Peut-on être candidat aux élections municipales sous l’étiquette de partis d’extrême droite — l’Union des droites pour la République (UDR) et le Rassemblement national (RN) — tout en étant salarié de l’une de leurs principales cibles politiques, l’Agence française de développement (AFD) ? Cette question se pose pour la candidature de François Esmyot, investi par ces deux formations pour les municipales à Clichy-la-Garenne (92). Contacté par StreetPress, le candidat à la mairie n’a pas répondu à nos sollicitations.
Cette double casquette interroge d’autant plus qu’elle s’inscrit dans un contexte de mise en cause frontale de l’AFD depuis plus d’un an par l’extrême droite française. Ces attaques s’inscrivent plus largement dans une stratégie de l’extrême droite visant à délégitimer certaines dépenses publiques — un discours déjà bien rodé contre l’audiovisuel public —, dans le sillage des prises de position d’Elon Musk aux États-Unis. Alors encore membre de l’administration Trump, le milliardaire avait fait de la réduction drastique de la dépense publique l’un de ses chevaux de bataille, allant jusqu’à annoncer la fermeture de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), l’équivalent américain de l’AFD.
Sollicitée sur le cas de François Esmyot, l’Agence française de développement refuse de commenter. « Concernant la situation individuelle que vous mentionnez, nous ne communiquons jamais sur des informations individuelles et personnelles », indique-t-elle. Toutefois, selon le profil LinkedIn de François Esmyot, il serait bien salarié de l’AFD depuis plus d’un an, où il occuperait un poste de « responsable équipe projet ».
Un « gouffre financier » selon l’extrême droite
C’est l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo qui a ouvert le bal en affirmant, en février 2025 sur CNews, que l’AFD « prend l’argent dans les poches des Français pour l’envoyer au monde entier le gaspiller dans des projets ubuesques ». À l’époque, elle cite en exemple la décision américaine de supprimer purement et simplement le budget de fonctionnement de l’USAID.
Une accusation qui occulte le mode de financement réel de l’AFD. Pour remplir ses missions d’intérêt public, l’agence dispose d’un budget annuel d’environ 12 milliards d’euros, qui, contrairement à ce que suggèrent ces discours, ne provient pas majoritairement de « la poche des Français ». Comme le rappelle l’AFD sur son site, son mode de financement provient à « 90 % d’emprunts obligataires. Ils émanent d’investisseurs privés, de capitaux, de fonds de pension internationaux ou de banques centrales ». Ces ressources permettent à l’institution de financer des projets liés notamment au climat, à la biodiversité, à l’éducation, à l’urbanisme ou à la santé, principalement à l’étranger.
La députée Reconquête est vite rejointe par ses camarades d’autres partis d’extrême droite dans sa charge contre l’AFD. Dans une tribune publiée en février 2025 dans « Le Figaro », le député RN Guillaume Bigot renchérit. Il qualifie l’AFD de « gouffre financier pour des résultats malheureusement limités » et appelle explicitement à une réduction des montants alloués à ses actions.
Ironie de la situation
Même chose du côté de l’Union des droites pour la République. Depuis plusieurs mois, le parti défend la suppression ou, a minima, la réduction drastique des moyens financiers accordés à plusieurs agences publiques, parmi lesquelles figure l’AFD. Dès décembre 2024, Éric Ciotti, président de l’UDR, dépose ainsi un amendement au projet de loi de finances visant à diminuer les crédits consacrés à l’aide publique au développement pour l’année 2025. Un souhait réaffirmé l’année suivante, lors de la présentation de son plan d’économies de 120 milliards d’euros.
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Interrogée sur la double vie de leur salarié et l’ironie de la situation, l’Agence française de développement se limite à rappeler un principe général : « Les collaborateurs de l’AFD disposent bien entendu d’une totale liberté de conscience, d’opinion et d’engagement politique. » Elle précise néanmoins que « dans l’exercice de leurs fonctions, ils sont tenus à une obligation de neutralité sur leur lieu de travail et dans l’exercice de leurs fonctions ».
Illustration de la Une par Mila Siroit.
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