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    31/05/2023

    Les Levavasseur aiment Dieu, l’horticulture et les antisémites

    Ces millionnaires angevins sponsors de l’extrême droite violente

    Par Maxime Macé , Pierre Plottu

    Côté pile, les Levavasseur (père et fils) sont des notables habitués des cérémonies officielles et bien intégrés dans la bourgeoisie catholique d’Angers. Côté face, ils fréquentent et financent l’extrême droite ultra radicale et violente.

    La soirée du nouvel an 2022 est festive et arrosée dans ce bel appartement au décor baroque avec vue sur l’Élysée. Un tapis de créateur, du mobilier style Ancien Régime et, surtout, un bric-à-brac sans queue ni tête meublent les lieux. Dans un coin, une tête de zèbre porte une casquette « Make America Great again », le slogan de Donald Trump. Plus loin, des affiches de propagande nord-coréennes. Ici, une poupée vaudou à l’effigie de Nicolas Sarkozy. Là, une matriochka Macron… Une caverne d’Ali Baba foutraque, antre d’un dandy loufoque : Axel Levavasseur. Un jeune homme issu d’une vieille famille angevine friquée qui grenouille avec l’extrême droite la plus radicale.

    La vue sur la présidence de la République fait d’autant plus marrer les nombreux invités qu’elle contraste avec un autocollant de l’Amitié & Action française. Le groupuscule royaliste aux forts relents antisémites est notoirement antirépublicain. Pas de quoi effaroucher, toutefois, les quelques dizaines de convives de la sauterie. Et pour cause. Parmi les fêtards, StreetPress a notamment reconnu Greg Tabibian et deux autres youtubeurs de la fachosphère, moins connus. Un journaliste qui collabore à Éléments mais aussi à Omerta. Etienne Cormier, un cadre du groupuscule dissous Génération identitaire. Et, en loden, les cheveux plaqués en arrière, Paul-Alexis Husak un militant du Groupe union défense (Gud), ancien des Zouaves Paris et de l’Alvarium. Quelques jours plus tôt encore, ce vingtenaire qui se donne des airs de dandy-voyou avec son look fascisant, était en garde à vue. C’était pour son implication dans la descente raciste avortée qu’une quarantaine de militants d’extrême droite avaient préparé le soir du match France-Maroc. Une « ratonnade » d’un autre temps qui a été empêchée par l’intervention de la police, narrait Libé.

    Que du beau monde parmi les invités du maître des lieux, le sieur Axel Levavasseur. Peu connu du grand public, ce jeune homme n’est pourtant pas discret : son compte Instagram, où il cultive ses amitiés avec les branches les plus radicales de l’extrême droite française, est longtemps resté en accès libre. On y trouve des photos de soirées mondaines ou d’arbres précieux, son activité professionnelle et des clichés avec le gratin de l’extrême droite française. Jean-Marie Le Pen et son bras droit Lorrain de Saint-Affrique. Un « ami », juge ce dernier.

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    Jean-Marie Le Pen et Axel Levavasseur. / Crédits : Instagram d'Axel Levavasseur

    Il prend aussi la pause aux côtés du très antisémite Alain Soral. Selon un document que StreetPress s’est procuré, le polémiste antisémite espérait un temps obtenir un soutien financier de son ami millionnaire angevin. Rien ne nous permet cependant d’affirmer que son souhait a été exaucé. Axel Levavasseur s’est aussi pris en photo avec, en vrac, des cadres du très pétainiste Parti de la France, le chef de la commission chasse de R! pendant la présidentielle, Christophe Hameline, ou encore les fondateurs de Canto, l’application qui fait chanter les fachos détaillée ici par Libé.

    C’est aussi un grand ami de la Russie à la sauce Poutine, comme le souligne une récente enquête de Blast sur les cénacles de la survivance de la famille Romanov en France… Sur Instagram, le jeune homme rend ainsi des hommages appuyés à Daria Douguine, la fille du théoricien d’un eurasisme suprémaciste blanc Alexandre Douguine. Levavasseur était d’ailleurs parmi le petit cercle de radicaux qui ont assisté à la messe hommage organisée à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. La jeune femme est décédée dans un attentat à la bombe non loin de Moscou le 20 août dernier.

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    Selon un document que StreetPress s’est procuré, Alain Soral espérait un temps obtenir un soutien financier de son ami millionnaire angevin. / Crédits : Instagram d'Axel Levavasseur

    Une famille de notables

    Le compte Instagram Axel Levavasseur est subitement passé en « privé », son contenu n’étant plus consultable que par les contacts de Levavasseur, ce mercredi 24 mai. La veille, StreetPress était à Angers (49) pour enquêter sur son implication dans la mouvance radicale locale. Hasard ou coïncidence ? Sur place, tous disent en tout cas la même chose : Axel Levavasseur est discret, mais c’est un gosse d’une de ces grandes familles qui règnent sur le coin. L’Anjou est une terre historiquement aisée, un terroir d’horticulture. Les Levavasseur y ont pris racine il y a plus d’un siècle. L’un des aïeux a été maire de la ville, où une rue est baptisée du patronyme de la famille. Grand-papy y a fait fortune. Et si la boîte familiale a coulé en 2017, les Levavasseur restent prospères et solidement ancrés dans la petite élite locale.

    Selon plusieurs sources locales, Axel Levavasseur est ainsi propriétaire de plusieurs biens immobiliers à Angers. Et notamment du 31 rue du Cornet, en plein centre-ville ancien. Coincée entre le château et le jardin des plantes, l’adresse est bien connue des Angevins. Elle a en effet abrité pendant de longues années le local de l’Alvarium « contre évidemment un loyer », assure à StreetPress Jean-Eudes Gannat, leader de l’ex-Alvarium jusqu’à sa dissolution. Le 17 novembre dernier le Conseil des ministres a décidé de l’interdiction du groupuscule pour sa violence et son racisme.

    Un lieu stratégiquement situé qui a été retapé en bar privé et accueillait les soirées et conférences du groupe. Des soirées privées, aussi, où la bière coulait à flot : « Trois à quatre fûts par semaine », assure Jean-Eudes Gannat, avec des pintes vendues trois euros pièce, « sans oublier les goodies, le vin, la petite restauration et les dons ». Un classique dans la mouvance. De Lyon (69) à Lille (59) en passant par Nice (06), ces locaux servent à collecter des fonds tout autant que de QG. Mais aussi à développer une vie sociale, à souder la « communauté » et à attirer de nouvelles têtes.

    « C’est une mise à disposition militante », assène l’adjointe au maire d’Angers en charge de la sécurité Jeanne Behre-Robinson. « Avant d’avoir un local rue du Cornet, l’Alvarium occupait un appartement avenue Pasteur et nous avons travaillé avec la copropriété pour les faire partir. Le syndic avait entamé une procédure juridique pour résilier le bail. Nous n’avons jamais su si le loueur de l’époque était un sympathisant. Reste que, fort de cette expérience, le groupe a cherché un local auprès d’une personne proche de ses convictions. Il a alors investi la rue du Cornet », explique l’élue locale. « C’est à ce moment que j’ai découvert que le bâtiment appartenait à Axel Levavasseur », précise Jeanne Behre-Robinson. « Je ne le vois jamais à Angers et encore moins en centre-ville. C’est un homme assez discret. Il n’est plus actif politiquement dans le champ républicain. Il y a quelques années, il a eu sa carte à l’UMP quand il était étudiant. »

    StreetPress a pu consulter un dossier d’enquête concernant des faits de violence sur des passants, qui avaient eu le malheur de coller un autocollant antifasciste près de l’Alvarium, un soir du printemps 2021. Les victimes ont été poursuivies et « lynchées » : dents cassées, points de suture, fractures… Une quinzaine d’individus sortis du local du groupe d’extrême droite sont mis en cause pour ces violences en réunion. Ils auraient également volé des effets personnels aux victimes. Parmi eux, bien qu’il n’ait donné aucun coup selon la procédure, le leader du Gud connu pour sa violence : Marc de Cacqueray. Dans le cadre de cette enquête Axel Levavasseur a été entendu en tant que propriétaire des lieux. Et a précisé aux enquêteurs : « Il n’y a pas de bail écrit, c’est verbal ». Bref, un arrangement entre copains.

    Axel Levavasseur, contacté par StreetPress, précise ne pas être « un militant politique » tout en disant « assumer totalement (s)es implications dans ce projet qui a cristallisé Angers pendant trois ans ». Mais de nuancer :

    « On ne peut pas parler de soutien réel, mais d’accompagnement ».

    Et quel accompagnement : il reconnaît ainsi avoir « acheté ce bien [de la rue du Cornet, ndlr] pour eux [l’Alvarium, ndlr] avec un emprunt ».

    « Ça témoigne au moins d’un haut niveau de confiance entre les deux parties… », commente une source locale. Le Réseau angevin antifasciste (Raaf) révélait d’ailleurs en août 2021, qu’une seconde association : « Les butineurs de l’Anjou », est domiciliée au 33 rue du Cornet. Elle a pour président Axel Levavasseur. Le groupe antiraciste note malicieusement que le nom de la structure « masque mal ses affinités : pour mémoire, en latin “alvarium” signifie “ruche”… » Encore le hasard, sans doute.

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    Sur un énième post Instagram, le millionnaire angevin Axel Levavasseur pose au centre avec Karl-Alexandre Lapointe (à gauche), ancien du mouvement de jeunesse du très raciste Henri de Lesquen, et Jordan Florentin (à droite), ancien employé du média pro-Zemmour Livre noir. / Crédits : Instagram d'Axel Levavasseur

    Au nom du père

    Côté business, Axel Levavasseur est à la tête d’une boîte d’horticulture plutôt prospère. Il peut compter sur un associé de poids : son père, Pascal Levavasseur. Sur place, tous nos interlocuteurs s’accordent à dire que ce dernier est actif dans la vie locale. Il cumule par exemple les casquettes de président de L’Association nationale des membres de l’ordre national du mérite du département, et de l’Association catholique angevine des œuvres d’assistance et de bienfaisance. Mais pas seulement. « Je connais monsieur Levavasseur père par le biais de son activité horticole et comme président de l’Union nationale des officiers de réserve de l’Anjou », précise Jeanne Behre-Robinson, l’adjointe au maire chargée de la sécurité à Angers. « Je le croise comme élue locale lors de dépôts de gerbe ou de cérémonies d’hommages », nous explique-t-elle, ajoutant :

    « Je ne peux vous dire s’il est en phase avec les idées de son fils. »

    « Ce n’est pas un type de gauche », lâche en riant, sous couvert d’anonymat, un autre élu local qui dit le connaître personnellement. « Il n’a pas rompu avec son fils de ce que j’en sais », ajoute cette source. Ni avec les amis de son fils visiblement. Sans que cette proximité avec l’extrême droite violente, ne lui ait valu une mise au banc de la bonne société locale. Fut un temps, outre des maraudes sociales – mais « sélectionnant les SDF blancs et paraissant français » glisse une autre élue locale –, l’Alvarium mettait également en scène l’animation d’un « jardin communautaire ». Basiquement un potager, ou plutôt quelques petits rangs de légumes avaient mis en évidence le Raaf. Cohérent pour un groupe qui prône notamment l’amour de la terre. Le lopin était installé à Brain-sur-l’Authion (49), en proche périphérie d’Angers, sur un terrain appartenant, comme l’avait découvert le groupe antifasciste, à Pascal Levavasseur.

    Une jeune bourgeoisie FAF

    Et depuis la dissolution de l’Alvarium ? Un nouveau groupe, le « Red Angers », a pris le relais. Mêmes visages, mêmes thèses et même local : cette nouvelle mouture a tout de la reconstitution de ligue dissoute. Et pas n’importe laquelle puisque le groupe reprend à son compte un alias utilisé par le Gud dans les années 2000. Gud dont les affiches ornaient d’ailleurs les murs du local de l’Alvarium, rue du Cornet. Le Red Angers serait d’ailleurs étroitement surveillé par le renseignement territorial, assurent plusieurs sources, car les agressions, notamment à caractère raciste ou lgbtphobe, se poursuivent. Mi-mars, un militant de Génération.s aurait par exemple été agressé devant le 31 rue du Cornet. Il a raconté avoir été plaqué contre un mur et menacé par des militants d’extrême droite qui ont aussi tenté de lui voler son téléphone. Une plainte a été déposée.

    Le groupuscule dispose par ailleurs d’un nouveau lieu de rencontre, pour ne pas dire un nouveau local. Il se situe dans les locaux d’un ancien bar du centre-ville d’Angers qui a mis la clef sous la porte, le Bazar, nous expliquent des sources locales. Ce dernier est la propriété d’Aloïs H., un autre fils de la bourgeoisie angevine très aisée et lié avec certains cadres de la mouvance d’extrême droite d’Angers, mais aussi d’un peu partout. Il est néanmoins décrit comme « moins militant et moins fantasque qu’Axel Levavasseur ».

    La majorité présidentielle se fait discrète

    Si « Angers est un peu l’archétype de la ville de cathos de gauche bienveillants », nous glisse une élue d’opposition, une partie de la jeunesse des bonnes familles locales se retrouve dans l’orbite de la mouvance Nationaliste Révolutionnaire d’Angers. « Après la dissolution de l’Alvarium, la mairie a fait le job mais toujours avec ce souci de ne pas froisser son terreau très Manif pour tous, très messe en latin » commente cette élue qui demande à rester anonyme car « on a vu ce qu’il s’est passé à Saint-Brevin… » Dans la majorité municipale, plusieurs élus sont issus de Sens Commun, une émanation de La Manif Pour Tous qui est devenu le Mouvement conservateur, soutien d’Eric Zemmour pendant la dernière présidentielle.

    De la même façon, quand l’Étincelle, local municipal qui était loué à des associations de gauche, a été attaqué en 2021, le maire Christophe Béchu, aujourd’hui ministre de la Transition écologique, avait réagi en renvoyant dos-à-dos « les extrêmes », déplorent plusieurs de nos sources. Dans cette histoire pourtant, il y avait des victimes (les associations) et des agresseurs (les militants d’extrême droite). Ces derniers avaient même revendiqué leur acte sur les réseaux habituels de la fachosphère, diffusant une photo de leur méfait tout en multipliant les références nazifiantes.

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