddhiste.

    Mandela était un terroriste pour la communauté internationale, maintenant c’est un leader. Nous c’est pareil !


    Où est Charlie ?


    Balachandran, ancien ministre de l’Intérieur

    Humanitaire L’ancien ministre soutient les Tigres Tamouls, une organisation classée parmi les terroristes pour les États-Unis et l’Union Européenne. « Mandela était un terroriste pour la communauté internationale, maintenant c’est un leader. Nous c’est pareil ! » s’empresse d’ajouter le Manuel Valls tamoul. Dans la bouche des Tamouls présents, même les plus jeunes, « le génocide de 2009 » revient avec insistance. Cette année-là, alors que la guerre prend fin et que l’armée Sri Lankais écrase les Tigres, 1.800 Tamouls sont tués dans une attaque à la bombe chimique. « On avait manifesté tous les jours à Paris, certains avaient même fait des grèves de la faim, mais personne n’avait relayé notre cause », se rappelle amer Tarshan, le responsable des relations publiques.

    Les bénéfices de la Grande Rencontre Sportive Tamoule « seront reversés à des actions humanitaires pour les Tamouls restés au Sri Lanka » continue Tarshan. Quelques sponsors ont participé au financement et ont une allée réservée. Parmi eux, l’association Lift, qui veut diffuser la culture tamoule de France dans le monde entier avec des courts métrages ou des clips. Fernando, 28 ans, électrotechnicien dans l’aéronautique, détaille l’objectif de son association « On essaie de parler de nos problèmes psychologiques, de la guerre, de la difficulté pour avoir des papiers en France ou encore de tous les amalgames que l’on fait à propos de la communauté tamoule. » Histoire de casser les clichés. A la « Grande Rencontre Sportive Tamoule » la mission est accomplie : Qui savait que les chaises musicales étaient un sport national au Tamil Ealam ?

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