Agressé parce que musulman  Nouredine Rachedi « attend la lucidité de ses concitoyens »

Agressé parce que musulman Nouredine Rachedi « attend la lucidité de ses concitoyens »

Mardi à Versailles s'ouvrait le procès des deux « skinheads » accusés

Islamophobie | Reportages | par | 2 Février 2012

Agressé parce que musulman Nouredine Rachedi « attend la lucidité de ses concitoyens »

Sur StreetPress Nouredine Rachedi explique que « tous ces procès de victimisation » ont été le plus difficile à surmonter après son tabassage. « Ce n'est pas évident de dire qu'on est victime parce que musulman ».

Nouredine Rachedi, 34 ans, s’est fait violemment tabassé en 2008 à Guyancourt dans les Yvelines. Ce diplômé d’un DESS de statisticien, cheveux bruns et yeux marron à la silhouette fine, se bat depuis plus de trois ans pour faire reconnaître le caractère raciste de son agression.

« Tu es musulman ? » Dans la nuit du 24 au 25 juillet, vers 00H50, Nouredine rentre chez lui lorsqu’il est stoppé par deux jeunes hommes en traversant un parc. Ils lui demandent une cigarette, puis s’il est musulman. S’en suit un passage à tabac en règle qui lui vaut 21 jours d’incapacité totale de travail.

« Je dépose plainte, le parquet décide d’instruire sur le mobile qualificatif ‘‘violences volontaires aggravées en groupe’‘ mais rien sur le caractère raciste. Il a fallu batailler au niveau du procureur de la République pour requalifier la plainte en raison de l’appartenance à une religion réelle ou supposée‘ » explique Nouredine joint par StreetPress.

Deux semaines après les faits, il reconnaît Kevin Lamadieu sans hésitation parmi les 90 photos que lui présente la police. Romain Blandin, lui, n’est identifié que huit mois plus tard.

Le fait qu’il soit tabassé alors qu’il est musulman est le plus traumatisant

Islamophobie Après une longue instruction, le procès se tient à Versailles mardi 31 janvier. Nouredine, arrive accompagné de sa sœur et d’amis. L’un d’eux, Gamal, estime qu‘« il y a une dérive un peu trop importante de ce qu’on appelle l’islamophobie, l’arabophobie ». La présidente du tribunal insiste : « l’objet du procès est de savoir si quelqu’un a été tabassé pour des raisons racistes ». Depuis son agression Nouredine se dit « hypersensible sur les questions de racisme »:

« Je prends deux exemples. Celui de l’affaire de Marwa Sherbini en Allemagne, victime d’un assassinat islamophobe un an après mon agression. Ça m’a traumatisé au point de ne penser qu’à cela alors que j’essayais déjà d’évacuer ma propre agression. Et en 2010 Saïd Bourarach qui pour des raisons raciales aussi, a été roué de coups, assassiné et dont le corps a été jeté dans le canal de l’Ourcq, ça aurait pu être moi et compte tenu de mon agression, j’aurais vraiment pu y passer… »

Skinheads Les prévenus nient formellement les faits. Ils se « fréquentent », mais aucun ne se souvient précisément de ce qu’il faisait la soirée du 24 juillet.

Kevin, 22 ans, cheveux très courts et veste noire, est plombier. « Une chose est sûre, ça va faire 4 ans que ma vie a été pourrie, il se trompe de personne » fanfaronne t-il. Il est connu des services de police pour son appartenance à des groupuscules d’extrême-droite depuis ses 15 ans. Militant au GUD, il a déjà été condamné à plusieurs reprises et reconnu comme « dangereux » par l’expertise psychiatrique. «Je suis nationaliste », revendique-t-il, mais se défend : « Je suis ni raciste, ni homophobe, ni même antisémite ». Pourtant, à son domicile, la police découvre la panoplie du parfait nazi (portrait d’Hitler, livres fascistes, photos en tenue de nazi avec des amis…). Il est aussi fiché par les RG, un point commun avec Romain, 24 ans. Étudiant en 5ème année d’histoire, cheveux longs et jean noir, il modère son engagement auprès de l’extrême droite, il est juste « gothique ».


Nouredine après son agression

Je suis ni raciste, ni homophobe, ni même antisémite

Victime Assis sur leur chaise, les mains croisés nerveusement, Kevin et Romain semblent tendus. L’autre avocat de Nouredine, Maître Nawel Gafsia, demande plus de 70.000 euros de dommages et intérêts, en soulignant que « le fait qu’il soit tabassé alors qu’il est musulman est le plus traumatisant ». A entendre Nouredine on ne peut que lui donner raison:

« J’ai beaucoup été blessé par tous ces procès de victimisation. Ce n’est pas évident de dire qu’on est victime parce que musulman, alors que dans l’esprit de beaucoup on est coupable parce qu’on est musulman. ‘‘Tu fais ta victime, tu fais ta victime’‘, mais j’ai envie de dire je suis victime !J’ai ressenti ça à mon travail, de la part d’amis que je connaissais depuis longtemps… Je peux comprendre qu’on est dans une société où le musulman n’est pas bien vu, mais j’attends de mes concitoyens qu’ils aient un minimum de lucidité. Beaucoup en ont heureusement et m’ont aidé, sinon je serais fou à l’heure actuelle ».

La procureur de la République requiert elle 18 mois de prison dont 12 avec sursis pour les deux suspects. Selon elle les prévenus n’ont pas d’alibis crédibles: « l’appartenance politique est le mobile », les « coïncidences sont troublantes » et les « imprécisions » preuves de « mauvaise foi » des prévenus.

Verdict le 14 février.


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