Que faisait Christian Estrosi sous une banderole du FN ?

Que faisait Christian Estrosi sous une banderole du FN ?

En 1988, le maire de Nice participait à un défilé organisé par le Front National

Le temps des copains | Enquête | par | 4 Juillet 2014

Que faisait Christian Estrosi sous une banderole du FN ?

La photo date de 1988. Sous une banderole du FN, Christian Estrosi mais aussi le député UDI Rudy Salles. Sur StreetPress, Jacques Peyrat, ancien maire de Nice et député FN, décrypte la photo et ouvre la boite à souvenirs.

Christian Estrosi, costume impeccable, patiente sous une banderole… du Front National. La photo date des années 1980, mais depuis quelques jours elle resurgit sur les réseaux sociaux. Depuis lundi exactement, jour du dernier match de l’Algérie. Une rencontre pour laquelle le maire de Nice avait pris un arrêté municipal « interdisant l’utilisation ostentatoire de tous les drapeaux étrangers sur l’hypercentre ». Christian Estrosi, proche du Front National? Rien de nouveau sous le soleil de la promenade des Anglais. C’est en tout cas ce que semble dire cette photo sans légende.

Source

L’image apparait pour la première fois en avril 2012, sur le site internet du mouvement d’extrême droite Nissa Rebela. Le maire de Nice venait de déclarer que Marine Le Pen n’était pas sa « tasse de thé ».

« Christian Estrosi veut-il parler là de l’époque où il n’hésitait pas à défiler sous une banderole du Front National ? » ironise le président du micro-parti identitaire Philippe Vardon, auteur du billet. « Pour lui rafraîchir la mémoire restent les images. »

Joint par StreetPress, Vardon nous raconte s’être procuré la photo par l’intermédiaire d’un militant, aujourd’hui décédé : « Selon lui, elle daterait des années 1980 et aurait été prise à l’occasion d’une manifestation pour que la Nouvelle Calédonie reste française. » Et d’identifier, en plus de Christian Estrosi, le député UDI, Rudy Salles et deux anciens maires de Nice, Jacques Médecin et Jacques Peyrat. Mais que faisait tout ce beau monde sous une banderole du Front National?

Manif FN

La réponse nous vient de Jacques Peyrat, à l’époque député Front National, qui se souvient bien de cette manifestation qu’il avait organisée en 1988 :

« C’était une manifestation pour la Nouvelle Calédonie organisée à la suite des événements qui s’étaient passés là-bas à la grotte d’Ouvea [en 1988, ndlr]. Un rassemblement monté par le Front National dont j’étais le responsable à l’époque, d’où la bannière. Le Maire [Jacques Médecin, ndlr] était venu à cette manifestation et tous ses séides avaient suivi. »

Et d’identifier sur la photo, en plus des personnalités évoquées plus tôt, plusieurs responsables locaux du RPR et, « à l’extrême droite sur la photo », deux cadres du Front : L’ancien suppléant de Jean-Marie Le Pen, le mégretiste Jean-Paul Ripoll et le conseiller régional Jean-Pierre Gost.

Coup-monté

Le député centriste Rudy Salles a un tout autre souvenir des événements. Selon son entourage, il aurait été piégé: « Des militants du FN ont brandi la bannière juste au moment de la photo », nous dit un proche.

Contacté par StreetPress, Christian Estrosi n’a pas donné suite à nos demandes d’interview.

Jouez à retrouver qui est qui, en cliquant sur la photo :

Solange Rodrigues, conseillère municipale RPRMaurice Valery, ancien de l'IndochineAndré Bonny, le pote de ChiracMartine Daugreilh, députée RPR et membre du Club de l'horlogeJean-Pierre Gosst, conseiller régional FNJean-Paul Ripoll, le suppléant de Jean-Marie le PenJacques Peyrat, l'organisateur de la manif, à l'époque au FNJacques Médecin, l'ancien maire RPR mort en cavalleRudy Salles, le centriste piégéChristian Estrosi, l'actuel maire

1Christian Estrosi

L’actuel maire
C’est le maire de Nice, Jacques Médecin (au centre sur la photo), qui fait entrer en 1983 le jeune pilote moto en politique et en fait son adjoint aux Sports. Difficile ensuite d’énumérer l’ensemble de mandats occupés par Christian Estrosi, cumulard devant l’éternel. À noter qu’il est élu pour la première fois député sous l’étiquette RPR, en 1988, l’année où cette photo aurait été prise.

En 2008, il prend la mairie de Nice à Jacques Peyrat, lui aussi présent sur la photo. Entre 2005 et 2010, il sera trois fois ministre ou secrétaire d’état notamment en charge de l’Outre-Mer (de 2007 à 2008). Une thématique qui lui tient donc très à coeur puisque cette photo à été prise à l’occasion d’une manifestation pour le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans le giron de la France.
Pour en savoir plus.


2Rudy Salles

Le centriste « piégé »
Rudy Salles est député (UDI puis UDF) depuis 1988, l’année de la photo donc. Son premier mandat date de 1983, où il est élu conseiller municipal sur la liste de Jacques Médecin. Poste qu’il occupe jusqu’en 1995 et retrouve en 2008, élu sur la liste de Christian Estrosi. Il est aujourd’hui adjoint au maire chargé du tourisme et des affaires internationales.
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3Jacques Médecin

L’ancien maire RPR mort en cavale
Maire emblématique de Nice, il récupère le poste en 1968, prenant la succession de son père. Il sera réélu cinq fois. Il effectue toute sa carrière au sein du RPR, tout en flirtant avec le FN, déclarant notamment en partager « 99,9 % des idées ». En fin de carrière politique, il sera radié du parti pour avoir déclaré “Un juif ne refuse pas les cadeaux, n’est-ce pas?”

Il est finalement rattrapé par les affaires, selon l’expression consacrée. En 1989, il est inculpé pour délit d’ingérence. Première d’une longue série d’inculpations. L’année suivante, il démissionne de tous ses mandats et s’enfuit en Uruguay. Il sera arrêté en 1993, extradé vers la France, condamné à quatre reprises à de la prison ferme. Des peines qu’il n’exécutera jamais. En 1996, il retourne très tranquillement en Uruguay où il séjournera jusqu’à sa mort en 1998.
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4Jacques Peyrat

L’organisateur de la manif, à l’époque au FN
C’est à la fac de droit d’Assas qu’il fait la connaissance de Jean-Marie Le Pen. Et c’est ensemble qu’ils s’engagent dans la légion étrangère pour faire la guerre d’indochine. De retour en France, il fait carrière dans l’immobilier puis le pétrole (chez Mobil Oil) avant de devenir avocat au barreau de Nice. Son client le plus célèbre reste l’auteur du “casse du siècle”, Albert Spaggiari.

En 1965, il devient conseiller municipal de Nice, élu sur la liste de Jacques Médecin (également sur la photo). Il rejoint le FN dès sa création en 1973. C’est sous cette étiquette qu’il est élu député en 1986. En 1994, il quitte le FN et fonde un mouvement local, soutenu par Jacques Médecin et devient maire de Nice en 1995, poste qu’il occupe jusqu’en 2008. C’est sous l’étiquette RPR, cette fois qu’il est réélu député en 1997. En 2008, l’UMP lui refuse l’investiture au profit de Christian Estrosi. Il se présente tout de même et perd au second tour. Il retente sa chance en 2014, sans plus de succès.
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5Jean-Paul Ripoll

Le suppléant de Jean-Marie Le Pen
Le 23 février 2000, Jean-Paul Ripoll récupère un poste de conseiller régional après que Jean-Marie Le Pen a été déclaré inéligible pour violences sur “personne dépositaire de l’autorité publique.” Ironie du sort, l’ancien secrétaire départemental du FN avait suivi Bruno Mégret lors de l’éclatement du parti d’extrême-droite. Il est depuis membre du Mouvement National Républicain de ce dernier.
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6Jean-Pierre Gost

Le conseiller régional FN
Ce cadre du Front National a été conseiller régional et a mené la liste FN pour les municipales de 1995. Un scrutin remporté par l’ex-frontiste Jacques Peyrat.
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7Martine daugreilh

La députée RPR, membre du club de l’Horloge
Comme plusieurs personnes présentes sur la photo, Martine Daugreilh est élue députée (RPR) en 1988. Avec, bien sûr, le parrainage de son mentor Jacques Médecin. Elle s’illustre au cours de sa mandature en déposant, avec 42 de ses collègues, une proposition de loi visant à rétablir la peine de mort. Elle fut secrétaire générale du cercle niçois du Club de l’Horloge, un cercle de réflexion connu pour avoir défendu une « union de la droite, en faisant entrer le Front National dans une alliance de gouvernement ».
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8André Bonny

Le pote de Chirac
Cet ancien combattant blessé en Algérie entre au conseil municipal en 1983 dans l’équipe de Jacques Médecin. Il deviendra adjoint en charge des sports. A partir de 1993, il est le suppléant du centriste Rudy Salles. Il fut aussi un intime de… Jacques Chirac. André Bonny est aujourd’hui décédé.
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9Maurice Valery

L’ancien de l’Indochine
Cet ancien de l’Indochine a été conseiller municipal de Nice et conseiller régional PACA. Un hommage signé de Christian Estrosi nous apprend son décès en 2012.
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10Solange Rodrigues

La conseillère municipale RPR
Elle a été conseillère municipale RPR et membre de plusieurs associations d’anciens combattants. La dernière occurrence sur le web fait état de son engagement au sein de la paroisse Saint-Ambroise en 2011.
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Estrosi en Nouvelle-Calédonie


A la fin des années 1980, droite et extrême-droite niçoise dénoncent d’une seule voix les accords(1988) de Matignon qui prévoient la mise en place d’un statut transitoire de dix ans devant se solder sur un référendum d’autodétermination pour que les Calédoniens se prononcent pour ou contre l’indépendance.

En 2007, Christian Estrosi est secrétaire d’Etat à l’outre-mer. A l’occasion d’un déplacement à Nouméa, il déclenche une polémique en se prononçant pour une plus grande implication de l’Etat français dans la vie locale et de conclure en affirmant que « l’avenir de la Nouvelle-Calédonie est dans la France ». Une conviction ancienne, donc…

Estrosi et le FN


Le 23 avril 2013, Christian Estrosi interrogé par Canal+, expliquait qu’il ne s’était pas rendu à la manifestation des anti-mariage homo du dimanche précédent pour éviter de se retrouver à côté d’élus du FN :

« Je n’ai pas manifesté, je n’ai pas fait partie de ceux qui considéraient que notre place était là, ça m’évite de me retrouver dans une situation inconfortable à côté de gens que je n’ai pas envie de fréquenter. »


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