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    25/01/2022

    En « off », les soutiens du candidat offrent des pseudos scoops

    La presse intoxiquée par les confidences du clan Zemmour

    Par Pierre Plottu , Maxime Macé

    Vous voulez savoir qui va rallier Zemmour ? Appelez n'importe lequel de ses proches, il lâchera trois noms. Une stratégie pour détourner l'attention des médias des vrais sujets.

    Stéphane Ravier, Nicolas Bay ou, plus étonnant, Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud, voire même Marion Maréchal (ex-Le Pen) : en « off » (contre la promesse que le nom de la source ne serait pas ébruité), les équipes de Zemmour susurrent aux journalistes quantité de noms de futurs ralliements. « Ce sera bientôt annoncé », glisse un cadre de Reconquête à StreetPress. « Vous devriez suivre ça de près », conseille une source de poids au sein de la Zemmourie. Info ou intox ? Impossible à vérifier. Mais, satisfait des retombées médiatiques des derniers épisodes, le clan Zemmour joue à fond la carte du feuilleton et abreuve de tuyaux toute la presse, confirment à StreetPress plusieurs journalistes de presse écrite.

    Un storytelling non sans fondement mais qui permet aussi de mettre en scène une dynamique, alors que la fusée Zemmour est à la peine dans les sondages.

    Du vice-président de LR Guillaume Peltier aux eurodéputés RN Gilbert Collard et Jérôme Rivière en passant par le twittos identitaire Damien Rieu ou encore le très hanounesque Jean Messiha : Eric Zemmour a enregistré une cascade de ralliements ces derniers jours. « Et ce n’est que le début… », affirme une de nos sources, « d’autres attendent le moment propice ». Puis d’ajouter : « Tout individu normalement constitué sait qu’il est temps d’en finir avec le piège tendu par Mitterrand qui a bâti un mur artificiel entre les droites et faire enfin l’union ».

    « L’union des droites », vieille lubie portée ces derniers temps par la droite hors les murs et que Zemmour entend désormais réaliser. Tel un Macron d’extrême droite, il veut dynamiter la politique française et surtout la recomposer autour de lui.

    Faire oublier une actualité gênante

    Cette stratégie permet aussi de faire oublier une actualité plus gênante. Qui se souvient que, lundi dernier, le candidat à la magistrature suprême a été condamné pour « provocation à la haine raciale » ? Qui a en mémoire son procès en appel, jeudi, pour avoir prétendu que Pétain, à la tête du régime collabo de Vichy, aurait « protégé les Juifs français » pendant la Seconde Guerre mondiale ?

    Balancer à la presse des noms gratuitement, ou non, n’engage à rien. D’autant que ces infos sont invérifiables et que tout peut changer jusqu’au dernier moment. Le RN peut par exemple rattraper certains partants au vol. Mais ça marche médiatiquement. Il est si facile de jouer sur les appétits de certains journalistes toujours en recherche d’une petite phrase exclusive ou d’un « scoop »… D’autres tentent de résister. Un de ceux qui suivent l’extrême droite glisse :

    « Ça s’appelle du teasing et Zemmour a des gens payés pour faire ça. Des confrères déconnent grave. Moi, je ne rentre pas dans la course de petits chevaux. »

    « C’est le supplice chinois », décrypte un autre. « L’objectif est de torpiller le grand meeting de Marine Le Pen du 5 février. Ils vont égrainer les ralliements jusque-là… D’ailleurs mercredi il est prévu qu’un ou deux nouveaux noms sortent. C’est utile aussi pour regonfler les troupes alors que les sondages sont peu flatteurs. » Un petit jeu qui ne doit pas non plus occulter le fait que les ralliements viennent effectivement de toutes les droites. Ou plutôt de toutes les droites extrêmes. Preuve que la candidature d’Eric Zemmour vient bien rencontrer une réalité politique.

    D’autant que LR est à la peine, et se bat toujours pour une qualification au second tour de la présidentielle qui n’est pas, pour l’heure, acquise. Un nouvel échec au soir du premier dimanche de vote et le parti serait cantonné à jouer les seconds rôles pour encore cinq ans. D’un autre côté, le RN, s’il semble le favori pour jouer le duel du second tour, apparaît toujours incapable d’accéder à l’Élysée. Une troisième défaite de Marine Le Pen pourrait enfin sceller son sort… Du moins selon ses détracteurs, qui ne tarissent pas en « off ».

    Image d’illustration d’Éric Zemmour provenant du documentaire « Zemmour, une obsession française » de BFMTV

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