En ce moment

    26 / 07 / 2013

    « Nous avons été choqués par le traitement médiatique des événements »

    Un collectif hétéroclite veut porter la voix des habitants de Trappes

    Par Mathieu Molard

    Le « collectif des habitants de Trappes » veut restituer « les faits tels qu'ils se sont déroulés ». Mais monté à la va-vite, le collectif doit aussi faire face à des contradictions.

    14 heures, ce mercredi 24 juillet, une foule de journalistes se presse dans la trop petite salle de réunion de l’Hôtel Balladins de Trappes. Lieu étonnant pour la conférence de presse d’un groupe improvisé : « Le collectif des citoyens de Trappes ».

    L’invitation est tombée la veille, via la mailing liste de « Stop le contrôle au faciès » qui s’était mobilisé pour demander des récépissés de contrôle d’identité. Objectif affiché de ce nouveau collectif : « restituer les faits tels qu’ils se sont déroulés ». En guise d’introduction Fanta Ba, 29 ans, explique : « nous avons été choqués par le traitement médiatique des événements de Trappes et nous souhaitions restituer l’autre version des faits. Celle que nous ont racontée les habitants. »

    Communication Ton posé et discours mesuré, Fanta lance les débats en vrai pro des médias. « Par mon boulot, je connais pas mal de journalistes. » La jeune femme est chargée de com’ pour le centre socioculturel La Soucoupe à Saint-Germain-en-Laye. L’idée du « collectif des citoyens de Trappes », c’est elle. « J’ai vu le traitement médiatique qui a été fait de cette affaire. » Pour la jeune fille la question serait sociale, mais certains groupes religieux tentent de récupérer l’événement. Elle, veut combattre « l’islamisation du problème » et « donner la parole aux habitants ».

    A l’origine, un simple coup de fil de Fanta à Mohamed Kamli. La jeune femme a grandi dans le quartier des Merisiers, là où les émeutes ont commencé. « Je connais Mohamed depuis longtemps,  il a toujours été impliqué dans le quartier. Son assoc’ organisait des colos. Quand j’ai voulu m’inscrire, il m’a foutu dans une pièce avec des bottins. “Nous on a du budget, à toi d’organiser“. Moi je voulais juste remplir un formulaire pour partir en vacances. » De fil en aiguille, elle est devenue animatrice dans le quartier. « Mais jamais engagée et surtout pas en politique ».

    Politique Tous l’affirment en boucle : ils sont là au titre de simple citoyen. Et quand on questionne Mohamed Kamli, 38 ans, sur son statut de conseiller municipal à Trappes, il esquive par une pirouette : « j’étais déjà politique avant même de faire de la politique. » Il a été élu en 2008 sur une liste intitulée « Les trappistes d’abord, construisons à gauche ». Selon lui, cette liste n’a aucun rapport avec les partis politiques traditionnels bien qu’elle soit menée par Dominique Dubuisson, l’ancien adjoint de l’actuel maire socialiste.

    Nous on a du budget, à toi d’organiser

    L’élu espère prolonger l’action de ce collectif au-delà des événements. Ou plutôt rabattre tout ce petit monde dans son « collectif pour une citoyenneté active et participative ». Objectif de cette association, « permettre aux citoyens de s’impliquer et de trouver eux-mêmes les solutions aux problèmes du quotidien », explique l’élu. Avant de tacler l’actuel maire PS :

    « Ils se rendent bien compte que les comités de quartier ce n’est que de l’affichage. »

    Dans son association on retrouve aussi Mourad Charny, juriste diplômé de Sciences-po et monsieur loyal de la conf’ de presse du jour. Lui aussi souhaite fédérer, le plus large possible. Jusqu’au plus controversé Collectif Contre l’Islamophobie en France. « Aujourd’hui, ils ne font pas partie du collectif, mais on les a rencontrés. » Il cite aussi Stop le contrôle au faciès.

    Contrôle d’identité Au centre de la table, un homme attire l’attention des journalistes. Samba Doucouré, 27 ans, une barbe drue, de celles qui attirent les médias. Mais surtout, c’est un proche de Mickaël et sa femme Aude, intégralement voilée, dont le contrôle a dégénéré, entraînant les émeutes. « J’ai passé du temps avec lui depuis sa sortie de garde à vue », explique Samba. C’est lui qui a organisé l’interview accordée par Mickaël à La Télévision locale. De quoi allécher les journalistes qui le pressent de questions et se battent pour récupérer son numéro, qu’il se refuse à donner. Vendredi soir, au lendemain de l’interpellation, il était de ceux qui se sont rassemblés devant le commissariat, « pour demander des explications », explique celui qui est aussi employé municipal de la commune.

    Islamophobie « Avant la conf’ de presse on s’était répartis les rôles. Comme il est le seul à connaître le couple, il devait porter leur témoignage », explique Fanta. Et d’ajouter : « les questions politiques c’était Mohammed qui devait y répondre ». Pourtant, interpellé par un habitant qui dénonce « l’islamophobie dont sont en permanences victimes les sœurs », Samba s’embarque dans une tirade contre « les lois islamophobes » et dénonce l’État qui « s’en prend en permanence à la femme musulmane. » « On parle du voile intégral, mais il y a aussi le voile à l’école, les crèches ! » Il fustige aussi le travail des « médias partisans ». Un seul trouve vraiment grâce à ses yeux : Islam & info. Ce site internet revendique une « vision d’un Islam pur » et prône une info « muslim et décomplexée ». Islam & info relaie aussi des vidéos d’Alain Soral et des textes de ses compagnons de route comme le bloggeur Said Laïbi aka « Le Libre Penseur ». Fanta est d’ailleurs visiblement mal à l’aise face aux propos de Samba : « C’est un collectif ouvert à tout le monde, on ne peut pas contrôler ce que chacun dit ».

    Aujourd’hui, ils ne font pas partie du collectif, mais on les a rencontrés

    C’est un collectif ouvert à tout le monde, on ne peut pas contrôler ce que chacun dit

    Ingé-son A la droite de Samba, une jeune femme brune se fait discrète. En guise de présentation elle explique être « ingénieur du son et animatrice à Trappes » où elle vit depuis 6 ans. Elle ne dira rien de plus de toute la conférence de presse, l’air de se demander comment elle s’y est retrouvée. A la sortie, elle explique être une amie de Fanta :

    « Avant j’habitais Versailles, ce n’était pas vraiment le même milieu. Depuis 6 ans, je parle en bien de Trappes à tout le monde. Et là, en quelques jours, les médias ont tout cassé. »

    Elle espère plutôt mener un travail sur le long terme pour « recréer du lien ». La conférence de presse ce n’était « pas vraiment son truc ». « D’ailleurs c’est possible de ne pas donner mon nom de famille ? » demande-t-elle alors même qu’elle l’a consciencieusement épelé en se présentant face aux journalistes… « Nous préparons un documentaire de fond, qui devrait sortir dans les semaines qui viennent », explique Fanta « et Alix nous donne un coup de main, comme elle est ingénieure du son ».

    bqhidden. Avant j’habitais Versailles, ce n’était pas vraiment le même milieu

    On a choisi de faire bouger les lignes. Vous validez ?

    Depuis plus de 10 ans, nous assumons un regard et des engagements. Aujourd’hui, notre mission c’est d’avoir de l’impact. Particulièrement dans la crise actuelle, où les premiers à morfler sont les plus fragiles. Face à la pandémie, au confinement et à la crise économique qui l'accompagne, nous croyons encore plus à la nécessité de ce travail.

    Forcer le ministre de l’Intérieur à saisir la justice en mettant au jour les messages racistes échangés par des milliers de policiers sur des groupes Facebook. Provoquer une enquête de justice suite à la révélation d’un système de maltraitance et de racisme dans les cellules du tribunal de Paris. Contraindre Franprix à cesser l’usage quasi illégal d'auto entrepreneurs durant le confinement...

    Nous recevons de plus en plus de pistes sur des sujets brûlants, mais nous manquons encore de moyens pour tout couvrir. L’idée n’est pas de se faire racheter par un milliardaire. Mais simplement de pouvoir faire appel à du renfort, lorsqu’un sujet le nécessite.

    Pour que cela continue, malgré la crise, nous avons sincèrement besoin de votre soutien.

    StreetPress doit réunir au moins 27.000€, avant le 4 décembre.
    Soutenez un média d’impact qui fait bouger les lignes.

    Je soutiens StreetPress  
    mode payements

    NE MANQUEZ RIEN DE STREETPRESS,
    ABONNEZ-VOUS À NOTRE NEWSLETTER