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    31/05/2022

    Com’ et soutien très ciblé

    En Ukraine, l’extrême droite française joue la carte de l’humanitaire

    Par Maxime Macé , Pierre Plottu

    Depuis le début de l’invasion russe, une partie de l’extrême droite française met en scène son engagement humanitaire sur la zone. Mais que font-ils vraiment là-bas ?

    Des appels aux dons, des collectes, des militants qui se rendent sur place pour aider et, surtout, une intense communication : depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, l’extrême droite française est mobilisée. Au point de pousser certains admirateurs de Poutine à tourner casaque.

    Dès les premiers jours de l’offensive russe, alors qu’aucun ne pense encore que Kyiv est sur le point de tomber, les identitaires ont dégainé « Auxilium europae ». Le mouvement publie des vidéos mettant en scène de (maigres) collectes et une propagande typique de la mouvance. Des capsules qui sont d’ailleurs reprises par les groupes et têtes d’affiche identitaires. Cette nouvelle structure ne tente même pas de brouiller les pistes. Il apparaît très vite que l’initiative est liée à des Niçois ex-de Génération identitaire, le groupuscule dissous en mars 2021. Plus précisément du 15.43, anciennement Lou Bastioun, groupe local fondé du temps où GI n’était que la branche jeunesse du Bloc Identitaire.

    Auxilium europae fait rapidement quelques collectes, à Paris et Rouen notamment. « Si vous ne vivez pas dans une très grande ville où est présente l’association il vaut mieux faire un don », répond un anonyme qui semble bien renseigné à une twittos qui cherche à aider. « En chèque c’est possible ? », demande-t-elle. Réponse : « On vient à peine de déposer l’association en préfecture, il n’est pas encore possible de faire de don par chèque. Uniquement via la cagnotte en ligne ». C’était le 5 mars. En cette fin mai 2022, toujours aucune trace de l’association au journal officiel.

    Début mars, « onze volontaires » sont partis en camionnette vers la Hongrie pour aider les réfugiés ukrainiens. En quelques jours de mission, Auxilium europae a diffusé pas moins de huit vidéos de cette action. On y voit les denrées qu’ils ont emmenées à la frontière et leur unique distribution de repas, leurs déambulations parmi les réfugiés aussi. Mais le tout ressemble plus à un vlog de voyageurs. Le comble : ils filment surtout d’autres associations qui, elles, se retroussent les manches.

    Une deuxième opération a été montée fin mars « grâce aux dons » récoltés via une cagnotte en ligne ouverte sur la plateforme Papayoux solidarité. Un second voyage auquel ont ouvertement participé les identitaires du 15.43 niçois et qui leur a donné l’occasion de tourner deux nouvelles vidéos. Depuis, plus rien. Et quand nous avons tenté de contacter la structure, silence radio.

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    Auxilium europae est liée à des Niçois ex-de Génération identitaire, le groupuscule dissous en mars 2021. Plus précisément du 15.43, anciennement Lou Bastioun. / Crédits : DR

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    Lors de ses voyages, Auxilium europae a surtout filmé d’autres associations qui, elles, se retroussent les manches. Mais depuis une deuxième opération fin mars, c'est le silence radio. / Crédits : DR

    Peu d’actions, beaucoup de vidéos

    Cette guerre est une opportunité unique pour un jeune activiste d’extrême droite qui rêve de révolution par les armes de vivre le grand frisson d’une zone de guerre à portée de voyage en voiture. Mais enfin – voire surtout pour les identitaires notamment – c’est la toile de fond rêvée pour faire de la com’. C’est pour ces radicaux l’occasion d’apparaître du bon côté de l’histoire : qui pourrait leur reprocher d’aller aider les Ukrainiens attaqués ?

    Les « féministes les plus identitaires de ta région » du Collectif Némésis se sont également affichées à la frontière ukrainienne. Leur présidente aperçue notamment chez Hanouna, Alice Cordier (un pseudo) et un groupe de militantes ont passé trois semaines environ en Slovaquie. Et ont elles aussi abondamment communiqué.

    Un voyage dans une camionnette qu’elles ont baptisé le « Némébus » et documenté par une intense activité sur les réseaux sociaux. « De Bratislava (la capitale slovaque, frontalière de l’Autriche) à Vysné Nemecké, en passant par Michalovce et Kosice, notre objectif était de nous rendre utiles dans les différents camps slovaques », raconte par exemple une militante sur Instagram.

    Elles ont participé à des distributions d’aides, ont acheté des biens de première nécessité et donné un coup de main dans des centres d’accueil. Elles ont aussi passé du temps avec des gosses, petits réfugiés dont l’enfance a été brisée par le fracas des armes. Des bons réfugiés, eux, visiblement. D’ailleurs plusieurs d’entre elles l’ont souligné pendant leur voyage : là-bas au moins, en « zone préservée » (comprendre sans immigrés extra-européens), elles n’avaient pas peur de se balader dans la rue le soir…

    « Elles sont allées en Slovaquie à la frontière polonaise », confirme Alexis Issaurat, un ancien du DPS, le service d’ordre du FN, qui vit désormais en Pologne et a vécu en Slovaquie. Mais il est aussi très critique vis-à-vis de l’escapade des Némésis. Il affirme :

    « J’ai des amis sur place. C’est une énorme escroquerie ! Elles ont réclamé de l’argent à tout le monde pour y aller, là-bas elles ont offert le minimum syndical. »

    Tout l’argent collecté a-t-il vraiment servi à cette opération humanitaire ? Dans la mouvance, certains s’interrogent. Une autre source, qui préfère rester anonyme, insiste sur la réalité de leur action de terrain. « Mais il y a des gens plus portés sur la com’ », glisse-t-elle également… Une communication en effet très travaillée, qui a pourtant connu quelques ratés. Comme une séquence où Alice Cordier invite une de ses militantes à « faire quelque chose » alors que d’autres bénévoles déchargent des denrées car « elle filme là »…

    Pourtant le groupe refuse de répondre aux questions de StreetPress. Et puis finalement si, mais toujours par réseaux sociaux interposés. Sollicitée pour un entretien, Alice Cordier a préféré publier une bordée de stories sur son compte Instagram. Pour justifier une fois de plus de séparer les « réfugiés » ukrainiens qui « ne sont pas dangereux pour nous » des autres « migrants » « extra-européens ». Toujours la même logique en somme : « Les nôtres avant les autres ».

    Réseaux radicaux

    « Urgence humanitaire » est une autre association qui s’est rendue à la frontière et en territoire ukrainien. Parfois même tout près du front. Début mars, la structure voit le jour sur les réseaux sociaux et via un site Internet. Ou plus précisément deux sites : le premier au nom de l’asso, le second sous le nom « réfugiés Ukraine ». Des mots-clés, choisis habilement pour tenter de booster le référencement.

    Deux plateformes qui ne payent pas de mine aux premiers abords. L’évocation de réfugiés « membres de la même famille européenne que nous » sur l’une d’elles, flèche pourtant assez précisément. Tout comme l’évocation des « armes de destruction massive » qu’aurait employé l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, autre zone de conflit où intervient la structure depuis plusieurs années « pour apporter une aide matérielle et un soutien moral aux chrétiens réfugiés ». Mais sous un autre nom : « Solidarité Arménie ».

    En grattant le vernis, le lien avec l’Alvarium, groupe angevin tendance national-catholique identitaire (et héritier local des néofascistes du Bastion social), est évident. Un groupe d’extrême droite dissous par les autorités en novembre dernier. La directrice de la publication du site d’Urgence humanitaire est Thérèse Beauvais, ancienne suppléante à un scrutin local de Jean-Eudes Gannat. Le leader de l’Alvarium a été récemment aperçu tenant le mégaphone au C9M, la manif parisienne annuelle des nationalistes-révolutionnaires français.

    Les militants du Réseau angevin antifasciste (Raaf) ont aussi mis en évidence que le nom de domaine « réfugiés-ukraine.fr » a été acheté par la société bretonne Omni Raise. La boîte appartient à Tristan Mordrelle, un sympathisant de la Nouvelle droite, fils de collabo et proche de sphères néonazies. C’est aussi un spécialiste des levées de fonds pour candidats d’extrême droite qui, a révélé Libé, a été embauché par Zemmour pour collecter des sous pour sa campagne présidentielle. Côté finances, Urgence humanitaire appelle aux dons, défiscalisés, au titre de la réglementation déclarative sur les initiatives d’intérêt général.

    Sur le terrain, l’asso est dirigée par Henri de la Marchandise, pseudo bien connu de l’alsacien Xavier Maire. Un militant historique du Gud et du Bastion social strasbourgeois, également adhérent FN. Il a rencontré plusieurs fois Jean-Marie Le Pen à Montretout ou fait déplacer pour une réunion de radicaux, en 2018, Bruno Gollnisch, qui est toujours membre du bureau national du parti lepéniste.

    Xavier Maire était notamment de la bande de fafs radicaux qui ont été arrêtés suite aux émeutes en jaune de début décembre 2018, aux côtés de membres éminents des Zouaves Paris, comme le racontait à l’époque StreetPress. Il a aussi à son actif le petit livre « Paroles d’anciens – témoignages des ultimes survivants de la croisade contre le communisme ». Un opuscule narrant les mémoires d’ex de la Waffen SS et autres unités de volontaires étrangers de régimes fascistes. Il arbore une totenkopf, symbole de la SS, tatouée sur le torse. Bref, un simple humanitaire.

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    Soleil, coquillage et tête de mort nazie. / Crédits : DR

    Un maire RN soutient les néo-fascistes

    Retour au périple ukrainien de la bande. Xavier Maire, en compagnie de Jean-Eudes Gannat, s’est rendu dès début mars en Ukraine pour préparer le terrain et nouer des contacts. Plus tard dans le mois, une camionnette avec des denrées est partie d’Angers pour la frontière ukrainienne. Xavier Maire et quelques volontaires ont alors fait un détour par Hayange en Moselle (57), tenue par le RN Fabien Engelmann. Ils y ont récupéré des dons et pris la pose pour une photo avec l’édile en personne.

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    Xavier Maire et Jean-Eudes Gannat, le leader de l'Alvarium, se sont rendus dès début mars en Ukraine pour préparer le terrain et nouer des contacts. / Crédits : DR

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    En mars, Xavier Maire et quelques volontaires ont fait un détour par Hayange en Moselle (57), tenue par le RN Fabien Engelmann, ils y ont récupéré des dons et pris la pose pour une photo avec l’édile en personne. / Crédits : DR

    « Je ne les connais pas et je ne demande pas le CV des gens… », balaye à propos de cet épisode Fabien Engelmann joint par téléphone. Puis il reconnaît les avoir vus « une ou deux fois ». Mais insiste : ce sont des jeunes gens courageux. « La ville a offert du matériel médical et il est arrivé, c’est tout ce qui compte ». Envisage-t-il d’accueillir des ukrainiens qui fuient la guerre, comme l’a fait Louis Aliot, maire RN de Perpignan ?

    « Des habitants d’Hayange accueillent déjà des réfugiés ukrainiens, qui sont de vrais réfugiés pas comme ceux qui arrivent du fin fond de l’Afrique. »

    Après leur étape à Hayange, les bénévoles d’Urgence humanitaire sont partis pour Lviv. Depuis la ville de l’Est de l’Ukraine, ils ont posté des photos moins officielles sur lesquelles ils ont pris soin de se flouter. Ils s’y revendiquent du RED Angers, groupuscule qui a fait parler de lui il y a quelques années pour des violences dans une fac angevine.

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    Les bénévoles d’Urgence humanitaire se sont revendiqués en Ukraine du RED Angers, groupuscule qui a fait parler de lui il y a quelques années pour des violences dans une fac angevine. Ils posent également ici avec un drapeau du Secteur droit, un parti politique ultranationaliste ukrainien. / Crédits : DR

    Au fil des jours, puis des semaines, ils se sont rendus à Kyiv et Kharkiv. Ils ont notamment fourni du matériel médical. « On a beaucoup fait les hôpitaux militaires, mais on a aussi livré des couches et des produits d’hygiène à un hôpital civil », précise Jean-Eudes Gannat, qui a participé à une mission.

    Un soutien aux néonazis d’Azov

    Une vraie action de terrain, dans des zones parfois proches des combats. « Premier secours sur la ligne de front », dit Xavier Maire en légende d’un cliché où on peut le voir soigner un « volontaire ukrainien » blessé par des shrapnels. Des missions globalement pas vraiment à destination des civils fuyant les combats, mais plutôt en direction des combattants. Et via des réseaux tout sauf anodins.

    Fin mars, une photo montre Xavier Maire en compagnie de deux autres volontaires, un Italien et un Canadien, occupés à préparer des trousses de secours. Le cliché a été posté par Olena Semenyaka, figure du mouvement radical Corps national, fondé en 2016 par des vétérans d’Azov. Xavier Maire a d’ailleurs passé du temps au siège du groupe à Kyiv.

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    Xavier Maire pose avec Olena Semenyaka, figure du mouvement radical Corps national, fondé en 2016 par des vétérans d’Azov. Xavier Maire a d’ailleurs passé du temps au siège du groupe à Kyiv. / Crédits : DR

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    Semenyaka se félicite des dons de l'Alvarium et de Xavier Maire dons en faveur des des forces spéciales d’Azov. / Crédits : DR

    Sur un autre cliché, Semenyaka brandit un tee-shirt de L’Alvarium et remercie ses « amis » : Xavier Maire et le groupe pourtant déjà dissous à cette date. Elle se félicite de leurs dons en faveur des troupes du GUR Kraken à Kharkiv, des forces spéciales d’Azov ainsi que pour « l’unité des volontaires étrangers » et vétérans du régiment. Elle évoque aussi des « cadeaux non moins intéressants qui ne sont pas sur la photo ». Lesquels ? « Des pansements par exemple, des choses dont ils ont besoin sur place et qu’on trouve plus facilement en France », répond Jean-Eude Gannat. Xavier Maire n’a pas souhaité nous répondre.

    « Corps national est un parti extrêmement jeune qui, indépendamment de son idéologie nationaliste-révolutionnaire, est une sorte de polycratie », détaille l’historien et spécialiste de l’extrême droite ukrainienne Adrien Nonjon pour StreetPress. « Par exemple, on a un pôle de type “Nouvelle droite” dirigé par Olena Semenyaka qui veut se concentrer sur des projets métapolitiques tandis qu’il y a des pôles qui se revendiquent d’Azov et qui sont ouvertement néonazis. Ces derniers se servent du prestige du régiment et du parti pour pouvoir se concentrer sur la formation de militants ou rencontrer des organisations suprémacistes. La hiérarchie du Corps national est assez peu regardante là-dessus bien qu’il ne s’agisse pas de sa propre orientation », poursuit Adrien Nonjon.

    Et de conclure : « Que Corps National et Olena Semenyaka fassent de la propagande sur le fait qu’ils reçoivent du soutien humanitaire de ces Français permet d’envoyer un message aux mouvances pro-russes européennes. En substance : “Vous pensiez sauver l’Europe en vous alliant à la Russie alors que certains de vos homologues ont bien compris que nous sommes le dernier rempart de l’Europe. Revoyez votre position”. »

    Le RN en profite pour faire oublier ses amitiés russes

    Le Rassemblement national s’est aussi (modestement) investi dans l’humanitaire à destination de l’Ukraine. Un « Ukraine washing » initié par la patronne pour mieux faire oublier ses accointances avec le Kremlin et son emprunt russe. Début mars, en pleine campagne présidentielle, Marine Le Pen a expliqué « avec des trémolos dans la voix » la nécessité d’accueillir les réfugiés ukrainiens, note Mediapart. Le site d’information souligne d’ailleurs qu’elle n’a pas oublié de donner des gages à ses militants si peu friands de « migrants » en dénonçant la « subversion migratoire qui fait que les Français ne reconnaissent plus leur ville, leur quartier, leur pays ». « L’immigration est un projet qu’ils concoctent dans votre dos » a-t-elle même osé. Le mythe du grand remplacement dans toute sa splendeur.

    Mais dans les faits, il n’y a guère que Louis Aliot qui a, semble-t-il, répondu à son appel à faire un geste envers les populations fuyant la guerre de Poutine. Toujours début mars, le maire RN de Perpignan a convoqué les photographes pour s’afficher grimpant dans un bus qui partait chercher des réfugiés ukrainiens en Pologne. Depuis, plus rien. Com’ toujours.

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