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    26/01/2026

    « On a besoin de réactions politiques et de lois qui nous protègent »

    Après les licenciements de salariées portant un foulard, Magellan Partners perd son contrat avec la ville de Grigny

    Par Lina Rhrissi

    À la suite des révélations de StreetPress en décembre 2025, la municipalité de l’Essonne a décidé de rompre ses liens avec le cabinet de conseil. Les salariées de Magellan Partners ont reçu le soutien de députés Insoumis à l’Assemblée nationale.

    « En raison de la lutte contre les discriminations et contre l’islamophobie, la Ville de Grigny ne peut s’inscrire dans des pratiques ou des positionnements contraires aux principes républicains », déclare la municipalité dirigée par le maire Philippe Rio, membre du Parti communiste français (PCF), dans sa réponse écrite à StreetPress ce 13 janvier.

    La mairie communiste a décidé de mettre fin à ses liens contractuels avec le cabinet de conseil français Magellan Partners, quelques jours après notre enquête sur leur politique RH, alors qu’une mission arrivait à son terme et qu’une nouvelle devait reprendre. En décembre 2025, nous révélions que le groupe avait licencié au moins deux salariées portant un foulard, en raison d’une nouvelle clause de neutralité dans son règlement intérieur datant du 1er septembre. Pendant l’été, la salariée en charge de la responsabilité sociétale des entreprises de Magellan Partners avait également été licenciée après avoir contesté la légalité de cette mesure.

    « Grigny est labellisée “territoire zéro non-recours” [faciliter l’accès aux droits de ses habitants, ndlr] depuis 2023 », détaille la mairie du 91, qui a choisi de faire appel en 2023 à Magellan Partners dans une logique de « cohérence nationale ». Le cabinet de conseil « ayant accompagné jusqu’à récemment, et pendant près de deux ans, l’État dans le cadre de la communauté apprenante nationale regroupant les 39 territoires expérimentateurs ». Le non-recours touche plus de 30 % des Français qui ne font pas les démarches pour avoir accès à leurs droits, par manque d’information ou à cause de la complexité du système de prestations sociales.

    À LIRE AUSSI (en 2025) : Le groupe de conseil Magellan Partners licencie des salariées voilées

    Les missions commandées à Magellan Consulting, l’une des entités du groupe, consistaient, entre autres, à organiser « les Rencontres de la Coopérative ». Chaque année, l’événement réunissait, pendant plusieurs jours, des travailleurs sociaux de Grigny mais aussi des acteurs de la préfecture, du département ou de la CAF pour leur permettre d’améliorer leurs compétences sur l’accès aux droits et d’échanger autour des questions « de prévention et de lutte contre la pauvreté », comme l’indique un post LinkedIn de la ville en décembre 2025.

    Contacté au sujet de la perte de ce contrat public, le PDG de Magellan Partners, Didier Zeitoun, qui n’avait avant cela jamais répondu à nos sollicitations, rétorque que le nouveau règlement intérieur de Magellan Partners « respecte en tous points les exigences légales ». Le dirigeant ajoute que notre enquête comporterait « de nombreuses affirmations diffamatoires » — sans préciser lesquelles — et nous informe avoir saisi son avocat en vue d’une procédure judiciaire contre StreetPress.

    Les salariées entendues au Palais Bourbon

    De leur côté, les ex-salariées du groupe spécialisé en informatique Léna (1) et Marwa (1) ont été reçues à l’Assemblée nationale le 17 décembre 2025 sur invitation des députés La France insoumise Farida Amrani, Nadège Abomangoli, Hadrien Clouet et Sandrine Nosbé. Pour l’ex-consultante et ingénieure en informatique Marwa, licenciée le 18 novembre 2025, c’était l’opportunité de faire passer un message aux législateurs :

    « En France, il y a beaucoup de femmes voilées qui sont en train de subir des discriminations, ce n’est pas que chez Magellan Partners. On a besoin de réactions politiques et de lois qui nous protègent. »

    La députée de l’Essonne Farida Amrani, à l’initiative de la rencontre, déroule :

    « Ce qui m’a mis hors de moi, c’est qu’elles ont été embauchées avec leur voile, on n’avait rien à leur reprocher professionnellement, et parce qu’il y a un climat islamophobe au niveau national, l’entreprise a décidé de changer les règles du jeu. »

    L’ancienne syndicaliste estime que Magellan Partners s’est assis sur le droit du travail et pointe le sexisme de ces licenciements. « J’en ai marre que ce soit des hommes qui nous disent à nous les femmes comment on doit s’habiller », clame-t-elle. Elle promet d’interpeller prochainement les établissements publics « qui font travailler cette entreprise aux pratiques discriminatoires ».

    À LIRE AUSSI (en 2024) : À Nancy, deux travailleuses sociales menacées de licenciement parce que voilées

    Selon Haïkel Guémar, co-secrétaire du syndicat Solidaires Informatique, « c’est une bonne nouvelle que ça sorte un peu ». Il dénonce des discriminations de plus en plus courantes à l’égard des femmes musulmanes dans les entreprises de services numériques, passant notamment par des chartes de neutralité. « Bizarrement, ces problématiques autour du foulard ont commencé à apparaître en entreprise quand les immigrés et leurs descendants ont quitté les entrepôts ou les usines où personne ne les voit. Ça commence à déranger quand ils font des études et se retrouvent à des positions de cadres », analyse le délégué syndical.

    Pas de réaction des associations pour la diversité en entreprise

    Cinq jours après nos révélations, l’organisme, les Entreprises pour la Cité, nous a contactés pour nous demander d’apporter une correction à l’article. L’association édite depuis 2004 la Charte pour la diversité, un texte à valeur symbolique qui engage les entreprises à lutter activement contre les discriminations, dont Magellan Partners est signataire, comme nous l’indiquions dans notre enquête. Dans son mail, la directrice de la communication de l’association assure que la boîte de conseil n’est plus signataire depuis 2025. « Nous vous serions donc reconnaissants de bien vouloir corriger cette information et de ne plus associer la Charte de la diversité à cette entreprise », écrit-elle.

    Pourtant, selon nos informations, la charte en question a de nouveau été signée début janvier par le PDG de Magellan Partners, Didier Zeitoun, et par le secrétaire général de la charte de la diversité, Yann Tanguy, Magellan Partners est bien de nouveau signataire en cette année 2026. Sollicité concernant cette incohérence, l’organisme Les Entreprises pour la Cité s’embourbe en expliquant que Magellan Partners a bien été signataire par intermittence de 2019 à 2024 mais n’a pas renouvelé son engagement en 2025. Le cabinet de conseil a pu signer en janvier car « ce renouvellement ne vaut ni validation automatique des pratiques passées ni absence de vigilance de notre part », explique la communicante, tout en évoquant un potentiel coup de semonce en cas de condamnation judiciaire. « C’est un texte d’engagement qui est peu contraignant », concède le dirigeant de l’association Yann Tanguy par téléphone. « Votre article nous a interpellés et, si ces discriminations sont avérées, on ne peut que le déplorer. »

    Quant à l’Association française des managers pour la diversité (AFMD), à laquelle Magellan Partners a adhéré en 2025, elle maintient et assume ses liens avec le groupe. Sa déléguée générale déclare à StreetPress que l’AFMD « n’est pas un organisme certificateur qui audite les employeurs » et qu’elle a échangé avec Magellan Partners « majoritairement […] sur des enjeux d’égalité femmes-hommes, de sexisme ordinaire et de handicap ». Le racisme ou l’islamophobie ne sont pas cités.

    Illustration de la Une par Caroline Varon.

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