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    09 / 12 / 2015

    Coups de pieds, garde à vue et centre de rétention

    Anthony, l’américain arrêté dans un squat et menacé d’expulsion

    Par Tomas Statius

    Le 26 novembre, la police débarque au squat le Massicot. L’intervention est musclée : fusil braqué et placage au sol. Anthony, un militant américain qui rentre de soirée se fait embarquer au comico. Il a 30 jours pour quitter la France.

    Ivry (94) - « Je sortais de soirée. J’avais passé la nuit à picoler et à faire du karaoké. » Jeudi 26 novembre, il est 7h du mat’ quand Anthony franchit le petit portail du Massicot, un squat d’Ivry. Dans le jardin, entre le potager bio et les lanternes, le jeune américain de 36 ans tombe nez à nez avec un flic, tout de noir vêtu. Il le met en joue, fusil au poing. En un quart de secondes, une dizaine de policiers lui tombent dessus, façon SWAT. C’est l’état d’urgence : Le Massicot est perquisitionné pour sa proximité supposée avec la gauche radicale.

    Ce n’est que le début des grosses galères pour Anthony : 48 h de GAV, 3 jours au Centre de Rétention de Vincennes. Puis le 1er décembre, le juge prononce une obligation de quitter le territoire. Depuis 7 ans, Anthony vit à Paris, sans papiers. Il a désormais 30 jours pour quitter la France :

    « Là, je dois acheter un billet de retour pour passer Noël aux Etats-Unis. J’ai l’impression qu’ils sont en train de niquer ma vie. »

    « Si tu fermes pas ta gueule, on va t’éclater »

    Dans la cuisine du Massicot, devant une tasse de café brûlant, Anthony rembobine sa semaine de galère :

    « Le fait que j’habite avec des militants a suffi pour me déclarer coupable. »

    La descente de police est musclée : coup de pompe dans le dos, dans les jambes, insultes en pagaille… Les bleus l’auraient joué façon western, affirme le kid aux cheveux en pagaille. « J’ai essayé de parler avec eux mais ils étaient très tendus. » Alors qu’ils le mettent à terre, un policier menace :

    « Si tu fermes pas ta gueule, on va t’éclater. »

    Plus tard, quand il apprend la nationalité d’Anthony, un autre se risque à l’humour :

    « Un policier m’a même dit : “si tu étais aux USA, tu serais mort… oh non, t’es pas noir”. T’imagines? »

    Pendant la perquis’, les flics retournent le squat… et la chambre d’Anthony. « Ils ont tout cassé alors que je venais de tout ranger », ironise-t-il. Dans ses placards, ils tombent sur un détail qui pose problème. Son passeport :

    « Ils ont vu que je n’avais pas de visa. Cela a suffi pour m’embarquer. »

    Un Américain en centre de rétention

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    « Un américain en garde à vue, ça ne doit pas arriver souvent » / Crédits : Tomas Statius

    Au comico, on lui retire ses menottes. Les policiers qui s’occupent de son cas sont bien plus sympas que ceux auxquels il a eu affaire au Massicot :

    « Ils ont halluciné de me voir débarquer. Un Américain en garde à vue, ça ne doit pas arriver souvent. »

    Les policiers ont embarqué l’ordinateur d’Anthony, ses 4 écrans ainsi que son drone. C’est avec tout ce fatras qu’il est envoyé au Centre de Rétention de Vincennes. Là-bas, il croise des sans-paps, des exclus, « des gens qui ne sont pas représentés dans la société ». Pendant ses 3 jours de détention, ses potes se succèdent à Vincennes :

    « Ils me ramenaient des livres pour que je m’occupe. Là-bas, les gens n’ont même pas de téléphone. Pour s’occuper, il n’y avait qu’une boîte de domino. »

    Revenir pour l’accouchement de sa meuf

    Le 1er décembre, Anthony passe devant le tribunal administratif. Les autorités ont déjà décidé de son expulsion vers les Etats-Unis. Son avocate négocie un délai de 30 jours mais ne parvient pas à faire lever l’arrêté :

    « Je n’ai pas le choix, je ne peux pas prouver que j’ai passé 7 années en France. »

    Le plan ? Repartir aux USA le temps que les choses se tassent, puis revenir en France au plus vite. La copine d’Anthony est enceinte. L’accouchement est prévu pour avril.

    Un squat sous surveillance

    Depuis la visite inopinée de RG au Massicot au lendemain des attentats, les habitants savaient que le squat était sur la sellette. « Quand on a compris qu’il y allait avoir une perquisition, j’ai compris que j’étais baisé », abonde Anthony.

    Débarqué à Paris le 14 octobre 2008, avec quelques centaines d’euros en poche, Anthony ne se voit pas faire sa vie ailleurs qu’en France :

    « Aux Etats-Unis, je ne me voyais pas de futur. »

    Depuis, il a participé à l’ouverture d’une dizaine de lieux. C’est sa manière à lui de faire de la politique :

    « Je ne sais pas comment changer le monde. Comme ça, je peux au moins changer la vie de quelques personnes. »

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