Le 1er mai, la police a bien arrosé les manifestants avec un produit à base de restes d’animaux

Le 1er mai, la police a bien arrosé les manifestants avec un produit à base de restes d’animaux

Merci pour la douche !

Tortank | Contre enquête | par , Yann Castanier | 27 Septembre 2018

Le 1er mai, la police a bien arrosé les manifestants avec un produit à base de restes d’animaux

Le 1er mai, la police nationale avait bien dilué dans le réservoir de l’un de ses camions à eau un produit fabriqué à partir de restes d’animaux morts, issus d’abattoirs. Les manifestants apprécieront.

C’est une petite phrase au détour d’un article du Parisien qui a enflammé les réseaux sociaux. Certains « engins lanceurs d’eau », ces fameux canons à eau utilisés par les CRS à l’occasion du défilé du 1er mai, ont aspergé les manifestants avec un mélange d’eau et « de protéines de viande macérées, mélange de sang séché et d’os broyés », affirmait un policier cité par le quotidien dans son édition du dimanche 23 septembre. Trop gros pour être vrai ? Sur internet, certains se montrent sceptiques.

Canons à eaux

Nous avons cherché à en savoir plus sur cette mystérieuse décoction. Contactée par StreetPress, la Direction générale de la Police Nationale (DGPN) semble peu à l’aise avec le sujet, mais confirme l’information du Parisien. « Ce sont des composés proténéiques qui ont des vertus ignifugeantes », indique-t-on sobrement :

« Cela ralentit les incendies. C’est ce qu’utilisent les pompiers. Cela a notamment été utilisé sur les barricades en feu du 1er mai. »

Ainsi, au moins un canon à eau, celui de la compagnie de CRS 45, a déversé du liquide contenant des protéines animales sur les manifestants.

Une recette gardée secrète

De quoi est composée cette mystérieuse décoction ? Mystère et boule de gomme. Interrogés par StreetPress, ni la DGPN, ni les pompiers de Paris ne se sont montrés coopératifs. Les pandores affirment ne pas savoir, avoir « récupéré un marché public des pompiers », et nous renvoient vers les soldats du feu pour de plus amples informations. Mais ces derniers ont refusé de répondre à nos questions.

C’est dans une note de service de la sécurité civile, émise en 2010, que StreetPress a finalement retrouvé la trace de la formule magique. « Poudre de cornes et sabots de bovins, plumes broyées, sang, protéine de pétrole », composent la mixture qui est rajoutée dans l’eau des canons avant arrosage, explique ce document officiel. « Cela provient des abattoirs », complète le dirigeant d’une des grosses entreprises du secteur :

« Ce sont des matières premières qui sont en général achetées à l’étranger. En Amérique du Sud ou en Europe de l’Est. »

Os, cornes, sabots et autres joyeusetés sont ensuite broyés avant d’être mélangés à de la soude ou de l’ammoniac, complète ce professionnel. Les vegans apprécieront. Le produit serait, cependant, sans grand risque pour la santé, assure le chef d’entreprise :

« Le seul problème : il tâche et il sent mauvais. »

C’est autorisé ?

L’utilisation des canons à eau pour éteindre des incendies est prévue par la Direction Centrale des CRS (DCCRS). Dans une note du 17 mars 2015 que StreetPress a pu consulter, cette dernière indique qu’ils peuvent servir « pour circonscrire un incendie », ou encore « tester la solidité d’une barricade ». Enflammée ou non. Le document ne prévoit cependant pas l’utilisation de liquide pour ralentir la propagation du feu… mais ne la proscrit pas non plus.

L’usage d’« émulseurs protéiniques » dans un contexte de manifestation étonne le fabricant contacté (1) :

« C’est un produit prévu pour éteindre des feux d’hydrocarbures. Les pompiers ne s’en servent presque plus. Il existe un équivalent chimique plus efficace. »

(1) Il ne s’agit pas du prestataire qui a fourni les policiers, mais d’un autre acteur du secteur qui souhaite garder l’anonymat.


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