« Ni Macron, ni Le Pen » : on était avec les manifestants de la Nuit des barricades

« Ni Macron, ni Le Pen » : on était avec les manifestants de la Nuit des barricades

Ils ont brûlé leurs cartes d’électeurs (et aussi des Autolibs)

Paris brûle-t-il ? | Reportages | par | 24 Avril 2017

« Ni Macron, ni Le Pen » : on était avec les manifestants de la Nuit des barricades

Quelques centaines de personnes se sont rassemblées dimanche soir dans Paris, contre « la mascarade électorale ». Aucun des candidats du second tour ne retient leurs faveurs. Les CRS étaient aussi de la partie.

Place de la Bastille (12e) - Il y a comme une atmosphère de soufre ce dimanche 23 avril 2017 devant l’opéra Bastille. Plusieurs organisations d’extrême-gauche avaient donné rendez-vous à 18h sur la place pour une Nuit des barricades pour contester le résultat des élections et la « mascarade électorale ».

Banderoles, drapeaux et fumigènes… À la Bastille, c’est une foule bigarrée qui se rassemble doucement, sous l’oeil inquiet de nombreux policiers positionnés tout autour de la place. Pour Luna, étudiante, il n’était pas question de rater ce rendez vous. Si elle est venue, ce n’est pas « pour casser du CRS » mais pour « montrer notre désaccord par rapport à ce qui est en train de se passer », explique la jeune femme qui n’a pas vraiment le look d’un Black Bloc. Camille, 28 ans, de son côté est venu équipé à la Bastille. « Cette manif, c’est dans la continuité du mouvement contre les élections », indique le jeune homme à la petite mèche brune.

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Un fumi et c'est parti / Crédits : Tomas Statius

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« Viser la lune, ça me fait pas peur. » / Crédits : Tomas Statius

« Si t’es fier d’être fiché S tape dans tes mains »

A 20h, les premiers résultats circulent parmi les manifestants. « C’est Macron – Le Pen », s’égosille l’un d’entre eux. « On va devoir choisir entre un troll et un fasciste », lui répond un jeune homme, chapeau panama sur la tête, mégaphone à la main et enceinte portative calée dans son sac à dos. « Macron et Le Pen, pour moi, ce sont deux ennemis politiques », renchérit Camille. Une partie de la foule s’encagoule avant de se diriger sur la chaussée. « On va prendre la Bastille », annonce une partie du cortège. Ils sont alors un peu plus de 300 à tourner autour de la colonne de juillet, au vu et au su de la maréchaussée.

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« Car c'est notre proooooojeeeeet » / Crédits : Tomas Statius

Les premières échauffourées ne tardent pas à éclater. Aux jets de gaz lacrymogènes répondent des pétards et des bouteilles. La place de la Bastille se vide peu à peu de ses badauds. Policiers et gendarmes ne tardent pas à intervenir. Une quarantaine de manifestants est rapidement encerclée au bas des escaliers de l’Opéra Bastille, après plusieurs charges. A terre, une jeune femme, blessée après avoir été jetée à terre par un policier, attend les secours. Elle est couchée de tout son long sur le trottoir. A genoux, plusieurs manifestants et un CRS s’efforcent de lui prodiguer des premiers soins. Une demi-heure plus tard, les pompiers sont là. « Si t’es fier d’être fiché S tape dans tes mains », scande la foule.

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Champagne ! / Crédits : Tomas Statius

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CRS et manifestants prodiguent des soins à une jeune fille blessée suite à une charge / Crédits : Tomas Statius

« Ce soir, les gens n’ont pas envie de parler mais de se défouler »

Il est près de 22h quand quelques centaines de manifestants se rassemblement place de la République. Un appel à s’y retrouver avait tourné sur les réseaux sociaux. La petite troupe ne tarde pas à lever le camp, direction Belleville. Sur le chemin, le cortège grossit à vue d’oeil. Jean (1), la trentaine a pris la manif en marche avec un de ces potes. Le jeune homme rentre tout juste de vacances. Ce soir, il accompagne un ami qui « était intéressé par ça » indique-t-il, pas vraiment convaincu par ce qui se déroule autour de lui. Canette de Heineken en main, il déambule rue de Belleville alors que plusieurs hommes en noir s’échinent à bloquer la circulation à l’aide de matériels de chantier. « Ce soir, les gens n’ont pas envie de parler mais de se défouler » lâche-t-il, philosophe. Les manifestants scandent :

« Ni Macron, ni Le Pen, ni banquiers, ni patrons ! »

A Colonel Fabien, à la lumière blafarde des lampadaires qui sont installés tout autour du siège du Parti Communiste Français, deux cortèges se rejoignent. La manif, forte de plusieurs centaines de personnes, avance à marche forcée vers la place Stalingrad avant prendre la direction de Gare de l’Est.

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En haut à droite, Larry Kubiac se marre / Crédits : Tomas Statius

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Calligraphie sur abribus / Crédits : Tomas Statius

Dispersion Violente

Sur leur passage, les manifestants s’attaquent à (presque) tout ce qui leur passe sous la main. Abribus, banques et autolibs La pression monte. Rue La Fayette, la police montre les muscles et stoppe finalement l’avancée du cortège. Tirs de lacrymos, coups de matraques… La manif finalement est séparée en deux. Les manifestants sont acculés sur les trottoirs. « Toi, soit tu sors, soit je viens te chercher », menace un policier en pointant sa matraque télescopique sur un jeune homme, tout de noir vêtu. Il finit par se rendre. A 10 mètres, un ado’ qui passait par là en prend pour son grade. Deux policiers le frappent à coups de matraques avant de se rendre compte de leur méprise.

Le calme revient finalement rue La Fayette. Une cinquantaine de manifestants est finalement interpellée. 29 d’entre eux ont été placés en garde à vue, selon Le Monde . Camille, lui, cherche ses potes. Il a échappé à l’interpellation de justesse. « Quand j’ai vu la police arriver, je me suis déséquipé », restitue le jeune homme, habitué des cortèges parisiens depuis la loi travail :

« C’était violent et ça a été très vite. »

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Ballade de nuit à Stalingrad / Crédits : Tomas Statius

Rue La Fayette, le ballet des camionnettes de gendarmerie reprend de plus bel alors que la manif sauvage est bel et bien terminée. A République, des manifestants brûlent leurs cartes d’électeurs dans un feu de cagettes. La nuit n’est pas encore finie.


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