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    26 / 04 / 2019

    Bras tendus et concerts de rock

    En Lorraine, une centaine de néonazis fêtent l’anniversaire de « papy » Hitler

    Par Guillaume Krempp , Laura Wojcik

    À Sexey-aux-Forges, petit village de Meurthe-et-Moselle, une centaine de skinheads néo-nazis se sont réunis le 20 avril dernier pour célébrer les 130 ans d’Adolf Hitler.

    « Ils sont en train de fêter l’anniversaire d’Hitler. » Ce samedi 20 avril 2019 au soir, le maire de Sexey-aux-Forges (54) célèbre Pâques en famille. Vers 20h30, le téléphone sonne. C’est la gendarmerie. Patrick Potts apprend que sa salle polyvalente est occupée par une centaine de néonazis. « J’étais estomaqué », se souvient l’édile. Le maire du village de 700 habitants a loué le bâtiment à un habitant de Lucey, un village à 30 kilomètres. Il refuse cependant de donner l’identité de celui qui a organisé l’événement du 20 avril, date de naissance du « Führer ».

    La mouvance néo-nazie des Hammerskins sait rester discrète. Sur Facebook, une page créée en mars annonce une « Birthday party 130 years » pour « notre papy préféré ». Trois groupes de rock, Match Retour, Baignade Interdite et Bunker84 sont programmés. Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite et directeur de l’Observatoire des Radicalités Politiques de la Fondation Jean Jaurès, connaît bien ces groupes néo-nazis : « Il n’y a pas de tromperie possible sur la marchandise et aucune tentative de cacher le contenu de ce qu’ils chantent, ce sont des gens qui ne sont pas du tout dans la retenue. »

    Internationale nazi

    Un numéro de téléphone apparaît sous l’affiche beige du concert. Il permet de connaître le lieu de rendez-vous du 20 avril, entre 18h30 et 20h : aire d’autoroute de Toul. Une Volkswagen grise y est stationnée, coffre ouvert. Deux hommes corpulents sont appuyés sur la carlingue. L’un crâne rasé, l’autre casquette américaine à l’envers. Il n’y a rien à leur dire. Notre simple présence indique clairement ce que nous cherchons. L’un des deux nous tend un morceau de papier avec une adresse. « C’est très fréquent ces rendez-vous au bord de la route. C’est toujours la même organisation. Ça permet de passer les gens au tamis et de voir s’il y a des intrus », précise le politologue.

    À Sexey-aux-Forges, les vitres de la salle polyvalente sont recouvertes d’un film occultant. Trois hommes, tout de noir vêtus, restent en permanence devant l’entrée. Circulant à vélo pour nous faire passer pour des habitants du village, nous demandons à une jeune femme si la fête est ouverte au public. « C’est une soirée privée, entre amis musiciens », rétorque-t-elle après une brève hésitation. Dans la nuit noire, une quarantaine de voitures stationnent devant la salle. La plupart sont immatriculées dans la région, quelques-unes en Belgique ou en Allemagne.

    Jean-Yves Camus insiste sur la stratégie transfrontalière déployée lors de ces événements : « La Lorraine et l’Alsace sont proches de l’Allemagne, de la Belgique, pas trop loin des Pays-Bas, donc ça permet de faire venir du monde. Pour les skinheads néo-nazis allemands, soumis à une répression policière extrêmement active dans leur pays, il est bien plus facile d’organiser ça chez nous. Et puis il y a une implantation réelle des groupes skinheads dans ce territoire. »

    Visite de leur QG

    Janick Jacquet a découvert le concert du 20 avril en l’honneur des 130 ans d’Adolf Hitler avec effroi, « surtout au pied des champs de bataille des Éparges », l’un des tombeaux de la Grande Guerre en 1915. « On ne peut pas laisser des individus comme ça se rassembler impunément. Ils sont interdits partout. Pourquoi en France ces groupes existent-ils encore, avec une page Facebook ? Moi ça me pose question. C’est à nous, citoyens, de dire non. » La chauffeuse de taxi de Verdun (55) scrute de près les activités de ces suprémacistes blancs. La Meusienne déballe sa consternation entre deux bouffées de cigarette, avec des expressions bien à elle. Parce que ces Hammerskins-là « sont loin d’être des enfants de choeur », et que tout ça lui « glace le dos ».

    La quinquagénaire à la voix rocailleuse nous emmène à Combres-sous-les-Côtes, petit bourg de 100 âmes blotti dans le parc naturel régional de Lorraine. C’est ici que se trouve le local des Hammerskins du coin : La taverne de Thor. Dans cet ancien hangar agricole planté entre une exploitation de vin bio et quelques champs de colza, les néo-nazis descendent des pintes et organisent des combats de MMA. « Une personne a acheté ce local à titre privé. On a découvert ça il y a 4 ans » , se souvient Janick Jacquet. Sur le dos dudit propriétaire des lieux, un tatouage annonce la couleur : « White pride ».

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    Tatouage « White Pride » et combats de MMA, ils sont complètement marteaux à la taverne de Thor. / Crédits : DR

    La devanture du local est bardée d’un écriteau « No trespassing : violators will be fucked », à savoir « si vous vous introduisez ici, vous allez vous faire niquer ». Le panneau blanc a été corrigé en 2015, sur demande de la gendarmerie, puisqu’il indiquait auparavant au visiteur qu’il risquait tout bonnement de mourir s’il franchissait le rideau métallique du lieu. « Maintenant ils ont aussi enlevé leur insigne LHS mais ils sont toujours là », observe cette riveraine engagée. Elle a co-créé une pétition en 2015 pour appeler à la fermeture du repaire néo-nazi.

    Bienvenue en Lorraine

    Car dans la région, les adeptes du bras tendus font parler d’eux. Début 2018, à Volmunster (57), les néonazis de la Sarre ont installé une stèle en hommage à une unité de la Waffen SS responsable de la mort de 124 personnes lors du massacre du village de Maillé. Le mémorial a été rapidement retiré et une enquête ouverte par le procureur, pour « glorification de crimes contre l’humanité ». La même année, un concert néonazi a eu lieu dans une ferme près de Toul (54). Au cours de la dernière décennie, des fêtes organisés par des skins d’extrême droite ont lieu chaque année en Lorraine. Le plus grand rassemblement connu date de 2012. Il a accueilli plus de 1.500 personnes près du lac de Madine pour le Hammerfest.

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    Janick Jacquet, chauffeuse de taxi de Verdun et antifa. / Crédits : Laura Wojcik

    Ils ne seraient que quelques dizaines de membres à entretenir ces activités dans le Grand Est. Stéphane François, politologue, lui aussi spécialisé dans l’étude des radicalités de droite, tient à relativiser l’influence de ces skinheads français : « Le mouvement était bien plus important dans les années 1990, 2000. Aujourd’hui, il est en perte de vitesse. De nombreux membres ont raccroché. S’ils n’ont pas perdu leurs idéaux, ils se sont néanmoins retirés ».

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