Grâce au krav maga, j’ai moins peur de sortir seule le soir

20 Avril 2017

par Marie R., 28 ans, conseillère en reconversion professionnelle et ceinture bleue de krav maga, après quatre ans d’entraînements acharnés

De plus en plus de filles pratiquent ce sport de self-defense pour apprendre à avoir confiance en elles. Et se prémunir des agressions. Marie, qui pratique ce sport depuis 4 ans, raconte.

Assez vite, j’ai voulu essayer un sport de combat un jour. C’était il y a quatre ans. J’avais croisé le « krav maga » sur des CV parce que j’étais chargé de recrutement dans mon ancien boulot. C’était des mecs en bonne forme physique en général et ça m’a donné envie d’essayer.

Et puis quand j’étais petite, je me battais sans arrêt avec mes frères. On se faisait des rings dans le salon, ils me mettaient la tête sous l’eau froide et je gigotais dans tous les sens pour les faire lâcher. En général, je m’en sortais parce que j’étais tenace.


« Le krav maga est un sport de combat développé par l’armée israélienne. Ce n’est pas un art martial, cette pratique n’est pas esthétique. »

Marie, ceinture bleue de krav maga

Un sport de combat où tout est permis

Le krav maga aide à ne pas avoir peur quand tu sors le soir tard ou dans les transports en commun. Et ça me parlait pas mal. Je pense que, comme beaucoup de filles, j’ai commencé le krav après avoir subi des agressions.

C’est un sport de combat développé par l’armée israélienne. Ce n’est pas un art martial, cette pratique n’est pas esthétique. Le krav maga est plus proche du self-défense. C’est un sport réaliste. Comme dans la vie, il s’agit d’être efficace, et, comme dans la vie, tout est permis. On peut mordre, tirer les cheveux. Taper dans les couilles est une des premières prises par exemple (tout le monde porte des coques). Evidemment, on t’apprend aussi qu’il faut que la réponse soit proportionnée pour que ça reste de la légitime défense. Car certaines prises, comme la guillotine ou le coup à la glotte, peuvent tuer.

Je n’ai jamais été une grande sportive et au premier cours, dès l’échauffement, je me suis dit que j’y arriverais pas. Je me suis dit : « C’est quoi ce truc ? ». Mais très vite, j’ai pris le rythme et je me suis améliorée. Je repoussais mes limites. C’est aussi un sport extrêmement complet et intense, avec du cardio et du renforcement musculaire. J’aime le côté sportif, mais aussi le côté self-defense. C’est important, car comme beaucoup de filles, je suis régulièrement agressée dans les transports.

Comme beaucoup de filles, je suis régulièrement agressée dans les transports

C’est dans le métro que ça arrive le plus. Un des incidents les plus marquants était une main dans mon entrejambe, qui s’était mise à explorer le « truc ». C’était sur la ligne 12 du métro parisien et il y avait du monde. J’ai cru que c’était un parapluie d’abord, puis je me suis rendu compte que ça bougeait. J’ai mis vachement de temps à réagir, j’étais pétrifiée. Puis j’ai poussé le gars en criant. Les gens me regardaient avec l’air de dire : « Tais toi ». C’est ça le plus dur presque dans les agressions : c’est toi qu’on regarde de travers.

Il y a eu aussi le « frotteur » par exemple, le mec qui te suit, etc. Dernièrement,un mec s’est masturbé à côté de moi. Je suis partie. Je me suis dit que j’aurais dû faire un truc genre le filmer. Mais j’ai eu un instinct : la fuite.


« Je me suis dit : “T’es toute seule s’il t’arrive quelque chose”. J’étais contente d’apprendre le krav à ce moment là. »

Marie, ceinture bleue de krav maga

Au dernier jour de l’an, sept mecs se sont mis à me parler dans le métro, en m’encerclant. Ils étaient un peu agressifs. Très vite, j’ai réfléchi à comment m’enfuir, en prenant appui sur le mur et en plongeant entre eux comme j’ai appris au krav maga. Un couple était là, en face, et quand il a vu ce qui se passait… il s’est barré.

Je me suis dit : « T’es toute seule s’il t’arrive quelque chose ». J’étais contente d’apprendre le krav à ce moment là ; ça m’a rassuré. Même si je n’ai pas eu à l’utiliser (heureusement).

On apprend des techniques, mais aussi la gestion émotionnelle

Il y a des techniques au krav, mais on nous apprend aussi à gérer nos émotions et à fuir si on le peut, plutôt que de chercher l’affrontement.

Chacun va réagir en fonction de sa sensibilité. Pour moi par exemple, en tant que fille de bonne famille, la violence n’était pas envisageable. Donc ce n’est pas évident de frapper quelqu’un pour moi. Je dois lutter contre plein de conditionnements. Le plus dur, c’est la poussée de stress : ça peut te donner de la force ou au contraire te paralyser, surtout quand tu n’es pas préparée.

J’ai fais un stage de mise en situation pour améliorer ma réactivité : tu portes tes vêtements de tous les jours et les entraîneurs te font monter la pression. Par exemple, on t’attaque avec une arme et on t’apprend à ne pas te focaliser uniquement sur elle. Il faut bien regarder autour pour prévoir les mouvements, parler à l’agresseur, etc. Il s’agit d’observer pour anticiper et éviter le choc de la surprise.

Dans le métro, si je vois deux trois personnes au fond qui parlent en me regardant, je suis prête à me défendre. Penser régulièrement aux agressions potentielles permet de mettre à distance, de dédramatiser et de reprendre le contrôle mentalement.

Par exemple, quand je suis dans une ruelle, j’imagine des situations dans ma tête, mais plutôt pour rire, en déroulant les techniques que je viens d’apprendre. J’en viens presque à souhaiter une agression – mais si c’était par un nain, ce serait mieux ! Je n’ai pas envie d’être constamment sur le qui-vive, mais je suis moins efficace du coup.

Grâce au krav maga, j’ai gagné confiance en moi

Je ne sais pas si le krav maga me sauverait en cas d’agression vraiment violente, mais je l’espère. Une des filles de notre club a raconté une histoire où elle avait pu s’en tirer grâce à ça. C’est sans commune mesure, mais un jour j’ai réussi à contrer un SDF complètement ivre avec mon bras. Il cherchait à me frapper avec une bouteille en plastique (bon il était lent). [rires]

Grâce au krav maga, je suis plus confiante pour sortir seule. Et je me dis que comme je n’ai pas peur, ni le regard fuyant, je ne suis pas une bonne proie pour les agresseurs ou les violeurs. Ça marche aussi avec le harcèlement de rue.

Je suis menue et ça m’a aussi donné confiance en ma force physique. Les cours sont mixtes et j’ai déjà battu des mecs beaucoup plus costauds que moi avec des coups bien placés. On nous encourage d’ailleurs à nous battre avec des hommes. Certains disent : « Je ne veux pas frapper une femme » ; ça me motive à les frapper encore plus fort, pour qu’ils y aillent.

Il y a un tiers de femmes dans le club, elles sont surtout nombreuses en cours débutant. C’est triste ce monde où les femmes doivent apprendre à se défendre. C’est un peu la guerre. Je pense qu’une bonne partie commence le krav maga avec cette motivation-là.

Propos recueillis par Alice Maruani
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