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    10 / 06 / 2020

    1.000 personnes ont quitté le groupe mais d’autres ne craignent pas les sanctions

    Nouveaux messages racistes et insultes contre StreetPress, la vie continue sur le groupe Facebook de policiers

    Par Ronan Maël

    Malgré les révélations de StreetPress, sur le groupe Facebook « TN Rabiot Police Officiel », des policiers échangent encore des messages haineux. Ils réfutent les accusations de racisme, dénoncent un « racisme anti-blanc » et ironisent sur les sanctions.

    Jeudi 4 juin, StreetPress révélait que plusieurs milliers de policiers s’échangent des messages racistes sur le groupe Facebook baptisé TN Rabiot Police officiel. Si le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a saisi le procureur de la République et que le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « injure publique à caractère raciste » et « provocation publique à la haine raciale », le groupe est toujours actif… et les membres sont remontés. « Et l’humour noir, on a encore le droit ?… Ah bah non, faut pas dire le mot “noir”. Ça va être compliqué les copains !!! » Beaucoup de commentaires plaident « l’humour noir » ou la liberté d’expression, et non le racisme. Les captures publiées par StreetPress – telles que « c’est noir de monde », « non c’est noir de merde » – ne relèvent pas du racisme pour les membres du groupe :

    « Putain de journaleux de mes couil… Qui ne connaît pas l’expression “Noir de monde” ? Donc il faut l’interdire du langage comme radin comme un juif, c’est ça ? »

    Une jeune agent de la circulation envoie :

    « Du coup, gras comme un porc, ça atteint à leur religion aussi ? »

    Beaucoup de fonctionnaires s’émeuvent d’un « acharnement sur la police », voir de « racisme anti-blanc ». « C’est marrant, je suis sûr que cette petite pute de journaliste doit fermer sa gueule sur les groupes qui appellent au meurtre de flics, de blancs, petit bâtard », commente un utilisateur.

    Certains y voient même un complot de gauche :

    « À se demander si certains militants de gauche ne se sont pas introduits sur le groupe pour lancer des posts racistes pour les ressortir plus tard. »

    Cet utilisateur avoue tout de même : « il y a des mots et des commentaires qui ne devraient plus exister dans la police…. Et quand je lis certains posts disants que ce n’est pas grave…. J’hallucine. »

    La modération est donc toujours loin d’être la norme sur le groupe, malgré quelques contenus supprimés. Plusieurs commentaires révélés par StreetPress ont été supprimés, notamment ceux relatifs à la manifestation en soutien à Adama Traoré. Même chose concernant la photo satirique avec les fossoyeurs ghanéens. Son auteur, lui, semble avoir disparu du réseau social.

    Ont-ils peur des sanctions ?

    « On parle ici comme je veux », assurait l’administratrice dans un post en réponse à StreetPress, après que nous lui ayons envoyé nos questions. Isabelle B., civile et présidente du Collectif Libre et Indépendant de la Police (Clip) – collectif fondé à Lyon en 2012 par des « policiers en colère » – ne fait pas partie de la profession. Contrairement à son binôme, Tony W., qui a quitté la page depuis notre article. Comme lui, plus de 1.000 personnes ont déserté le groupe. Parmi les restants, certains appellent à « résister ». Comme ce fonctionnaire du Grand-Est :

    « Pourquoi partir ? Comme si quitter le groupe allait faire supprimer les captures d’écran ? »

    Une autre :

    « Battons nous; Vous avez résistez à tous ces délinquants, résistons ensemble face à la bêtise. »

    Quand d’autres craignent des sanctions. Une collègue lui répond :

    « De source sûre, la hiérarchie mettrait la pression. »

    Une pression qui n’inquiète pas tout le monde. Certains estiment que l’enquête n’aboutira jamais. « Oulala on est inquiets », ironise un, quand un autre rassure : « À mon avis, c’est pas gagné. J’ai fait une réquisition à Facebook en 2017 suite à une plainte. Je suis parti en retraite le 31/12/2018 et je n’avais aucune réponse de ma réquisition ».

    S’il y a eu des départs, le groupe est très sollicité. L’administratrice du groupe montre une capture d’écran faisant état de presque 4.000 demandes d’adhésions depuis notre enquête. Ces requêtes sont toutes refusées, mais Isabelle B. assure que son groupe « suscite beaucoup de passion et d’intérêt de FDO [Forces de l’ordre] qui ne nous connaissaient pas ». Elle y voit un soutien de ses pairs.

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/03_demande_adhesion_00000_1.png

    S’il y a eu des départs, le groupe est très sollicité. / Crédits : DR

    StreetPress dans le viseur

    Loin de s’arrêter aux révélations de StreetPress, les membres du groupe ont continué à échanger autour de posts pour le moins douteux : une vidéo datant du 25 janvier 2020 a été diffusée à nouveau et largement commentée. Des jeunes miment un passage à tabac sur un adolescent seul. Ce dernier est blanc, les autres noirs. Il s’agit en réalité d’un canular. Cette vidéo avait été reprise des milliers de fois sur internet par l’extrême droite pour dénoncer un phénomène de racisme anti-blanc. Ici, beaucoup ne connaissent pas l’intox et y vont de bon coeur :

    « Oh des racistes ! Surement des policiers ! »

    « Et l’autre peintre de SOS racisme il a quoi à dire sur cette vidéo ? Rien comme d’habitude, quelle bande d’abrutis très courageux. »

    « Allez StreetPress de merde, on ne vient pas commenter cette vidéo bande de collabos ?? »

    « Les protégés de l’Etat sur un pauvre petit blanc lamentable. »

    « ..triste France.. »

    « Des animaux. »

    Finalement, certains interviennent pour calmer la récréation : « Cette vidéo a été fabriquée. Elle date. En fait c’était pour faire le buzz de ce que j’ai cru comprendre. À voir. »

    Sur l’actualité, un policier compare, par exemple, sa réjouissance de la mort du terroriste algérien Abdelmalek Droukdel, dans une opération menée par des forces françaises, avec celles de Zyed et Bouna, Sabri ou encore Kemyl. « À l’attention du trou du cul de StreetPress… J’ai le droit de me réjouir de la mort de cet enculé ou tu vas me taxer de racisme ? », lance un membre, quand une femme lui répond :

    « D’ici à ce qu’il y ait une manif’ pour dénoncer son assassinat, il n’y a qu’un pas ! »

    « TerroLiveMatter ? », ajoute un autre. Le policier à l’origine de cette publication est un habitué du fait. Sur son profil, on retrouve une vidéo, également présente sur le groupe TN Rabiot Police. C’est une parodie raciste de la publication officielle du gouvernement sur les gestes barrières :

    « Pour vous protéger et protéger les autres, restez chez vous.
    Sauf : Le département 93
    Le califat de Trappes
    Marseille
    L’agglomération lyonnaise
    Toulouse le Mirail
    Les 18e et 20e arrondissements de Paris
    Le cluster de Creil
    Les camps de gitans
    Grigny la Grande Borne. »

    Quelques-uns des nouveaux messages de ce groupe

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/unnamed_4_1.png

    Les captures publiées par StreetPress – telles que « c’est noir de monde », « non c’est noir de merde » – ne relèvent pas du racisme pour les membres du groupe. / Crédits : DR

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/terrolivematter_00000_1.png

    « TerroLiveMatter ? », se moque un policier du groupe. / Crédits : DR

    https://backend.streetpress.com/sites/default/files/unnamed_5_1.png

    Les membres du groupe continuent d'échanger autour de posts pour le moins douteux, comme cette vidéo canular qu'ils prennent pour de vrais faits. / Crédits : DR

    Que fait Facebook ? Le réseau social n’a pour le moment pas répondu à nos questions.

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    Forcer le ministre de l’Intérieur à saisir la justice en mettant au jour les messages racistes échangés par des milliers de policiers sur des groupes Facebook. Provoquer une enquête de justice suite à la révélation d’un système de maltraitance et de racisme dans les cellules du tribunal de Paris. Contraindre Franprix à cesser l’usage quasi illégal d'auto entrepreneurs durant le confinement...

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